Qu’aurait-il écrit face à l’anéantissement de Gaza ? Et face à la disparition du Liban-Sud ? Et face à la chute du régime Assad ? Qu’aurait-il dit d’Israël, du Hamas, du Hezbollah, du régime iranien et de Donald Trump ? Aurait-il trouvé les mots ? D’autres mots ? Aurait-il été la voix qui nous manque tant aujourd’hui ?
Journaliste, intellectuel, historien, militant, libano-syro-palestinien, Samir Kassir était un personnage à part dans le paysage intellectuel arabe. Il se revendiquait d’une gauche démocratique, critiquait les régimes autoritaires et les groupes islamistes, dénonçait toutes les formes d’orientalisme sans jamais avoir un regard essentialiste sur l’Occident.
Il a été assassiné dans un attentat à la voiture piégée, imputé au régime syrien, le 2 juin 2005.
Pourquoi parler de lui, plus de vingt ans après sa mort, quinze ans après les printemps arabes, et à un moment où la région ressemble à un amas de ruines ? D’abord, parce que le malheur arabe, qu’il évoquait dans son ouvrage phare, est toujours là. Il est même plus douloureux qu’avant. Ensuite, parce que les réponses qu’il apporte concernant les causes et la façon de sortir de cette situation sont toujours en grande partie d’actualité.

« Il ne fait pas bon être arabe de nos jours », écrivait-il en 2004, dans Considérations sur le malheur arabe, avant de décrire un mal-être collectif, entre « sentiment de persécution pour les uns, haine de soi pour les autres ». « De quelque angle qu’on le considère, le tableau est sombre, et il l’est encore plus à comparer avec d’autres régions du monde. »
La région est sortie de son glacis. Les printemps arabes sont passés par là. Le régime Assad a fini par tomber. Mais l’hiver reprend ses droits. Et la ruine est venue recouvrir le désespoir.
Pourquoi ? Comment en est-on arrivé là ? Comment ne pas sombrer dans la fatalité ?
Pour en débattre, L’Orient-La Nuit reçoit ce mardi à 22 heures (21 heures, heure de Paris) Farouk Mardam-Bey, éditeur et intellectuel franco-syrien, spécialiste du monde arabe et de sa vie politique et culturelle, ainsi que Jean Kassir, cofondateur et directeur exécutif du média en ligne indépendant Megaphone.
Un épisode pour relire Samir Kassir à la lumière de notre époque, interroger les racines d’un malaise et réfléchir à ce que son héritage peut encore nous apprendre.