De gauche à droite : le père Jean al-Alam, secrétaire général de l’UA, la Dr Pascale Lahoud, fondatrice de Ism Alam, le père Michel Saghbini, recteur de l’UA, l’auteur Fawaz Traboulsi et le père Joseph Bou Raad, supérieur général de l’Ordre antonin maronite. Photo UA
Organisée le 26 septembre à l’université Antonine (UA), la cérémonie a mis à l’honneur cet historien et écrivain libanais, à l’occasion de la publication du 15e ouvrage de la collection Ism Alam, intitulé Fawaz Traboulsi : écrire la passion et la dissidence, aux éditions de l’UA, sous la direction de Pascale Lahoud. Réunissant des universitaires, des intellectuels, ainsi que les contributeurs de ce volume – des spécialistes de l’œuvre de Fawaz Traboulsi venant du Liban, du monde arabe et du Canada –, cette cérémonie marque le retour de la série Ism Alam dont « l’objectif est de rendre hommage à des intellectuels libanais contemporains, dans les domaines des sciences humaines et sociales et des lettres, et de rouvrir le dialogue avec leurs œuvres », note Pascale Lahoud, fondatrice de Ism Alam en 2008. « Ce sont les sciences humaines et sociales qui permettent à une société de se comprendre. C’est dans le miroir de ces disciplines-là qu’une société se pense elle-même. Et c’est pourquoi notre travail porte surtout sur des figures venant de ces disciplines, qui ont à la fois un parcours diversifié et un regard particulier sur le Liban », précise-t-elle, à propos de la vocation de la série. D’ailleurs, Ism Alam signifie nom propre, mais aussi, selon la directrice de la collection, « un sommet ou une sommité, dans le sens où c’est une signature reconnaissable et unique ».Pour Pascale Lahoud, organiser la 15e édition de Ism Alam, après cinq années d’interruption dues à la situation du pays, ne constitue pas en soi un simple hommage dont le seul but serait de célébrer la culture, comme si les drames qui ont marqué ces cinq dernières années étaient désormais terminés. « Si Ism Alam reprend, ce n’est pas parce que la situation s’améliore, c’est parce qu’on a besoin de réfléchir à ce qui arrive dans ce pays. Et parce que le drame lui-même s’est intensifié, on a besoin d’y jeter une lumière nouvelle, d’essayer de le comprendre avec de nouveaux outils », affirme-t-elle.
Essayer de comprendre le pays, à l’instar de Fawaz Traboulsi
C’est dans cette perspective que la reprise de Ism Alam avec Fawaz Traboulsi revêt « un message particulier ». Tout au long de son parcours, à travers ses ouvrages dans les domaines de l’histoire, de la critique littéraire et artistique, de la sociologie ou de la culture, « il a essayé de comprendre ce pays, il a essayé de comprendre le malaise libanais. Le choisir donc, lui, c’est dire également que c’est précisément la posture qu’il nous reste aujourd’hui. On n’a pas d’autre solution. On n’a qu’à essayer de comprendre ce qui arrive dans ce pays, les causes et comment prévenir d’autres drames », poursuit l’initiatrice de la série. Au cours de la cérémonie, les spécialistes ont couvert l’ensemble de son œuvre dans sa diversité. Le moment fort de l’événement fut l’entrevue filmée que Pascale Lahoud avait effectuée avec cet intellectuel, mais surtout le témoignage qu’il a livré, à la suite des interventions des spécialistes. Revenant sur son parcours intellectuel et politique et sur les grands enjeux de sa vie, Fawaz Traboulsi a ainsi évoqué la manière dont ses expériences ont nourri son travail, dans les domaines de l’écriture, de l’enseignement, de la recherche historique et de la traduction, soulignant l’importance de transformer le vécu en connaissances et de les transmettre, en particulier, aux nouvelles générations. Un autre « moment de grande émotion », pour Pascale Lahoud, fut lorsque l’acteur Jihad al-Atrache récita le poème de Fawaz Traboulsi, Qamar Machghara, « qu’il a écrit au lendemain de l’invasion israélienne de 1982 et qu’on a choisi pour des raisons évidentes », accompagné au qanoun par un étudiant de la Faculté de musique et de musicologie de l’UA.
Une série qui s’inscrit dans la mission de l’UA
Quant au contenu de l’ouvrage qui a été consacré à cet intellectuel libanais, les contributeurs ont exploré, entre autres, les livres autobiographiques de Fawaz Traboulsi, sa lecture de la guerre civile, son parcours politique ou encore son récit historique Fer et soie, son travail sur le théâtre de Feyrouz et des Rahbani, ainsi que son travail dans les domaines de la traduction, de la sociologie de la culture et de l’enseignement. « Sa manière très spéciale d’enseigner l’histoire reflète d’ailleurs sa conception de cette discipline, indique Pascale Lahoud. Nous avons essayé autant que possible de couvrir toute l’œuvre, et surtout son œuvre historique, parce que son ouvrage, Une histoire du Liban moderne, est un ouvrage de référence pour ceux qui veulent comprendre le Liban actuel. » La directrice de la collection Ism Alam affirme, par ailleurs, que l’établissement prépare une rencontre entre Fawaz Traboulsi et les étudiants de l’UA « qui portera sur la situation dans le pays, les leçons que nous avons tirées de la guerre civile et de la période post-guerre ». En plus d’une 16e édition de Ism Alam prévue pour l’année prochaine, Pascale Lahoud indique qu’un projet de création d’archives numériques des volumes de la collection est en cours. « Nous avons d’autres projets également, dans cette même direction : celle de renouer le dialogue avec l’œuvre de grands penseurs libanais dans les domaines des sciences humaines et sociales. » Ancré dans la mission de l’université Antonine de promouvoir une recherche contextualisée, Ism Alam figure « à l’entrecroisement de la recherche et du service rendu à la société » . « Nous croyons fermement que nous autres Libanais ne pouvons nous relever que si nous construisons ensemble une compréhension critique de notre condition et de nos problèmes, et si nous apprenons à accepter la diversité des opinions et à voir, dans cette diversité-là, la meilleure manière de trouver les bonnes voies pour l’avenir », résume, de la sorte, Pascale Lahoud.