Les visages des six journalistes de Matsaddaqsh représentés par le média qui interroge sur X : « Où est l’équipe de Matsaddaqsh ? 48 heures sans nouvelles des six journalistes. » Image tirée du compte X de Matsaddaqsh
Ils n’ont pas pu s’en empêcher. Le 1er octobre, 48 heures après l’arrestation en Égypte des six journalistes composant la rédaction de « Matsaddaqash » (littéralement « N’y crois pas »), ce média indépendant spécialisé dans la lutte contre la désinformation a démenti dans un message sur X « six fausses informations » dans le communiqué du ministère de l’Intérieur publié peu avant pour justifier leur détention. Mohammad Ashraf Abu Emeira et Abdallah Qadry ont été arrêtés tard dans la soirée du lundi 28 septembre. Le lendemain, Islam Barakat et Omar Helal ont été détenus chez eux, respectivement dans les gouvernorats de Gharbiya et de Port-Saïd, tandis que Mohammad Mahmoud et Mohammad Adel étaient arrêtés au Caire. Au matin du 1er octobre, le ministère de l’Intérieur affirme que le média Matsaddaqsh ferait partie « des comités médiatiques du groupe des Frères musulmans », et serait dirigé depuis l’étranger « par un membre en fuite des Frères musulmans, Abdel Rahman Chukry Ali Abdel Jalil Mansour. » Les Frères musulmans sont considérés comme une organisation terroriste depuis l’arrivée au pouvoir le 3 juillet 2013 du général Abdel Fatah al-Sissi après un coup d’État ayant renversé le président Mohammad Morsi, membre de cette confrérie islamiste.
« L’une des plus graves atteintes à la liberté de la presse en Égypte »
Dans le style factuel qui fait sa signature, Matsaddaqsh rectifie la « première fausse information » sur son lien imputé aux Frères musulmans. « Depuis huit ans, Matsaddaqsh a publié des centaines de rectifications concernant des déclarations trompeuses relayées par des entités et des personnalités affiliées aux Frères musulmans », écrit-il, exemples à l’appui.
En réalité, l’accusation d’affiliation au mouvement islamiste « est malheureusement une chose à laquelle les journalistes sont habitués dès qu’il s’agit de réprimer leur liberté d’expression », explique Lobna Darwish, porte-parole de l’organisation des droits humains Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR). « Cela nous est aussi arrivé », affirme Lina Atallah, cofondatrice et rédactrice en chef de Mada Masr, journal en ligne indépendant fondé en 2013. « En 2019, après l’arrestation de plusieurs membres de l’équipe, nous avons aussi subi la même accusation », rappelle-t-elle. La perquisition des bureaux de ce parangon de la liberté d’expression en Égypte avait eu lieu quelques jours après la publication d’une enquête sur le transfert à Moscou du fils du président Abdel Fattah al-Sissi, Mahmoud, pour occuper un poste diplomatique et l’éloigner du pouvoir. L’accusation visant Matsaddaqsh n’en est pas moins une source d’inquiétude pour les familles des journalistes détenus et leurs pairs, affirme Lina Atallah : « On entendait depuis plusieurs heures que des efforts avaient lieu pour les libérer, y compris par l’intermédiaire de proches du régime qui considèrent que leur détention n’est dans l’intérêt de personne. Cette accusation est une véritable escalade », regrette-t-elle.
C’est « l’une des plus graves atteintes à la liberté de la presse en Égypte depuis des années », estime sur X Mai el-Sadany, directrice du centre de recherche Tahrir Institute for Middle East Policy, cosignataire d’une pétition pour réclamer la libération immédiate des journalistes. Car si l’Égypte retient actuellement 20 journalistes derrière les barreaux, rappelle Lobna Darwish, « ce qui est inédit, c’est l’arrestation d’une équipe médiatique entière. L’objectif est de provoquer la fermeture du média », estime-t-elle. Une détention inconstitutionnelle au regard de l’article 71 de la Constitution, qui prévoit que « les peines privatives de liberté ne s’imposent pas dans les crimes commis par voie de presse ou de publicité ». « Nous ne savons pas qui les a arrêtés ni où ils sont détenus. Ils n’ont pas pu contacter leur famille ni leur avocat et n’ont pas été présentés devant le procureur », regrette Lobna Darwish.
« Le risque d’une crise politique »
Matsaddaqsh a été fondé en 2018 par Abdul Rahman Mansour, « un passionné du journalisme d’impact ayant participé à la révolution » en 2011, décrit Lina Atallah. Contacté par Mada Masr, ce dernier affirme le 1er octobre que les autorités savaient parfaitement que Matsaddaqsh n’est pas affiliée aux Frères musulmans.
Il rappelle que le média n’en est pas à sa première arrestation. En 2023, l’un de ses journalistes, Karim Asaad, est détenu pendant 48 heures. Pas pour un lien supposé avec la confrérie islamiste, mais après la publication d’une enquête sur la saisie d’un avion privé en Zambie contenant 5,7 millions de dollars et 127 kg d’or. Matsaddaqsh avait alors révélé l’identité de ses passagers, dont deux anciens membres des forces de l’ordre.

Cette fois, « on ne voit pas quels sujets publiés auraient pu provoquer cette arrestation. C’est peut-être pour empêcher une enquête d’être publiée », soupèse Lina Atallah, qui avance une autre piste : « Certaines voix font le lien avec l’organisation d’une conférence en octobre par les autorités pour vanter leurs résultats face à la crise économique actuelle, mais nous n’avons aucune preuve », dit-elle. « Logique : quand on veut organiser une conférence pour vanter ses réalisations, il faut d’abord commencer par emprisonner l’équipe de Matsaddaqsh », écrit sur X Alaa Abdel Fattah, célèbre blogueur britannico-égyptien ayant passé plus de six ans derrière les barreaux. Cette conférence commanditée par Abdel Fattah al-Sissi doit répondre aux préoccupations du public avec « un large degré de transparence et une vision d’avenir pour chaque secteur » en cette période de bouleversements régionaux, avait annoncé le Premier ministre, Mostafa Madbouly.
Miné par la pauvreté d’une grande partie de sa population, l’Égypte souffre comme ailleurs des effets que la hausse du prix des hydrocarbures liée à la guerre au Moyen-Orient fait peser sur le coût de la vie. « Cumulée au recul des dépenses sociales depuis des années, cette situation fait planer le risque d’une crise politique », rappelle Lobna Darwish. En 2019, le régime de Abdel Fattah al-Sissi avait été secoué par des manifestations provoquées par les accusations de corruption diffusées en ligne par Mohammad Ali, un entrepreneur en exil, contre le président et l’armée. Après ces rassemblements, 4 000 personnes avaient été arrêtées, et leur instigateur a été condamné à la prison à perpétuité en 2023.
Depuis, l’homme fort de l’Égypte, qui a entamé en 2024 son troisième mandat consécutif, multiplie les projets pharaoniques, à l’instar de sa nouvelle capitale située à l’est du Caire et surnommée « Sissi City ». L’armée, elle, vient d’inaugurer son nouveau quartier général démesuré, l’Octogone, qui s’étend sur 92 km², soit plus que le Pentagone. En l’absence de véritable opposition politique au sein d’un Parlement miné par des fraudes électorales massives lors des élections de novembre 2025, la déconnexion entre l’élite au pouvoir et sa population rend le rôle des journalistes indépendants d’autant plus fondamental, estime Lobna Darwish. « La lutte contre la désinformation de Matsaddaqsh répond au droit de savoir des citoyens, mais nourrit aussi le travail d’autres journalistes et chercheurs », rappelle-t-elle. Leur détention est un message de menace envoyé à toute la profession. « Nous sommes à la fois navrés pour nos confrères et inquiets pour nous tous », lâche Lina Atallah.


les frères musulmans sont interdits en Egypte.Ils sont à la base de nombreux attentats et coups d’etat. C la faute à ces journalistes.Ils cherchent les poux et se mettent dans des situations illégales. Fermez la et vivez comme 90% des égyptiens qui vivent tranquilles loin de la politique !!! Ils se créent des problèmes.A SAVOIR: ces pays arabes: LA NOTION DE LIBRE EXPRESSION et DÉMOCRATIE : ils ne connaissent pas. Il suffit qu’il y ait une seule TETE BRÛLÉE qui va crier et renverser le régime au nom d’ALLAH,pour foutre le bordel.Gant de velours / main de fer c la méthode pour la paix sociale
20 h 28, le 01 octobre 2026