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Culture - Rencontre

Premier artiste libanais au musée Bic, Farid Schoucair fait couler l’encre

À la galerie Jacques Ouaiss, « Dessine-moi au BIC » révèle une œuvre patiemment construite, où des milliers de traits font dialoguer corps féminins, paysages et abstraction.

Premier artiste libanais au musée Bic, Farid Schoucair fait couler l’encre

Farid Schoucair aux côtés de ses deux toiles de la série « Roues chromatiques », entrées dans la collection du musée BIC le 9 septembre 2026. Photo fournie par l’artiste

Un simple stylo à quatre couleurs, et tout un monde surgit. Entre les mains de Farid Schoucair, l’objet quotidien devient l’instrument d’un ballet hypnotique de lignes et de couleurs, à découvrir dans l’exposition « Dessine-moi au BIC ». Le 9 septembre 2026, deux œuvres de l’artiste libano-canadien, issues de sa série des Roues chromatiques, ont intégré la prestigieuse collection d’art contemporain BIC, conservée à Clichy, aux portes de Paris. Selon le musée BIC, il est le premier artiste du Liban et de la région du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à y être représenté. « Dans mon œuvre, dit-il, le stylo n’est ni une curiosité ni un substitut aux médiums traditionnels. Il constitue une contrainte volontaire et un instrument méthodologique à travers lesquels la durée se transforme en structure, la structure en rythme et le rythme en image. »

Tout a commencé sur les bancs de l’école, là où les marges des cahiers de grammaire et les pages des manuels scolaires servaient de premiers terrains de jeu. Pendant que les professeurs expliquaient leurs leçons, lui gribouillait frénétiquement avec son stylo BIC, transformant les schémas de géographie en figures abstraites et les portraits d’écrivains et de rois de France en visages d’encre bleue. Ce qui n’était alors qu’une technique imparable pour canaliser son trop-plein d’imagination s’est mué, au fil des ans, en une exploration presque obsessionnelle du stylo à bille jetable.

Un phare dessiné par Farid Schoucair au stylo à bille BIC, où la précision du trait fait surgir la lumière. Avec l’aimable autorisation de l’artiste


Le gribouillage innocent est devenu une vocation. Ce stylo à quelques centimes, conçu pour aligner des équations ou des listes de courses, est devenu entre ses mains un outil de haute précision. Farid Schoucair a poussé l’exercice jusqu’au vertige, vidant des dizaines de cartouches pour dompter la bille d’acier. Aucun droit à l’erreur : au BIC, on ne gomme pas, on assume.

Pour lui, le stylo BIC est devenu « le juge du temps ». Geste après geste, « la répétition exige de la patience, sans qu’aucun trait soit tout à fait identique au précédent. Chaque tableau est une tranche de temps. À notre époque moderne, le temps est une rareté inestimable », confie-t-il. Le corps féminin devient une architecture plastique que des alliances de bleu et de noir, de rouge, de rose ou de vert viennent réinventer. Une virtuosité technique dont les effets de couleur peuvent évoquer la gouache.

Immersion dans l’encre

Une parenté avec la fougue de l’art brut a également été décelée par la collection BIC. Une impétuosité que l’acte créatif parvient toutefois à canaliser. Farid Schoucair explique ainsi : « Cette impulsion fiévreuse trouve son équilibre dans une patience absolue. J’échafaude mes œuvres par la juxtaposition de milliers de lignes, imprégnant chaque centimètre carré de la toile d’un fragment d’existence. Cette répétition devient une façon de s’approprier le temps, d’ancrer visuellement et matériellement le flux des heures qui s’écoulent. » Dans la série des Roues chromatiques, dont deux œuvres ont été acquises par le musée BIC, cette rigueur prend la forme d’un jeu de combinaisons : « vingt-huit œuvres, de 100 × 70 cm chacune, explorent toutes les associations de deux couleurs parmi huit couleurs d’encre BIC. Les traits se croisent et se superposent ; la couleur se construit à mesure que la surface se densifie », précise l’artiste.

Une forêt prend forme sous les traits du stylo à bille BIC de Farid Schoucair. Avec l’aimable autorisation de l’artiste


Aujourd’hui, avec l’exposition « Dessine-moi au BIC »,- qui regroupe en parrallèle les oeuvres de AnnH, Carla Barchini, Samya Baroudi, Hady Beydoun, Dorine Dahdah, Dee, Rony Gebrael, Daniele Homsi,Winnie Lorraine Oueiss, Hania Rayess et Nayla Sirgi - la galerie Jacques Ouaiss dévoile le résultat de ce tête-à-tête prolongé avec l’encre. Développée sur plus de deux ans, la symphonie à quatre couleurs fait dialoguer le corps féminin, le noir et blanc, la nature en mouvement et l’abstraction. Les traits s’entrelacent jusqu’à faire éclore des portraits vibrants de réalisme, animent des paysages ou s’évadent dans un labyrinthe abstrait et hypnotique. Une performance visuelle captivante. Le banal stylo BIC de notre quotidien prouve que l’art le plus complexe peut naître de l’objet le plus accessible.

« Dessine-moi au BIC », à la galerie Jacques Ouaiss, 250, rue Salim Bustros, Achrafieh. Vernissage le 5 octobre 2026 à 17h. Exposition du 6 au 31 octobre, du lundi au samedi, de 11h à 19h.

La collection BIC en ligne
La collection d’art contemporain de la marque, qui regroupe plus de 250 œuvres créées au stylo à bille ou à partir de produits de la marque, est conservée et exposée de manière permanente au siège social de l’entreprise BIC, situé à Clichy, aux portes de Paris. Ses bureaux ne s’ouvrent au public que lors de rares événements ou visites exclusives. Pour partager cette collection unique, la marque a lancé le BIC Art Collection Museum. Il s’agit d’une galerie immersive accessible en ligne, qui vous permet de déambuler virtuellement au milieu des œuvres, de zoomer sur les détails des tracés au stylo à bille et de découvrir l’histoire de chaque artiste.
Par ailleurs, BIC organise régulièrement des expositions temporaires au cœur de Paris. La collection a, par exemple, été mise à l’honneur lors de grands rendez-vous culturels au Centquatre-Paris, situé au 5, rue Curial, dans le 19e arrondissement, ou dans des galeries éphémères thématiques du Marais. Installé dans les anciens bâtiments des pompes funèbres de la ville, le Centquatre-Paris est un immense espace culturel très connu pour ses expositions d’art contemporain et ses résidences d’artistes.



Un simple stylo à quatre couleurs, et tout un monde surgit. Entre les mains de Farid Schoucair, l’objet quotidien devient l’instrument d’un ballet hypnotique de lignes et de couleurs, à découvrir dans l’exposition « Dessine-moi au BIC ». Le 9 septembre 2026, deux œuvres de l’artiste libano-canadien, issues de sa série des Roues chromatiques, ont intégré la prestigieuse collection d’art contemporain BIC, conservée à Clichy, aux portes de Paris. Selon le musée BIC, il est le premier artiste du Liban et de la région du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à y être représenté. « Dans mon œuvre, dit-il, le stylo n’est ni une curiosité ni un substitut aux médiums traditionnels. Il constitue une contrainte volontaire et un instrument méthodologique à travers lesquels la durée se transforme en structure,...
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