Des manifestants protestent contre les sanctions américaines sur le secteur iranien de l’aviation devant l’aéroport de Najaf, en Irak, le 28 septembre 2026. Photo Alaa al-Marjani/Reuters
« Toutes les compagnies aériennes iraniennes seront mises hors service partout dans le monde », avait prévenu le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, menaçant d’exclure du système financier international en dollars toute entité leur permettant de poursuivre leur activité. Une décision qui s’inscrit dans l’effort américain pour étouffer économiquement l’Iran, après les résultats mitigés de l’offensive militaire contre la République islamique.
Depuis, de nombreux pays ont interdit aux vols iraniens d’opérer chez eux, notamment l’Irak ou encore les Émirats arabes unis, qui accueillent une importante diaspora iranienne. Le trafic aérien avec l’aéroport de Téhéran a ainsi chuté de 42 % depuis l’entrée en vigueur des sanctions le 23 septembre, selon l’AFP, bien que certaines liaisons aient été maintenues, comme avec la Chine ou la Turquie. Le 1er octobre, au lendemain du retrait des dernières forces américaines d’Irak, le ministère iranien des Affaires étrangères a appelé Bagdad à revenir sur les restrictions imposées sous pression américaine.
Un voyage vers Najaf ? Oui, mais sous conditions
Le pays voisin, où les milices pro-iraniennes pèsent sur les questions politiques et sécuritaires, avait déjà obtenu fin septembre une exemption pour la ville sainte chiite de Najaf. Le gouvernement irakien avait initialement demandé une levée des sanctions « pour raisons humanitaires » dans les cas de traitements médicaux, de visites religieuses ou encore de scolarité. Deux jours après la mise en place des sanctions, des manifestants se sont réunis à Bagdad à l’appel des milices pro-Téhéran pour protester contre la suspension des vols vers l’Iran, pendant que des dizaines de clercs et d’étudiants de la haouza de Najaf, le plus vieux séminaire chiite au monde, s’étaient réunis pour une veille dans la ville sainte. Une exemption d’un mois a finalement été décrochée le 28 septembre par la compagnie nationale Iraqi Airways pour les pèlerins iraniens se rendant à Najaf, sous conditions. Le centre d’études religieuses attire tous les ans des millions de chiites venus se recueillir sur la tombe de l’imam Ali ou encore dans le plus vieux cimetière musulman du monde.
Les vols doivent en premier lieu être au départ ou à l’arrivée de l’aéroport international de Najaf et transporter uniquement des citoyens iraniens voyageant pour cause de pèlerinage. Sont ainsi exclus les individus sous sanctions, y compris ceux issus du gouvernement, ainsi que les personnes affiliées aux renseignements, à l’armée, aux forces de sécurité iraniennes ou encore à des milices pro-iraniennes. Seuls leurs bagages personnels sont autorisés, tandis que les importantes sommes d’argent en liquide sont interdites, de même que l’exportation ou la réexportation vers l’Iran de tout produit, technologie ou logiciel. Dans les dix jours après l’expiration de l’exemption, Iraqi Airways doit enfin soumettre un rapport à l’OFAC, l’organisme américain de contrôle financier des avoirs étrangers, détaillant le nombre de passagers transportés, leurs noms et numéros de passeport, ainsi que les dépenses effectuées en Iran, pour du kérosène, de la maintenance ou tout autre service aéroportuaire.
Jeu d’équilibrisme constant entre Washington et Téhéran
Si le gouvernement irakien avait subi des pressions des groupes pro-iraniens, un responsable des Kataëb Hezbollah ayant notamment prévenu le Premier ministre qu’il pouvait être renversé par tous les moyens, Ali al-Zaïdi a finalement été remercié pour l’exemption obtenue. Avalisé par le Cadre de coordination chiite, principal groupe parlementaire composé notamment de factions pro-Téhéran, le chef de l’exécutif s’est donné pour objectif de rétablir la souveraineté de Bagdad, jonglant entre les exigences américaines et iraniennes. Alors que les forces américaines de la coalition internationale ont quitté le territoire irakien le 30 septembre, le délai pour désarmer les milices actives en dehors du cadre étatique a été reporté de cette date à mars 2027 face à la résistance rencontrée. Reste que le niveau de contrôle exercé par Washington sur les vols irakiens d’Iran vers Najaf lui donne des renseignements détaillés sur les trajets effectués par voie aérienne entre les deux pays.
Une tentative de contenir, sinon d’éliminer, toute velléité d’influence de la République islamique sur son voisin. L’Irak sert généralement de plateforme à l’Iran pour contourner les sanctions et le connecter au commerce international, lui permettant notamment d’acquérir des dollars américains. Le Trésor a ainsi suspendu dès avril des livraisons de billets verts à Bagdad, issus de ses ventes pétrolières, avant de les reprendre quelques semaines plus tard en échange de mesures de contrôle pour couper les approvisionnements en dollars à destination de l’Iran et de ses milices locales. Selon Reuters, le Premier ministre irakien aurait promis à Washington un contrôle rigoureux des passagers iraniens à destination et en provenance de Najaf, et donné l’assurance que les vols ne seraient pas utilisés pour des transferts d’armes, de fonds illicites ou le passage d’individus sous sanctions. Reste que les deux pays partagent aussi des frontières terrestres vers lesquelles de nombreux voyageurs se sont notamment tournés depuis les sanctions américaines sur le secteur aérien iranien. L’Iran pourrait en outre préparer des représailles, alors que l’incident du vol flydubai a été attribué par certains à Téhéran.

