En octobre 2011, les lecteurs avaient rendez-vous au Salon du livre francophone de Beyrouth. Quinze ans plus tard, éditeurs francophones et arabophones partageront un même toit. Photo Wassim Daou/Archives L'Orient-Le Jour
Dans un pays où la crise économique a réduit l’achat de livres et où les écrans transforment les habitudes de lecture, réunir les acteurs de l’édition relève d’un enjeu qui dépasse l’organisation d’un Salon. Longtemps répartis entre plusieurs rendez-vous, éditeurs arabophones et francophones partageront cette année un même espace à Beyrouth. Ce rapprochement pourrait donner davantage de visibilité à un secteur fragilisé, tout en permettant aux lecteurs de circuler entre des langues et des catalogues qui se côtoient au quotidien, mais se rencontrent moins souvent dans les manifestations littéraires.
Du 9 au 18 octobre 2026, la 67e édition du Salon arabe et international du livre de Beyrouth accueillera ainsi au Seaside Arena la quatrième édition de Beyrouth Livres, organisée par l’Institut français du Liban. Placé sous le patronage du Premier ministre Nawaf Salam, ce rendez-vous commun a été présenté au cours d’une conférence de presse à la Bibliothèque nationale, quartier Sanayeh.
À l’origine de ce rapprochement, le ministre de la Culture Ghassan Salamé a souligné les difficultés auxquelles le livre est confronté, tout en invitant à nuancer le discours sur le déclin de la lecture. « Il serait erroné de dire que la lecture recule : ce qui recule, c’est le type de lecture auquel nous étions habitués, à savoir la lecture longue, attentive et sur papier », a-t-il déclaré. Le passage à une lecture fragmentée et numérique modifie les conditions dans lesquelles un texte est découvert, parcouru et assimilé. Au Liban, cette mutation se conjugue à des obstacles plus immédiats : la baisse du pouvoir d’achat depuis l’effondrement financier de 2019, le piratage et l’étroitesse d’un marché qui pousse les éditeurs à chercher des débouchés à l’étranger.
Le ministre a évoqué plusieurs chantiers destinés à soutenir le secteur : la numérisation de la Bibliothèque nationale et de ses collections, la rénovation de quelque 57 bibliothèques grâce à un don, après une évaluation de leurs besoins, ainsi qu’une coopération avec le ministère de la Justice pour poursuivre les actes de piratage. Il a également insisté sur la nécessité de renforcer la présence libanaise dans les Salons internationaux. La mise en commun des rendez-vous beyrouthins s’inscrit dans cette volonté de rassembler les efforts du Club culturel arabe, de l’Union des éditeurs et des partenaires français.

Un rendez-vous commun pour l’édition
Pour Salwa Siniora Baassiri, présidente du Club culturel arabe, la tenue du Salon dans les circonstances difficiles que traversent le Liban et la région témoigne d’une volonté de poursuivre une histoire commencée en 1956. Elle a défendu la culture comme une nécessité pour éveiller les consciences et entretenir le dialogue, et salué une organisation conjointe au service des auteurs, des éditeurs et des lecteurs.
Cette édition réunira plus de 163 maisons d’édition, dont 23 venues de pays arabes. Le programme culturel comprendra plus de 95 conférences et rencontres, avec la participation de quelque 280 personnalités du monde intellectuel et littéraire. Des manifestations conçues avec la chaire cheikh Zayed de l’Université américaine de Beyrouth et l’Institut français du Liban renforceront l’ouverture arabe et internationale du Salon.
Des hommages seront rendus à Ghassan Tuéni, Sobhi Saleh, Amine Rihani, Ahmad Kaabour et Chouchou, tandis qu’un programme intitulé « Ils ont dit de Beyrouth » réunira plusieurs regards sur la capitale. Des espaces seront aussi consacrés aux jeunes lecteurs, aux arts graphiques et aux métiers du livre.
Nabil Abdel Hak, président du syndicat de l’Union des éditeurs du Liban, a rappelé que les professionnels continuaient de publier malgré les difficultés économiques et les contraintes de leur métier. En soulignant le rôle du livre dans la transmission de la mémoire, il a réaffirmé l’importance du Salon comme lieu de rencontre : un espace où la production éditoriale peut retrouver ses lecteurs et Beyrouth conforter sa place dans la vie culturelle régionale.
Les écritures de la Méditerranée
Présentée par Christophe Musitelli, directeur de l’Institut français du Liban, la quatrième édition de Beyrouth Livres donnera à ce rassemblement un prolongement dans la ville et en région. Plus de 40 auteurs, autrices, illustrateurs et artistes venus de neuf pays participeront à dix jours de rencontres, de dédicaces, d’expositions, d’ateliers, de lectures musicales, de performances et de concerts dessinés, en français, en arabe et en anglais.
Inscrit dans la Saison Méditerranée organisée par la France tout au long de l’année 2026, le festival s’intéressera aux écritures et aux imaginaires qui circulent entre les différentes rives. Romans, poésie, essais, bande dessinée et littérature jeunesse composeront une programmation où la littérature croisera la musique, l’image et la traduction. Parmi les invités figurent notamment Ryoko Sekiguchi, Jul, Blandine Rinkel, Joumana Haddad, Dominique Eddé, Éric Veillé, Charif Majdalani, Alexandre Najjar, Hala Moughanie, Charles Berberian, Michèle Standjofski et Fred Nevché.
Au Seaside Arena, le stand commun de l’Institut français du Liban et de l’Institut français du Proche-Orient accueillera débats, rencontres et dédicaces. D’autres rendez-vous investiront bibliothèques, cafés, institutions culturelles et lieux artistiques de Beyrouth. Grâce aux antennes régionales de l’Institut français, le festival se déploiera également à Jounieh, Deir el-Qamar, Tripoli et Zahlé. Les jeunes lecteurs y auront une place importante, à travers des ateliers d’écriture et de dessin, des lectures animées et des échanges avec des auteurs et des illustrateurs.

Du livre à la scène
Avant même l’ouverture, un « Quart d’heure de lecture national » invitera chacun, le jeudi 8 octobre à 11h15, à consacrer quinze minutes à un livre. Organisée avec le ministère libanais de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, l’initiative entend inscrire la lecture dans un temps partagé à l’échelle du pays.
Le 9 octobre à 20h, la Bibliothèque orientale de l’USJ, à Monnot, accueillera Loghofète ou le prénom perdu, spectacle mêlant musique, poésie, récits et documents, avec Diala Lteif et Fred Nevché. Il sera également présenté le 10 octobre à 19h à la Foire internationale Rachid Karamé, à Tripoli. Le 11 octobre à 20h30, la Cafébrairie 33, à Monnot, ouvrira son micro à la poésie pour « États d’âmes », avec notamment Rima Abdul Malak, Joumana Haddad, Gracia Bejjani et Blandine Rinkel.
Les questions qui traversent la société trouveront aussi leur place dans cette programmation. Le 12 octobre à 20h, la Fondation Charles Corm accueillera un enregistrement public de L’Orient-La Nuit, le podcast de L’Orient-Le Jour, autour de la question « À qui appartient le corps des femmes ? », avec Manal Salamé et Gracia Bejjani, accompagné d’une intervention musicale de Fred Nevché. Le lendemain, à 20h, Ryoko Sekiguchi et la traductrice Sarah Chahine proposeront chez No Chef in the Kitchen, à Gemmayzé, une expérience gastronomique et littéraire inspirée de 961 heures à Beyrouth.
Le travail de traduction fera l’objet d’une rencontre entre Rana Idris et Stéphanie Dujols, le 14 octobre à 17h au stand IFL/IFPO, autour de l’édition française de Je suis ma liberté, de Nasser Abou Srour. Le 15 octobre à 18h, une lecture de Ryoko Sekiguchi accompagnera à Beit Beirut le vernissage de l’installation photographique de Catherine Cattaruzza, Je plie la terre.
« Que peut la littérature ? » : la question donnera son titre à une soirée littéraire et artistique au musée Sursock, le 16 octobre à 19h. Le 17 octobre, le salon accueillera une rencontre avec Alexandre Lenot, lauréat du Prix des cinq continents de la francophonie 2026. Enfin, le festival se clôturera le 18 octobre à 19h, à l’amphithéâtre Montaigne de l’Institut français du Liban, avec « Et toi, comment ça va ? », un concert dessiné réunissant Charles Berberian et Michèle Standjofski, accompagnés par la musique de Shifo Keefo.
Du 9 au 18 octobre 2026, au Seaside Arena, à Beyrouth. Tous les événements du festival sont gratuits, dans la limite des places disponibles. Programmes complets : if-liban.com. et arabbookfair.org

