Le directeur national américain de la cybersécurité Sean Cairncross, le président de la Commission fédérale du commerce (FTC) Andrew Ferguson et le PDG de SpaceX Elon Musk à la Maison-Blanche, à Washington, le 29 septembre 2026. Photo Roberto SCHMIDT / AFP
La Floride veut interdire à OpenIA de développer de nouveaux modèles sans supervision
Les cris d’alerte sur les risques liés à l’intelligence artificielle se multiplient ces dernières semaines, lancés par des chercheurs et dirigeants du secteur, alors que plusieurs cas ont montré des agents IA aller au-delà des règles qui leur ont été fixées.
Lundi, le procureur général de Floride a demandé à un juge d’interdire à OpenAI de développer de nouveaux modèles d’IA sans supervision extérieure, après une plainte accusant l’entreprise de nuire aux enfants. La Floride avait engagé des poursuites contre OpenAI en juin, accusant l’entreprise d’avoir présenté de manière trompeuse la sécurité de ChatGPT. Elle avait affirmé que la plateforme a nui à des enfants en donnant des conseils sur l’automutilation et en rendant de jeunes utilisateurs dépendants.
Dans son recours, le procureur général James Uthmeier a demandé au tribunal d’ordonner à OpenAI d’empêcher les mineurs d’utiliser ChatGPT et d’interdire à l’entreprise d’attribuer des « caractéristiques humaines » à sa plateforme. Drew Pusateri, porte-parole d’OpenAI, a déclaré que l’entreprise avait suspendu l’entraînement de ses modèles les plus performants et ne le reprendrait pas avant la mise en place de mesures de protection supplémentaires. Le recours cite enfin des déclarations récentes d’un ancien employé d’OpenAI et d’un membre actuel de son conseil d’administration, selon lesquels le développement de l’IA pourrait conduire à la disparition de l’humanité et devrait être ralenti.
Trump annonce un accord avec les dirigeants de la tech sur l’IA
Deux jours après la visite du président chinois Xi Jinping à Washington, à l’issue de laquelle les deux pays rivaux dans plusieurs domaines ont convenu de relancer le dialogue, le président américain Donald Trump a déclaré avoir signé un document sur l’IA avec les principaux dirigeants du secteur technologique à Washington. Le chef de la Maison Blanche a présenté ce document comme une forme de protection pour le secteur et évoqué la création d’un comité d’une dizaine de personnes chargé de le superviser, le qualifiant de « moralement contraignant ».
Les gouvernements du monde entier peinent à suivre le rythme des progrès rapides sur l’intelligence artificielle. Les principales entreprises du secteur ont mis en garde contre les risques qu’elle fait peser sur l’humanité et appelé les gouvernements à coopérer pour encadrer cette technologie. Le président américain s’est déjà prononcé contre de nouvelles réglementations spécifiques à l’IA et avait rejeté la semaine dernière à l’ONU toute tentative de mettre en place un « système mondialiste » pour la contrôler.
Mercredi, le Washington Post a par ailleurs rapporté que la Commission fédérale du commerce américaine (FTC) avait lancé une vaste enquête sur les pratiques d'Anthropic et d’OpenAI en matière de sécurité de l’IA.
La justice japonaise condamne TikTok pour « utilisation non autorisée de la voix d’un interprète »
Les risques de l’IA liés à la cybersécurité ne sont pas les seuls. Sur le plan de la propriété intellectuelle, un tribunal de Tokyo a jugé mercredi que la voix humaine était protégée par la loi au Japon, après la plainte d’un célèbre comédien de doublage d’anime contre TikTok, au sujet de vidéos utilisant selon lui un clone IA de sa voix de baryton « profonde et chaleureuse ». Kenjiro Tsuda, connu pour « Jujutsu Kaisen » et « Yu-Gi-Oh ! », a obtenu une victoire partielle, le tribunal ayant toutefois rejeté sa demande de retrait des vidéos.
« L’utilisation non autorisée de la voix d’un interprète peut être considérée comme une atteinte au droit à l’image », a déclaré la juge Aya Takahashi. L’imitation de voix via l’IA suscite une inquiétude croissante chez les artistes, notamment au Japon où les comédiens de doublage sont parfois adulés autant que leurs personnages.
Cette action serait la première au Japon à défendre l’identité vocale d’une personne contre des copies générées par l’IA. Elle concernait des vidéos TikTok narrées avec une voix « grave » et « chaleureuse » que Tsuda, 55 ans, affirme être la sienne. TikTok a rétorqué qu’il s’agissait d’une « voix masculine générique » et que sa ressemblance avec celle de Tsuda était subjective, selon des documents judiciaires.
Le verdict est considéré comme le premier au Japon à établir que la voix humaine est protégée par le droit à l’image lorsque son utilisation vise exclusivement à tirer profit de son attrait commercial. La juge Takahashi a estimé qu’une voix était « aussi représentative de la personnalité que les portraits ».
Lagarde appelle l'Europe à développer ses propres capacités
En Europe, les priorités sont différentes. Jeudi, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a averti que l’Europe devrait développer ses propres capacités en matière d’intelligence artificielle pour ne pas dépendre d’un « interrupteur contrôlé ailleurs », alors que l’UE cherche à réduire sa dépendance technologique aux États-Unis et à la Chine. Le développement des modèles d’IA les plus avancés est aujourd’hui « concentré aux États-Unis et en Chine », ce qui soulève la question du contrôle de l’accès à des technologies dont les institutions financières européennes pourraient devenir fortement dépendantes, a-t-elle souligné au cours d’une conférence à la BCE.
Sans les nommer, Christine Lagarde faisait référence aux modèles américains comme ChatGPT d’OpenAI, Gemini de Google, Claude d’Anthropic ou Grok de xAI, ainsi qu’aux modèles les plus avancés de DeepSeek et d’autres acteurs chinois. La question du contrôle d’accès « relevait autrefois de l’hypothèse, depuis cet été, ce n’est plus le cas », a-t-elle ajouté.
En juin, une mesure américaine de contrôle des exportations a entraîné une interruption « brutale » de l’accès à certains modèles avancés pour les utilisateurs européens. L’accès au modèle grand public a été rétabli quelques semaines plus tard, mais le modèle le plus sensible est resté réservé aux organisations autorisées par Washington.
Nouveaux modèles de Google et Anthropic
Google et Anthropic ont annoncé cette semaine de nouveaux modèles d’IA de pointe, avec Gemini 4 Argon pour le premier et Claude Sonnet 5.5 pour le second, après le lancement de Claude Opus 5.5 par Anthropic la semaine précédente.
Alphabet, maison mère de Google, a fait son annonce mercredi, présentant un nouveau modèle haut de gamme destiné à servir de pilier à sa génération Gemini 4, dans une nouvelle tentative de rattraper ses rivaux Anthropic et OpenAI dans la course à l’IA. Baptisé « Argon », il est plus volumineux que la précédente gamme de modèles avancés « Pro » de Google, a indiqué un porte-parole du groupe.
Google a affirmé fournir le modèle à certains partenaires spécialisés dans la cybersécurité et participer au dispositif volontaire mis en place par l’administration Trump pour permettre un accès aux modèles avant leur commercialisation. Le groupe n’a pas précisé quand Argon serait accessible au grand public. Google ne prévoit finalement plus de lancer Gemini 3.5 Pro, dont le PDG Sundar Pichai avait initialement annoncé la sortie en juin, a ajouté le porte-parole.
Anthropic a lancé Claude Sonnet 5.5 lundi, quelques jours après le lancement de Claude Opus 5.5, le 22 septembre. Ce nouveau modèle est conçu notamment pour le codage, les tâches complexes et la création de documents, présentations et tableurs. Le groupe affirme qu’il est 30 % plus rapide que son prédécesseur et jusqu’à 30 % moins coûteux par tâche. Anthropic souligne notamment ses progrès en programmation, avec un score de 70,6 % à un test évaluant les capacités de codage d’agents IA, contre 10,3 % pour Sonnet 5.


