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Société - Liban-Sud

« Nous comptons rester ici » : sommées d'évacuer des écoles à Tyr, plus de 250 familles déplacées refusent de partir

Le ministère de l’Éducation souhaite récupérer ces bâtiments avant la fin du mois, en raison de la rentrée des classes. Les déplacés, eux, évoquent des solutions qu'ils jugent inappropriées.

« Nous comptons rester ici » : sommées d'évacuer des écoles à Tyr, plus de 250 familles déplacées refusent de partir

Des enfants jouent dans une salle de classe dans une école transformée en centre d'hébergement, à Tyr au Liban-Sud, en février 2024, lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Photo João Sousa/L’Orient-Le Jour

Sommées d’évacuer d’ici mercredi des écoles dans lesquelles elles ont trouvé refuge dans la ville de Tyr au Liban-Sud, 250 familles originaires du village de Beit Lif (caza de Bint Jbeil), ainsi que des dizaines d’autres de localités, désormais inaccessibles en raison de l’occupation israélienne ou totalement détruites, refusent de partir. Le ministère de l’Éducation souhaite récupérer ces bâtiments avant la fin du mois, pour que les élèves puissent reprendre leurs cours en présentiel, alors que l’année scolaire, perturbée par les conséquences de la guerre entre Israël et le Hezbollah, a déjà commencé le 15 septembre. Les déplacés, auxquels les autorités ont proposé des abris alternatifs dans les villages de Hmeiri et Jibal el-Botom dans le caza de Tyr, dénoncent pour leur part des centres d’accueil inadaptés et des régions peu sûres, alors que les frappes israéliennes quotidiennes continuent de menacer le Sud.

Pendant la guerre, « 550 des 1 228 écoles publiques du pays ont été transformées en abris » pour accueillir les centaines de milliers de déplacés, selon un rapport du Center for Lebanese Studies. Trois écoles publiques sont principalement concernées à Tyr : un lycée, un collège et un établissement mixte, selon Bilal Kachmar, porte-parole de l’Autorité de gestion des catastrophes de Tyr, un organisme qui relève de l’Union des municipalités de la région. Ces établissements abritent environ 450 familles, dont la moitié sont originaires de Beit Lif. Samedi, un communiqué publié au nom des déplacés de Beit Lif assurait que ces derniers refusent de quitter les lieux, tout en appelant à « des solutions alternatives convenables ».

Des endroits qui ne conviennent « même pas aux animaux »

« Nous avons été voir les centres proposés à Hmeiri et Jibal el-Botom. Ces endroits ne conviendraient même pas aux animaux », déplore Ghadban Moustapha, un père de famille originaire de Beit Lif, contacté par notre publication. Marié à trois femmes et père de seize enfants, cet homme et sa famille ont trouvé refuge dans une école de Tyr en mars dernier, au lendemain de l’entrée en guerre du Hezbollah contre Israël, dans le sillage de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran.

« On nous propose des préfabriqués en plastique ou en métal à Jibal el-Botom ainsi qu’une dizaine de chambres où on ne voit pas la lumière du jour », explique cet homme, qui ne manque pas de rappeler que cette région « se situe près de Mansouri », où l’armée israélienne mène des frappes et des dynamitages quotidiens. À Hmeiri, les autorités proposent plusieurs chambres aux déplacés, en plus de la possibilité de les loger dans le village de Abbassiyé à Tyr. « Dans certains cas, il s’agit d’anciens garages dont certains sont sans fenêtres », s’emporte Ghadban Moustapha. Pour pousser les déplacés à partir, «les autorités ont menacé de couper l’eau et le mazout qui fait fonctionner les générateurs », assure-t-il. « Nous avons acheté du mazout nous-mêmes et nous comptons rester ici. »

« Je n’ai pas encore inscrit mes enfants à l’école parce que je ne sais pas ce qui m’attend ni dans quelle région je vais atterrir », confie pour sa part Ali, un autre déplacé de Beit Lif. Il dénonce « les partis politiques qui n’ont pas pris la peine de contacter les déplacés ». Il rappelle avoir perdu sa maison lors de la première guerre en 2023. « J’ai alors vendu ma voiture pour me construire une petite pièce avec une cuisine. J’ai à nouveau tout perdu en 2026 », se désole ce père de trois enfants.

Les établissements que les autorités veulent évacuer accueillent également des déplacés de Naqoura, Dhaïra, Yarine et Mansouri, ou encore Ramiyé et Haddatha (Bint Jbeil), des localités aujourd’hui occupées par l’armée israélienne. Un déplacé de Dhaïra, arrivé à Tyr en octobre 2023 et qui souhaite rester anonyme, assure que « la majorité de ces familles veulent rester sur place ». Ne sachant pas où aller, il estime que les logements proposés sont « dangereux parce qu’il y a des frappes israéliennes à proximité. Je ne veux pas prendre le risque qu’il arrive quelque chose à ma famille ».

Des écoles ouvertes à la fois aux déplacés et aux élèves

« Les centres d’accueil alternatifs sont adaptés (aux besoins des déplacés). Ils sont tout à fait identiques en termes de conditions et d’équipements » aux logements que ces familles occupent actuellement, se défend Bilal Kachmar, de l’Autorité de gestion des catastrophes de Tyr. Selon lui, « plusieurs familles » ont accepté de rejoindre ces centres. Ceux qui refusent de partir préfèrent la ville de Tyr car il s’agit d’une grande ville où beaucoup de services sont accessibles, estime-t-il. Concernant l’ultimatum de mercredi, M. Kachmar assure « ne pas savoir ce qui se passera après cette échéance », expliquant que la question relève du ministère de l’Éducation.

Une source au sein de ce ministère indique toutefois que celui-ci n’a pas les prérogatives nécessaires pour déloger de force les déplacés s’ils décident de rester. Face à cette situation, plusieurs établissements publics pourraient ainsi continuer d’accueillir des déplacés dans certaines de leurs salles, tout en ouvrant leurs portes aux élèves, estime cette source. Contactées à ce sujet, ni la municipalité de Tyr ni le ministère des Affaires sociales n’étaient disponibles pour un commentaire.


Sommées d’évacuer d’ici mercredi des écoles dans lesquelles elles ont trouvé refuge dans la ville de Tyr au Liban-Sud, 250 familles originaires du village de Beit Lif (caza de Bint Jbeil), ainsi que des dizaines d’autres de localités, désormais inaccessibles en raison de l’occupation israélienne ou totalement détruites, refusent de partir. Le ministère de l’Éducation souhaite récupérer ces bâtiments avant la fin du mois, pour que les élèves puissent reprendre leurs cours en présentiel, alors que l’année scolaire, perturbée par les conséquences de la guerre entre Israël et le Hezbollah, a déjà commencé le 15 septembre. Les déplacés, auxquels les autorités ont proposé des abris alternatifs dans les villages de Hmeiri et Jibal el-Botom dans le caza de Tyr, dénoncent pour leur part des centres...
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