Des partisans du Hezbollah scandent des slogans en regardant un discours télévisé du chef du Hezbollah, Naim Kassem, lors d'une cérémonie organisée pour marquer le deuxième anniversaire de l'assassinat de l'ancien dirigeant Hassan Nasrallah lors d'une frappe israélienne, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 27 septembre 2026. Photo Anwar AMRO / AFP
Le discours prononcé dimanche par le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, et adressé aux « souverainistes », selon ses propres termes, n’est pas resté sans réponse. Lors de son discours marquant la deuxième commémoration de l’assassinat de son prédécesseur Hassan Nasrallah, le chef du parti chiite leur avait lancé : « Pourquoi n’engagez-vous pas vous-mêmes une résistance contre l’agression (israélienne) ? » Une interpellation qui a provoqué lundi une série de réactions, notamment de la part des chefs des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, et des Kataëb, Samy Gemayel, ainsi que de plusieurs députés dits souverainistes.
Tout au long de son discours, Naïm Kassem a réaffirmé son refus de renoncer aux armes du Hezbollah et défendu le choix de la résistance armée face à Israël. Il s’en est également pris au pouvoir libanais, notamment au président de la République Joseph Aoun, en raison notamment du choix des autorités d’engager des négociations directes avec Israël.
« Nous sommes des résistants de la première heure, mais par des moyens adéquats qui donnent des résultats adéquats, et non à votre manière, celle qui a donné des résultats opposés à ceux que vous prétendez, puisque vous avez attiré une occupation israélienne du sud », a affirmé le chef des Forces libanaises Samir Geagea lundi, dans un communiqué. Il a estimé que « le rôle flagrant joué par le Hezbollah dans cette nouvelle occupation explique le silence de la communauté internationale » à l’encontre des actions israéliennes au Liban.
A deux reprises, le 8 octobre 2023 et le 2 mars 2026, le Hezbollah a ouvert des fronts contre Israël, le premier en soutien à Gaza et le second pour appuyer l’Iran, son allié, après le lancement d'une offensive contre Téhéran par les Etats-Unis et l’Etat hébreu. Ce dernier front s'est soldé par un élargissement de l'occupation israélienne au Liban-sud sur une zone de plus de 600 km2, la destruction totale de dizaines de villages et plus de 9000 morts depuis 2023, selon le décompte des autorités libanaises.
Pour Samir Geagea, le refus de toute reddition ne justifie pas pour autant le maintien des armes du Hezbollah. « Refuser toute reddition, comme vous le prétendez, ne signifie pas donner à Israël tous les prétextes dont il a besoin pour maintenir sa présence au sud », a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Quand vous dites que le problème, c’est Israël et non la résistance, vous signifiez en fait que vous voulez garder vos armes, qui sont là pour servir des objectifs iraniens, pas pour combattre l’ennemi. »
Sur les critiques formulées par Naïm Kassem contre le pouvoir, notamment contre le président Aoun, le chef des FL a renvoyé au Hezbollah la responsabilité de la question du monopole de la guerre et de la paix. Le chef du Hezbollah avait notamment accusé le président Aoun de « violer la Constitution, l’accord de Taëf, le discours d’investiture et la déclaration ministérielle ». Pour faire cesser cette guerre, le gouvernement libanais, avec l’appui du chef de l’Etat, a déclaré la branche armée du Hezbollah illégale dès le 2 mars, et mène un processus de négociations directes avec Israël sous parrainage américain, depuis mai. Un accord de principe devant mener à un retrait israélien du sud a été signé le 26 juin, mais seule l’une des zones pilotes a été évacuée pour l’instant.
« Vous parlez sérieusement ? »
À l’issue d’une rencontre lundi à Baabda avec Joseph Aoun, le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a lui aussi estimé que la question des armes du Hezbollah « n’est plus sujette à discussion ». Cette question « a été tranchée par le discours d’investiture » du président Aoun en janvier 2025 et par « les décisions du Conseil des ministres » en faveur du monopole des armes, adoptées depuis août 2025, a-t-il insisté.
S’adressant directement à Naïm Kassem, il a lancé : « Vous parlez sérieusement, cheikh Naïm, lorsque vous dites que la résistance a protégé le Liban ? Il n’y avait pas un seul soldat israélien avant les deux guerres, et c’est vous qui avez entraîné Israël vers l’occupation » du Liban-Sud. Samy Gemayel a assuré « soutenir le président et faire face à une milice qui prend le Liban en otage au profit de l’Iran ».
Même ligne chez le député Ibrahim Kanaan, indépendant et ancien membre du bloc aouniste. Sur son compte X, il a défendu la décision du chef de l'Etat d’engager des pourparlers directs avec Israël, la qualifiant de « patriotique, constitutionnelle et responsable ». « Cette voie est la seule qui permette au Liban de retrouver sa stabilité, ses territoires, ses institutions et sa souveraineté », a-t-il écrit. Avant d’ajouter : « Que celui qui a une alternative viable se manifeste, sinon qu’il se range derrière le président de la République en appuyant ses choix. »
Quelle victoire se mesure aux villages détruits et aux familles déplacées ?
Le député de Beyrouth Fouad Makhzoumi a, lui aussi, dénoncé ce qu’il considère comme une confiscation de la décision de l’État par le Hezbollah, qu’il accuse de l’avoir « placée sous la dépendance de l’Iran ». Pour lui, « ceux qui ont entraîné le Liban dans les guerres » ne peuvent « juger le président au nom de la Constitution » ni demander des comptes au gouvernement.
« Qu’ont apporté ces armes aux habitants du Liban-Sud ? Comment peut-on mesurer les victoires au nombre de villages détruits et de familles déplacées ? », a-t-il lancé. Tout en réclamant « le retrait israélien complet » du territoire libanais, M. Makhzoumi a estimé que la protection du territoire et de sa population relevait « de la responsabilité de l’État et de son armée ».
Le député de Tripoli Achraf Rifi a, pour sa part, affirmé que « le Liban ne doit servir de scène pour aucun projet, il n’est pas une carte aux mains de l’Iran ni la propriété d’un parti donné, et sa décision nationale doit demeurer à Beyrouth ». « Nous croyons dans la coexistence, mais ne serons jamais partenaire d’un projet iranien, ni d’aucun projet destiné à inféoder le Liban à une partie étrangère », a-t-il ajouté dans un communiqué.
Enfin, le député Simon Abi Ramia, indépendant et ancien membre du bloc aouniste, a défendu, à l’issue d’un entretien avec Joseph Aoun à Baabda, la voie des négociations. Répondant à Naïm Kassem sans le nommer, il a estimé que « les négociations sont le seul moyen pour étendre la souveraineté de l’État », à travers « un retrait israélien des terres occupées, l’arrêt des hostilités et le monopole des armes aux mains des institutions officielles ».

