Pistolet d’une pompe à carburant dans une station-d'essence au Liban. Photo João Sousa / L'Orient-Le Jour
La hausse des cours du brut provoquée par la guerre au Proche-Orient se fait de plus en plus sentir au Liban. Cette semaine, les prix des carburants ont augmenté dans des proportions qui donnent le vertige : le kilolitre de mazout destiné aux générateurs se négocie désormais à 1 455 dollars, soit 127 dollars de plus en une semaine. Le prix des 20 litres de diesel a, lui, franchi la barre symbolique des 30 dollars, après une hausse de 2,5 dollars depuis vendredi dernier, comme l’avait anticipé Georges Brax, président du syndicat des propriétaires de stations-service. Les prix de l’essence sont désormais environ 50 % plus élevés qu’avant le déclenchement, le 28 février, de la guerre contre l’Iran par les États-Unis et Israël.
Ces hausses reflètent directement l’envolée des cours mondiaux du pétrole, prise en compte dans le mécanisme de fixation des prix du ministère de l’Énergie. Depuis le début du mois de septembre, le baril de Brent, référence internationale, est passé d’environ 94 à 104 dollars. Le WTI américain (West Texas Intermediate) est passé dans le même temps d’environ 90 à 101 dollars.
Les cours sont notamment poussés par les perturbations provoquées par la guerre dans le détroit d’Ormuz et les menaces qui pèsent sur Bab el-Mandeb, deux passages stratégiques pour le commerce mondial de l'or noir. Le conflit affecte en outre non seulement l’acheminement du brut, mais aussi les capacités de raffinage.
Inquiétudes dans plusieurs secteurs
Face à cette flambée, les inquiétudes gagnent plusieurs secteurs. Après les boulangers, alors que le prix de base du paquet de pain arabe blanc est passé cette semaine de 75 000 (0,84 dollar) à 80 000 LL (0,89 dollar), le secteur des transports terrestres est monté au créneau. Bassam Tleiss, président de ses syndicats et associations, a demandé sur X au gouvernement d’appliquer « immédiatement » le versement d’une indemnité mensuelle de 12 millions de LL aux chauffeurs de véhicules de transport public, décidée en février pour compenser la hausse du coût des carburants, « sans aucun retard ni tergiversation ».
Contacté par L’Orient-Le Jour, il a vivement critiqué la gestion du dossier par l’exécutif. « Nous sommes face à un gouvernement et à un État qui traitent le peuple comme s’il était une entreprise et que nous étions leurs clients », a-t-il déploré. Il a également critiqué le mécanisme de fixation des prix, estimant que les baisses sont répercutées moins rapidement que les hausses.
La perspective d’une pénurie a également été avancée par Hassan Jaafar, secrétaire du syndicat des propriétaires de stations-service, auprès de la chaîne locale MTV, qui a alerté d’un risque pendant deux semaines.
Quantité limitée de mazout, mais pas de rupture de stock
Pour l’heure, le marché libanais reste approvisionné, assure auprès de L'OLJ Maroun Chammas, président de l’Association des importateurs de carburant (APIC - Association of Petroleum Importing Companies). Il affirme qu’il n’y a pas de pénurie, malgré des retards dans la chaîne logistique, précisant que ces retards ont généralement lieu dans les ports de chargement, en raison du grand nombre d’acteurs qui se sont rabattus sur les raffineries disponibles après qu’une partie d’entre elles a été mise hors service à cause de la guerre. Il n’y a donc « pas d’interruption de l’approvisionnement, mais des retards ». « Nos stocks sont suffisants, même si nous ne sommes pas en situation de surstockage », ajoute-t-il. La majeure partie des importateurs au Liban s’approvisionnent auprès de raffineries grecques, qui achètent elles-mêmes leur pétrole brut dans le Golfe, notamment en Arabie saoudite.
Sur le terrain, deux stations-service et un distributeur de mazout contactés par notre publication confirment l’absence de pénurie, tout en faisant état de quantités plus limitées. À Hazmiyé, une station explique ne plus accepter immédiatement de nouveaux clients, qui doivent désormais s’inscrire sur une liste d’attente. Une autre, à Beyrouth, indique réduire les volumes livrés pour les grosses commandes. Même constat chez un distributeur du Metn : « Nous avons du mazout et nous continuons à en distribuer. Il n’y a pas de rupture », assure-t-il.
Voici les nouveaux tarifs :
– 20 litres d’essence à 95 octanes : 2 810 000 livres libanaises, soit une augmentation de 131 000 LL depuis le dernier tarif publié vendredi dernier.
– 20 litres d’essence à 98 octanes : 2 828 000 LL, soit 131 000 LL d'augmentation par rapport à vendredi dernier.
– 20 litres de diesel (pour les véhicules) : 2 768 000 LL, soit une hausse significative de 229 000 LL par rapport à la semaine dernière.
– Bonbonne de gaz domestique : 1 221 000 LL, soit une légère hausse de 31 000 LL par rapport à la semaine dernière.
– Kilolitre de mazout (utilisé pour approvisionner les générateurs électriques privés) : 1 455 dollars, soit une forte hausse de 127 dollars par rapport à vendredi dernier.

