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Lifestyle - En Galeries À Beyrouth

Pour retrouver le sourire ou s'évader, trois expositions à découvrir à Beyrouth à la rentrée

Après la parenthèse estivale, le mois de septembre sonne le retour à un tempo plus urbain, propice aux expositions. « L’Orient-Le Jour » vous propose un premier parcours à Beyrouth, entre sensibilités, atmosphères et écritures singulières.

Pour retrouver le sourire ou s'évader, trois expositions à découvrir à Beyrouth à la rentrée

Une peinture signée Yasmina Nysten. Photo Mansour Dib/galerie Saleh Barakat

La magie des choses ordinaires de Zéna Assi chez Tanit

« Green Trees » de Zéna Assi. Photo : Galerie Tanit de Beyrouth

Depuis l’Angleterre, où elle a « choisi » de s’installer il y a une douzaine d’années, Zéna Assi continue à faire du Liban le terreau de son art. Attention, il ne s’agit pas chez elle d’œuvres reproduisant les paysages ou les emblèmes évidents, mais d’un travail qui exprime, avec une subtilité rare, le sentiment de nostalgie qui l’habite. Ce blues du pays l’avait amenée notamment, au cours des dernières années, vers la pratique, parallèlement à la peinture, de la céramique, cette terre transportable. Elle avait ainsi commencé par façonner des vases ornés des scènes picturales caractéristiques de son style.

A savoir, cet enchevêtrement de figures, de slogans et d’architectures urbaines par lequel elle décrivait sa vision de la vie beyrouthine. En parallèle, naissaient entre ses mains d’étranges figurines baroques évoquant tout à la fois des angelots et des gargouilles, des fleurs et des insectes, des essaims d’abeilles et des battements d’ailes de papillons…

Ces hôtes de la forêt, à la lisière de laquelle Zéna Assi habite dans les environs de Londres, sont ainsi devenus pour l’artiste les symboles d’esprits protecteurs, qui vont l’entraîner dans un univers plus poétique, plus naturel, sensoriel et merveilleux. Un univers dans lequel se mélangent sa mémoire libanaise nourrie par un ensemble d’objets rapportés de l’appartement parental, « de petites choses ordinaires qui n’ont d’important que le souvenir du vécu qui s’y rattache », confie-t-elle à L’Orient-Le Jour, et l’inspiration puisée dans ses promenades quasi quotidiennes dans les bois.

Cela donne un ensemble de peintures, de céramiques et de – toutes récentes – très belles sculptures présentées à la galerie Tanit à Beyrouth, dans une exposition intitulée prosaïquement Ordinary Things*. Mais dont la scénographie enchanteresse vous emporte dans une contemplation à la fois rêveuse et attentive à l’émergence, dans chacune des œuvres exposées, de ces petites « choses ordinaires »... qui distillent, cependant, une étrange impression de magie.

*À la galerie Tanit de Beyrouth, Mar Mikhaël, jusqu’au 20 octobre.

Portraits et sentiments chez Yasmina Nysten à l’Upper Gallery

Une peinture de la série « Memory Keepers » à la galerie Saleh Barakat. Photo Mansour Dib/galerie Saleh Barakat

Il y a une dimension fauve dans les œuvres que présente Yasmina Nysten à l’Upper Gallery de la galerie Saleh Barakat. Une dimension empathique également, évocatrice d’un certain courant progressiste de la peinture américaine de la fin du XXe siècle. Et enfin quelque chose de marqué au sceau d’une mémoire libanaise. Trois univers qui se croisent et se répondent dans l’œuvre de cette artiste libano-finlandaise trentenaire, diplômée de l’Académie libanaise des Beaux-Arts (ALBA) suivi d’un master en arts numériques du Pratt Institute de New York, et aujourd’hui installée dans l’Oregon, aux États-Unis.

Axé sur le portrait, son petit ensemble de toiles, rassemblées sous l’intitulé « Memory Keepers »* (Les gardiens de la mémoire), dégage une atmosphère quasi cinématographique. Une ambiance feutrée et intense tout à la fois enveloppe la série de visages de femmes et d’hommes, saisis, voire figés, dans un moment de vie en solo ou en groupe : rêverie au bord de la piscine, réunion autour d’une « raqwé » de café matinal ou larme coulant sur une joue… Par larges aplats de couleurs saturées, superposées de touches rapides, fragmentées, jouant les contrastes, Nysten compose des toiles habitées d’une narration souterraine.

Des peintures dont les personnages vous accrochent par leurs regards empreints d’une intensité silencieuse qui vous met au défi de définir exactement leur expression : tristesse, lassitude, inquiétude, fronde, nostalgie, désillusion ou encore perspicacité… Autant d’états intérieurs tout en subtilités changeantes exprimés par un pinceau trempé dans une palette allant d’un rose vif porteur d’une implicite divulgation d’un état secret au vert virulent comme un cri…

*Jusqu’au 30 septembre à l’Upper Gallery de la galerie Saleh Barakat, rue Justinien, secteur Clemenceau.

L’art pop et mémoriel de Adnan Charara chez Maya Art Space

« Sangvine », une acrylique sur toile signée Adnan Charara exposée chez Maya Art Space. Photo avec l'aimable autorisation de la galerie

Il n’est pas si fréquent, surtout de nos jours, de tomber sur de l’art qui nous mette le sourire aux lèvres. Une exposition où la fantaisie et une technique maîtrisée, accordées à une réflexion, profonde sans être pesante, diffusent un sentiment de bien-être. C’est l’effet que produisent les peintures de Adnan Charara, actuellement accrochées, sous l’intitulé « The Occupation of Memory » (L’occupation de la mémoire) à la galerie Maya Art Space, au centre-ville.

Des acryliques sur toile où des figures et des onomatopées aux couleurs vives, empruntées à la bande dessinée et à la pop culture, se superposent à de petites scènes en noir et blanc, peuplées de personnages moyen-âgeux. Nettement plus sombres et énigmatiques, ceux-ci semblent surgir des gravures et peintures anciennes de Bosch, Bruegel, Velázquez ou Goya. C’est ce télescopage entre fragments de l’histoire de l’art, culture populaire et imaginaire collectif qui façonne le travail de cet artiste libano-américain, né au Liban en 1962 et installé aux États-Unis depuis 1982.

Des récits bibliques, dont il revisite les péchés capitaux – violence, cupidité, avarice… – aux mythologies fondatrices, comme L’Enlèvement d’Europe, Charara détourne les images et brouille les repères. Les figures du passé se retrouvent ainsi contaminées par les signes du présent, dans un jeu de correspondances aussi drôle que troublant. Une manière, peut-être, de nous inviter à regarder autrement ce que nous croyons connaître : ce mélange de souvenirs, d’images et d’héritage culturel qui occupent notre mémoire. Une exposition qui sous sa joyeuseté pose cette question vertigineuse : Que reste-t-il des récits, des images et des mythes qui nous ont façonnés ?

*« The Occupation of Memory » chez Maya Art Space, centre-ville, jusqu’au 30 septembre.

La magie des choses ordinaires de Zéna Assi chez Tanit « Green Trees » de Zéna Assi. Photo : Galerie Tanit de Beyrouth Depuis l’Angleterre, où elle a « choisi » de s’installer il y a une douzaine d’années, Zéna Assi continue à faire du Liban le terreau de son art. Attention, il ne s’agit pas chez elle d’œuvres reproduisant les paysages ou les emblèmes évidents, mais d’un travail qui exprime, avec une subtilité rare, le sentiment de nostalgie qui l’habite. Ce blues du pays l’avait amenée notamment, au cours des dernières années, vers la pratique, parallèlement à la peinture, de la céramique, cette terre transportable. Elle avait ainsi commencé par façonner des vases ornés des scènes picturales caractéristiques de son style. A savoir, cet enchevêtrement de figures, de slogans et d’architectures...
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