La sociologue turque Pinar Selek à Nice, en mars 2023. Photo Valery HACHE / AFP
Le procès fleuve par contumace de Pinar Selek, sociologue franco-turque accusée de « terrorisme », a été renvoyé vendredi pour la huitième fois par un tribunal d'Istanbul, a constaté une journaliste de l'AFP.
La prochaine audience du procès ouvert en mars 2023 se tiendra le 5 février 2027, a indiqué un juge du tribunal stambouliote de Caglayan au terme d'une courte audience tenue devant plusieurs dizaines de soutiens de Mme Selek, venus notamment de France. Sociologue et écrivaine de 54 ans réfugiée en France, Pinar Selek avait été arrêtée et emprisonnée en 1998 alors qu'elle venait d'achever de longues séries d'entretiens au sein de la communauté kurde.
Accusée d'être liée à une explosion meurtrière - en réalité accidentelle, selon une expertise - sur un marché d'Istanbul, elle a été libérée en 2000, puis acquittée quatre fois, en 2006, 2008, 2011 et 2014. Un temps restée travailler en Turquie, elle a pris le chemin de l'exil en 2009, quand les menaces se sont multipliées après la publication de « Devenir un homme en rampant », un recueil de témoignages sur le service militaire, succès d'édition en Turquie.
Partie d'abord en Allemagne, puis à Strasbourg, elle vit et enseigne à Nice (sud de la France), où elle a été naturalisée en 2017. Mais en juin 2022, la cour suprême turque a annulé tous ses acquittements et ordonné un nouveau procès, dont chaque audience a été régulièrement renvoyée depuis. « J'espère que l'acquittement sera l'aboutissement, parce que c'est vraiment un procès qui a trop duré, un procès qu'on sait politique par ailleurs », a déclaré vendredi à l'AFP le député français de gauche radicale Arnaud Saint-Martin, venu assister au procès. « Cela dure depuis trop longtemps », a commenté Antoine Kouchner, professeur et vice-président des relations internationales à l'université Paris Cité, appelant la justice turque au « respect de la liberté académique ».