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Nos lecteurs ont la parole

14/9/1982-14/9/2026

Quarante-quatre ans se sont écoulés depuis ce jour tragique où le Liban a perdu le président élu de la République, Bachir Gemayel, assassiné quelques jours seulement avant de prendre ses fonctions.

Quarante-quatre ans, et pourtant certaines blessures de notre histoire restent encore ouvertes.

La mémoire de Bachir Gemayel ne peut être enfermée dans une photographie, un slogan ou une appartenance politique. Elle appartient à une période particulièrement douloureuse de notre histoire nationale, une période où le Liban était profondément déchiré, où les armes avaient pris le pas sur les institutions et où les ingérences étrangères avaient transformé notre pays en champ de confrontation.

Mais 44 ans après, il faut aussi écouter ce que Bachir disait lui-même.

Il ne suffit pas de commémorer un homme : il faut parfois revenir à ses paroles pour comprendre ce qu’il voulait réellement pour le Liban.

Il suffit de relire ses discours. Il suffit de les réécouter.

On y retrouve, avec les mots de son époque, une idée qui demeure d’une actualité saisissante : celle d’un Liban qui doit appartenir à tous ses citoyens, d’un État qui doit exercer son autorité sur l’ensemble de son territoire et d’un peuple qui doit dépasser ses divisions pour construire un destin commun.

C’est précisément là que se trouve, à mes yeux, l’un des enseignements essentiels de sa pensée : le Liban ne peut être fort que lorsque les Libanais se retrouvent autour de leur pays, et non lorsqu’ils se réfugient derrière leurs appartenances.

Aujourd’hui, notre responsabilité n’est donc pas de transformer la mémoire de Bachir en un nouveau motif de division. Au contraire.

Si nous voulons réellement tirer une leçon de son parcours et de ses paroles, nous devons comprendre que l’unité nationale n’est pas une formule de circonstance : elle est une nécessité vitale pour le Liban.

Nous avons trop longtemps appris à regarder le Libanais qui ne pense pas comme nous comme un adversaire, parfois même comme un ennemi.

Nous avons trop souvent confondu nos appartenances communautaires avec notre identité nationale.

Nous avons trop souvent accepté que des fidélités politiques, confessionnelles ou étrangères prennent le dessus sur notre fidélité première : celle que nous devons à notre pays.

Il est temps de sortir de cette logique.

Notre véritable adversaire ne devrait jamais être notre compatriote.

Notre véritable combat doit être celui d’un Liban où aucun citoyen n’est au-dessus de l’autre, où aucune communauté n’est au-dessus de l’autre, où aucune région n’est au-dessus de l’autre, et où aucune force politique ou militaire ne peut se substituer à l’État.

Un Liban où nous acceptons enfin que nous avons un seul pays, une seule Constitution, une seule loi et une seule armée.

Un Liban où la souveraineté appartient à l’État et où la décision nationale est prise au nom de tous les Libanais.

C’est justement cette vision d’un Liban capable de dépasser ses divisions que nous devons retrouver aujourd’hui.

Relisons donc Bachir sans filtres. Réécoutons ses discours sans les réduire aux slogans.

Écoutons ce qu’il disait sur l’État, sur la souveraineté, sur l’unité du peuple libanais et sur la nécessité de construire un pays où les citoyens puissent enfin se retrouver autour d’un projet national commun.

Car si nous continuons à utiliser nos morts pour justifier nos divisions, nous trahissons peut-être précisément ce que nous prétendons défendre dans leur mémoire.

Commémorer ne signifie pas forcément être d’accord avec tout un parcours politique. Se souvenir ne signifie pas rouvrir les blessures. Et honorer une mémoire ne signifie pas reproduire les divisions du passé.

La meilleure manière de rendre hommage à ceux qui ont disparu dans les tragédies de notre pays est de faire en sorte que leurs sacrifices ne soient pas vains.

Le Liban a suffisamment payé le prix de ses divisions.

Nous ne pouvons plus continuer à opposer un Libanais à un autre selon sa confession, sa région, son parti ou son orientation politique.

Nous ne pouvons plus considérer que ce qui menace notre voisin ne nous concerne pas.

Lorsque le Liban souffre, nous souffrons tous. Lorsque sa souveraineté est bafouée, c’est la souveraineté de tous les Libanais qui est bafouée. Lorsque son territoire est attaqué ou occupé, ce n’est pas un territoire communautaire qui est touché : c’est le territoire national.

Et lorsque nos institutions sont affaiblies, nous sommes tous plus vulnérables.

Voilà pourquoi notre avenir doit être fondé sur une conviction simple : nous n’avons pas plusieurs Liban. Nous n’en avons qu’un. Chrétiens et musulmans. Toutes les confessions. Le Nord, la Békaa, le Sud, le Mont-Liban et Beyrouth.

Ceux qui ont des mémoires différentes, des sensibilités différentes et des opinions politiques différentes.

Nous avons pourtant la même patrie, le même drapeau et le même avenir.

Le désaccord politique est légitime. La diversité est une richesse. La liberté d’opinion est indispensable.

Mais notre diversité ne doit jamais devenir une excuse pour renoncer à notre unité nationale.

Le Liban ne retrouvera sa stabilité que lorsque nous accepterons collectivement que notre destin est commun.

Un Liban où l’on ne demande plus : « De quel camp es-tu ? » Mais : « Que faisons-nous ensemble pour notre pays ? »

Un Liban où l’identité libanaise ne serait plus une addition d’identités concurrentes, mais une identité nationale commune, capable de respecter toutes ses composantes sans que l’une d’elles ait besoin de dominer les autres.

Un Liban où nos différences seraient une richesse et non une menace.

Un Liban où le désaccord politique serait normal, mais où la fidélité à la patrie serait commune à tous.

Quarante-quatre ans après, nous devons avoir suffisamment appris de notre passé pour ne plus être condamnés à le répéter.

En ce jour de commémoration, j’ai une pensée pour Bachir Gemayel, pour sa famille et pour tous ceux qui ont perdu leur vie dans les pages les plus sombres de notre histoire.

Mais j’ai surtout une pensée pour le Liban qu’il voulait construire et pour cette génération de Libanais qui doit aujourd’hui avoir le courage de dépasser les rancœurs, les divisions et les réflexes communautaires.

Nous pouvons avoir des lectures différentes de notre histoire.

Nous pouvons avoir des convictions politiques différentes.

Nous pouvons même continuer à avoir de profondes divergences sur le passé.

Mais nous devons être capables de nous retrouver sur l’essentiel : le Liban d’abord. Sa souveraineté. Son indépendance. Son État. Ses institutions. Son armée. Sa liberté. Et surtout son unité nationale.

C’est peut-être le plus bel hommage que nous puissions rendre aujourd’hui à Bachir et à tous ceux qui sont tombés : faire du Liban non plus le terrain de nos divisions, mais la raison de notre rassemblement.

Parce qu’au bout du compte, nous n’avons qu’un seul pays. Un seul Liban. Un seul État. Une seule souveraineté. Une seule loi. Une seule armée.

Que la mémoire de nos morts nous rapproche plutôt qu’elle ne nous divise. Et que le Liban reste toujours plus grand que toutes nos appartenances.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Quarante-quatre ans se sont écoulés depuis ce jour tragique où le Liban a perdu le président élu de la République, Bachir Gemayel, assassiné quelques jours seulement avant de prendre ses fonctions.Quarante-quatre ans, et pourtant certaines blessures de notre histoire restent encore ouvertes.La mémoire de Bachir Gemayel ne peut être enfermée dans une photographie, un slogan ou une appartenance politique. Elle appartient à une période particulièrement douloureuse de notre histoire nationale, une période où le Liban était profondément déchiré, où les armes avaient pris le pas sur les institutions et où les ingérences étrangères avaient transformé notre pays en champ de confrontation.Mais 44 ans après, il faut aussi écouter ce que Bachir disait lui-même.Il ne suffit pas de commémorer un homme : il faut...
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