Nous sommes nés au seuil d’une ère en rupture totale avec celle de nos aïeux, un virage à 180 degrés. Bienvenue dans le monde de l’intelligence artificielle : le tout dernier-né de la technologie, mais sans conteste le plus brillant. Né avec une cuillère d’or dans la bouche, il a été couronné et s’est hissé sur le trône ultime des inventions.
Intelligence : cette faculté prodigieuse à résoudre la moindre énigme qui traverse l’esprit humain. Artificielle : façonnée de main d’homme pour devenir un allié précieux, lui offrant le luxe de libérer un temps précieux pour explorer de nouveaux horizons.
Guidée par cette promesse, elle s’est immiscée au cœur de nos smartphones avant de prendre corps et âme dans des armatures métalliques dotées de visages, de bras et de jambes, sculptées à l’image exacte de l’homme : les robots.
N’oublions pas tout ce que cette innovation nous a offert. Elle a décroché tous les diplômes bien avant que nous n’y parvenions : dès son premier souffle, elle maîtrisait toutes les langues et résolvait les équations les plus complexes, toutes disciplines confondues. Oui, elle nous a épaulés, a simplifié notre quotidien et nous a fait gagner un temps précieux.
Mais attention : n’a-t-elle pas franchi la ligne rouge ? Ne voyez-vous pas qu’elle tente de prendre le contrôle du monde ? Ne constatez-vous pas notre incapacité désormais à prendre la moindre décision sans la consulter ? Ne sentez-vous pas que nos facultés intellectuelles s’étiolent de jour en jour à cause d’elle ? Ne vous demandez-vous pas si ce texte a été rédigé de ma propre main ou s’il a été généré par ses soins avant que je ne le copie-colle ?
Et le plus crucial : oui, tu as su gagner la confiance de beaucoup... Mais nous ne te laisserons jamais voler notre avenir ni nous priver de concrétiser les métiers de nos rêves, pour lesquels nous avons tant nuitamment lutté.
« L’histoire est un perpétuel recommencement », disait-on avec raison. Souvenons-nous d’Alfred Nobel inventant la dynamique pour soulager le labeur humain et extraire sans peine les minerais enfouis au fond des mines. Cet outil, né de l’ingéniosité d’un esprit brillant, devait simplifier la vie. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? L’utilisons-nous encore à de si nobles fins? On ne le voit plus au fond des galeries, mais plutôt au cœur des tragédies, semant la douleur dans des guerres et des massacres que l’humanité ne parvient plus à enrayer. Conçu pour servir l’homme, nous en venons aujourd’hui à maudire le jour où il fut découvert.
Il en va exactement de même pour l’intelligence artificielle. Introduite dans notre monde pour nous prêter main forte et nous faciliter l’existence, elle s’infiltre peu à peu, montre ses crocs et balaye quinze années d’efforts scolaires devenus dérisoires à ses yeux, sans parler d’études universitaires dont elle s’est érigée en maîtresse absolue. Combien d’enseignants ont déjà perdu leur emploi à cause d’elle ? Combien de professionnels du secteur se sont vus supplantés ?
Pourtant, nous ne la laisserons pas prendre la place des médecins – ces âmes qui ont sacrifié toute une vie, oscillant entre l’épuisement des révisions et le bonheur de la réussite pour accomplir leur vocation. Aujourd’hui, les écrans et les médias nous montrent des robots s’inviter dans les blocs opératoires, tentant d’exercer la médecine et d’évincer le praticien. Mais un robot reste un assemblage de circuits : au moindre bogue, la moindre défaillance signifie la mort. Et cela constitue une menace majeure pour notre avenir.
Souviens-toi de ce que tu es ! Ô intelligence artificielle, nous ne te laisserons jamais kidnapper nos rêves ni les briser. Merci pour les facilités que tu nous as apportées, qu’elles nous aient servis ou desservis. Voyez-vous aujourd’hui un seul élève capable de résoudre une simple équation sans solliciter ton aide ? Souviens-toi que c’est l’homme qui t’a créée, et que lui seul détient le pouvoir de t’anéantir et d’y mettre fin.
Oui, puisons en toi ce qui nous élève vers des sommets de valeurs et de savoir... Mais la réalité est sans appel : mettons-y un terme avant qu’elle ne mette fin à nos vies.
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