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Nos lecteurs ont la parole

Cette anecdote lancinante

Je ne retiens pas beaucoup de blagues en mémoire, contrairement à certains amis qui les font pleuvoir comme une rivière lors de nos assemblées amicales. Pourtant, il en est une qui, gravée depuis une éternité dans ma conscience, a récemment refait surface et ne cesse de me revenir à l’esprit ces derniers jours. Je souhaite la partager avec vous.

Trois vieux hommes, durs d’oreille, sont assis sur un même banc dans un jardin public, un dimanche

après-midi. Ils essaient tant bien que mal d’échanger quelques mots. Le premier dit : « Quelle belle journée ensoleillée ! » Le deuxième lui répond : « Non, c’est lundi. » Le troisième rétorque : « Je viens de manger. »

Cette histoire nous faisait rire lorsque nous étions adolescents. Mais voilà que cette anecdote, pourtant si banale et absurde, prend aujourd’hui une dimension démesurée. Car, plus que jamais, elle me semble représenter la situation dans laquelle nous nous trouvons, nous, Libanais.

À l’image de ces trois vieillards, nous sommes devenus sourds les uns aux autres. Cette incapacité à nous entendre nous a conduits dans une impasse absolue, tant dans notre manière de gérer nos affaires nationales que dans notre attitude face à l’invasion du Liban-Sud.

Une discordance totale, une véritable cacophonie, des explications et des justifications parfois inouïes… Pendant ce temps, le Sud est dévasté, sa population est massacrée et ses villages sont réduits en ruine.

Certains soutiennent la résistance armée du Hezb au Sud contre l’invasion israélienne ; d’autres s’opposent à cette même résistance. Certains affirment vouloir préserver le rêve d’un Liban de 10 452 km², tandis que d’autres prétendent défendre ce même Liban tout en refusant de considérer l’incursion israélienne comme une invasion. D’autres encore insinuent, plus ou moins discrètement, l’idée d’un « nouveau Liban », partagé sous une forme de fédéralisme.

Mais ce qui est encore plus grave, c’est qu’au-delà de la discordance qui règne parmi les parlementaires, la rue elle-même se divise. Le schisme intercommunautaire s’aggrave et commence à provoquer des dégâts qui pourraient devenir irréversibles. Les camps opposés deviennent chaque jour plus intransigeants les uns envers les autres. La raison en est pourtant claire.

Ce que je ne comprends pas,

au-delà des tendances et des courants politiques, c’est cette indifférence envers la population du Liban-Sud. Une indifférence cruelle qui semble parfois dissimuler un profond cynisme à l’égard de toute une communauté, pourtant composante essentielle du Liban. Quelle honte !

Aujourd’hui, votre « indifférence » et votre attitude prétendument « sereine » face à ce qui se déroule au Sud vous rendent, que vous le vouliez ou non, complices de la barbarie commise contre ses villages. L’histoire vous jugera, car elle ne s’écrit pas avec un crayon effaçable.

Le temps de blâmer un parti politique armé, à l’obédience iranienne, doublement fautif et illégal, est dépassé dès lors que l’ennemi a commencé à occuper le territoire, à tuer sans distinction la population libanaise, à détruire des sites historiques et même à profaner des cimetières.

L’ennemi est en train d’annihiler les traces de l’humanité dans une partie de notre pays. Une partie de ce pays qui, je vous le rappelle, est toujours le Liban.

Qu’avez-vous fait aujourd’hui pour protester contre cette barbarie infligée à notre patrie et à nos frères du Sud ?

Qu’avez-vous fait pour défendre cette terre qui appartient à tous les Libanais ?

Avec une telle attitude, on ne bâtit pas un État. Et l’on ne peut prétendre défendre le Liban de 10 452 km² tout en restant indifférent lorsque l’une de ses régions est ravagée. Beaucoup d’entre nous se disent pourtant fervents défenseurs de l’unité et de l’intégrité territoriale du pays.

Pour coexister au sein d’une même nation, il faut avant tout partager certaines idées patriotiques fondamentales. Il faut également une vision commune et cohérente de la vie en société et de la coexistence intercommunautaire. Enfin, il faut un espace national délimité par des frontières clairement définies – un principe qui, pour certains, semble désormais lui-même discutable. Trois conditions essentielles et fondamentales que nous ne semblons malheureusement plus capables de réunir.

Voulez-vous toujours du

Liban-Sud ? Ou bien parlez-vous désormais d’un Liban dont la frontière méridionale serait, de fait, le Litani ? Il faut avoir le courage de dire les choses telles qu’elles sont et cesser de se cacher derrière son petit doigt. Malheureusement, les camps se dessinent de plus en plus clairement, et cette polarisation ne fait qu’accroître les tensions intercommunautaires. Il est facile de céder à la pression et de se laisser entraîner par les tensions de la rue. Il est beaucoup plus difficile de dire non à la division et à la séparation intercommunautaires, lesquelles pourraient, à terme, nous conduire à la partition du pays.

Aujourd’hui, en tant que citoyens libanais, quel message devons-nous transmettre aux générations futures ?

Serait-ce celui de la haine intercommunautaire ? Certainement pas. Le message que nous devons transmettre est celui de la paix, du respect et, surtout, de la coexistence. Il faut construire des ponts, et non des murs. Il faut nous réunir autour de la table du dialogue, car bâtir une nation ne consiste pas seulement à savoir ériger des frontières ou des murs ;

c’est aussi apprendre à partager un destin commun.

Enfin, j’espère, comme beaucoup d’entre nous en ces temps existentiels, que la démarche clairvoyante de notre chef de l’État, le président de la République, saura tôt ou tard nous sortir de cet abîme infernal.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Je ne retiens pas beaucoup de blagues en mémoire, contrairement à certains amis qui les font pleuvoir comme une rivière lors de nos assemblées amicales. Pourtant, il en est une qui, gravée depuis une éternité dans ma conscience, a récemment refait surface et ne cesse de me revenir à l’esprit ces derniers jours. Je souhaite la partager avec vous.Trois vieux hommes, durs d’oreille, sont assis sur un même banc dans un jardin public, un dimanche après-midi. Ils essaient tant bien que mal d’échanger quelques mots. Le premier dit : « Quelle belle journée ensoleillée ! » Le deuxième lui répond : « Non, c’est lundi. » Le troisième rétorque : « Je viens de manger. » Cette histoire nous faisait rire lorsque nous étions adolescents. Mais voilà que cette anecdote,...
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