La dure réalité à laquelle sont confrontés les pays de la région, notamment l’Iran et le Liban, peut se résumer ainsi.
Premièrement, la situation politique et militaire en Iran s’aggrave suite aux frappes américaines sur l’île iranienne de Larak, puis sur des sites iraniens autour du détroit d’Ormuz, et à la riposte iranienne contre les bases américaines dans les pays du Golfe et en Jordanie. Cette situation soulève de nombreuses questions : la situation va-t-elle dégénérer en un nouveau conflit armé, ou ces escarmouches resteront-elles limitées et n’atteindront-elles pas le stade d’une nouvelle guerre ? Tout dépendra de l’escalade choisie par les deux camps. L’administration américaine a opté pour des attaques militaires, en plus d’un blocus économique sévère, afin de renforcer son emprise politique sur l’Iran, où les pressions et les fardeaux sociaux et financiers pesant sur les gardiens de la révolution iraniens s’accroissent et pourraient, à terme, engendrer un mécontentement populaire généralisé. Je crois que l’administration américaine a opté pour un blocus naval strict, en complément de ses opérations militaires, afin d’atteindre rapidement ses objectifs à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis. Il convient de noter que le président Trump, face à l’aggravation de la crise pétrolière mondiale suite à le fermeture du détroit d’Ormuz, a sécurisé son approvisionnement en pétrole brut grâce à un accord avec le Venezuela à des prix très bas. Trump rejette également l’accord actuel entre l’Iran et Oman tant qu’il n’inclut pas les exigences américaines d’une ouverture complète du détroit d’Ormuz à la navigation maritime. De même, l’administration américaine souhaite modifier le mémorandum d’entente avec l’Iran afin de garantir le plein respect de ses conditions, notamment la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz sans aucun droit de passage imposé par les gardiens de la révolution iraniens et la cessation de son soutien financier et militaire à ses alliés dans la région, en particulier au Yémen, en Irak et au Liban.
Deuxièmement, concernant la situation politique et militaire au Liban, elle apparaît malheureusement sombre, car aucun signe positif ne se profile à l’horizon, malgré les efforts du président et du gouvernement pour dissuader Israël d’étendre ses opérations militaires au-delà du Liban-Sud et pour rétablir l’accord-cadre
libano-israélien. Les efforts de l’administration américaine pour mettre en œuvre cet accord-cadre ont jusqu’à présent échoué, Israël restant intransigeant et refusant d’entamer son retrait des zones désignées avant d’avoir obtenu le désarmement du Hezbollah. Réciproquement, le secrétaire général du Hezbollah refuse de discuter de la question des armes tant que l’ennemi israélien ne se sera pas retiré des territoires libanais occupés. Face à cette impasse, les États-Unis ont accru la pression sur le Hezbollah, le désignant comme organisation terroriste liée aux gardiens de la révolution iraniens et lui retirant son statut libanais. L’administration américaine aurait également envisagé d’entamer un dialogue avec le Hezbollah à condition que celui-ci remette ses armes à l’armée libanaise. Par conséquent, la situation politique est extrêmement tendue entre l’État libanais et le Hezbollah, et les échanges de messages entre les deux camps s’intensifient. Dans le même temps, la situation militaire dans le Sud ne se stabilise pas tant. Les bombardements et les opérations israéliennes risquent de se poursuivre jusqu’au retrait du Hezbollah de points qu’Israël considère comme stratégiques, et pourraient même s’étendre avec des opérations militaires accrues atteignant le nord du fleuve Litani. Netanyahu pourrait exploiter la reprise des opérations militaires entre les États-Unis et l’Iran pour étendre son influence dans le Liban-Sud et remporter une victoire sur le terrain, qu’il pourrait ensuite mettre à profit lors des prochaines élections israéliennes. Par conséquent, toute expansion israélienne sur le terrain risque de déstabiliser la situation sécuritaire de toute la région, d’autant plus avec l’implication de l’Iran sur le front libanais.
Parallèlement, le gouvernement libanais s’efforce d’obtenir le déploiement d’une force de l’ONU pour remplacer la Finul après l’expiration de son mandat, étant donné le refus américain et israélien de le renouveler. Par conséquent, aucune solution ne pourra être trouvée au Liban tant que le Hezbollah n’aura pas déposé les armes, tandis que la stabilité au Moyen-Orient dépend de la réalisation de la paix entre les pays de la région et Israël dans le cadre des accords d’Abraham.
Docteur en sciences politiques
Général de brigade à la retraite
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