Des soldats de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) se tiennent en formation devant des véhicules blindés légers multirôles IVECO LMV et des blindés B1 Centauro, sur la base de la Finul près de Mansouri, dans le sud du Liban, le 19 septembre 2026. Photo Mohamed Azakir/ Reuters
Alors que le mandat de la Finul doit s’achever le 31 décembre 2026, une majorité qualifiée de députés libanais réclame sa prorogation, estimant que son départ dans les conditions actuelles risque de créer un « vide sécuritaire » au Liban-Sud. Une étude juridique en ce sens a été remise mardi au président de la République Joseph Aoun et au président de la Chambre Nabih Berry.
Signé par 86 députés, le document appelle à proroger le mandat de la force onusienne ou, à défaut, à « présenter des alternatives » permettant d’éviter ce vide. La délégation parlementaire a exposé ses arguments au chef de l’État et au président de la Chambre, a affirmé le député de la contestation Melhem Khalaf. La délégation comprenait notamment trois députés du mouvement Amal : Mohammad Khawaja, Kassem Hachem et Michel Moussa.
Résolution 2790 « impossible à mettre en œuvre »
Le texte porte plus précisément sur la résolution 2790 du Conseil de sécurité, qui prévoyait en août 2025 un ultime renouvellement du mandat de la Finul avant qu'elle ne se retire du Liban-Sud. La force onusienne y est présente depuis 1978, à la suite de la première invasion israélienne du Liban-Sud, en pleine guerre civile libanaise (1975-1990). Le texte relève des « difficultés majeures » dans l'application de certaines dispositions de la résolution, soulignant que le « départ » de la force internationale du Liban-Sud « suppose que le retrait israélien hors du territoire libanais ait été constaté ».
« Il doit s’accompagner de la remise des positions de la Finul à l’armée libanaise et du rétablissement de l’autorité de l’État libanais sur l’ensemble de son territoire. Or, il est aujourd’hui impossible de mettre en œuvre ces obligations interdépendantes, notamment parce que la Finul dispose de 33 positions le long de la Ligne bleue. Si elle s’en retire, la résolution 2790 impose qu’elles soient remises à l’État libanais. Mais comment pourraient-elles être remises à l’État libanais alors que ces zones sont aujourd’hui occupées ? », a affirmé Melhem Khalaf. Plus de 600 km2 sont toujours occupés par Israël au Liban-Sud, suite à la reprise de la guerre en mars dernier entre le Hezbollah et l'armée israélienne.
« Il n’est donc pas possible de mettre en œuvre la résolution 2790 ; Si cette application se concrétise, nous exposerons le Sud aux dangers les plus graves, qui prendront la forme d’un vide. Et ce vide aura aujourd’hui de lourdes conséquences pour le Liban », a-t-il ajouté qualifiant la Finul de « parapluie de protection onusien pour nos concitoyens sur place ». Devant Joseph Aoun, la délégation a précisé que « des alternatives ont été examinées au cas où il serait impossible de maintenir la Finul sous sa forme actuelle, afin d’éviter tout vide sécuritaire et de préserver la stabilité ».
Le président de la République et le Premier ministre Nawaf Salam ont déjà mis en garde ces dernières semaines contre le risque d'un « vide sécuritaire » au Liban-Sud après le départ de la Finul. Sous la pression des États-Unis, le Conseil de sécurité avait décidé en août 2025 de mettre fin au mandat des Casques bleus le 31 décembre 2026. Dans un entretien accordé à L'Orient-Le Jour publié lundi, l'ambassadeur de France au Liban Patrick Durel a estimé que la « peur du vide au Liban-Sud est réelle ».
