Vue d'ensemble de la décharge de Srar dans le Akkar, extrême-nord du Liban. Photo fournie par Michel Hallak
Des habitants du Akkar (extrême-nord du Liban) s’alarment de la possibilité que la principale décharge de leur région, celle de Srar, ne soit bientôt utilisée pour recevoir les déchets du chef-lieu du Liban-nord, Tripoli, selon notre correspondant Michel Hallak. Un communiqué signé par la « société civile du Akkar » a dénoncé « des informations qui circulent concernant des accords, des réunions et des contacts menés à l'insu de l'opinion publique » à ce propos. Le groupe exige que « toute la vérité soit révélée aux habitants du Akkar et que tous les détails de cette affaire soient rendus publics, en toute transparence ».
Tripoli est la deuxième ville du pays après Beyrouth. La gestion des déchets y est sommaire, malgré des tentatives de mettre en place des usines de traitement, qui ont toutes échoué. La ville dépend donc d’une décharge sauvage saturée depuis de nombreuses années et sans cesse élargie, située sur la côte. Quant au Akkar, la gestion des déchets y est tout aussi sommaire, dépendant d’une décharge sauvage ne disposant d’aucun mécanisme de protection de l’environnement et de la santé, située dans le village de Srar. Il s’agit d’une décharge privée dont la direction est payée à la tonne de déchets accueillie.
Le communiqué de la société civile du Akkar a mis en avant la pollution extrême causée déjà par la décharge, qui accueille les déchets non seulement de tout le Akkar, mais d’autres régions aussi, se demandant quelles conséquences aurait une addition des ordures d’une ville telle que Tripoli. Il demande aux hommes politiques de la région tout comme aux personnalités religieuses et aux municipalités de réagir. « Akkar n’est pas à vendre et n’est le dépotoir de personne », lance le texte.
La Fédération des municipalités de Tripoli (el-Fayhaa) a répondu au communiqué, sans toutefois démentir catégoriquement l’information. Le communiqué de la fédération, également partagé par notre correspondant, qualifie les informations parues dans le texte des activistes akkariotes de « fragmentées » et d’« imprécises », estimant qu’elles ont été « sorties de leur contexte environnemental et technique ».
La fédération reconnaît que la décharge de la ville « est presque arrivée à saturation » et qu’elle est en train d’étudier plusieurs options, « dans une approche scientifique et environnementale fondée sur le tri, le traitement et la réduction du volume de déchets ». Elle ajoute que « la décharge de Srar est l’une des options temporaires possibles », assurant que les déchets « y seraient envoyés dans des ballots compressés après réduction et tri (à Tripoli) ».
« La décharge de Srar ne sera pas une destination à long-terme pour les déchets de Tripoli et ne sera certifiée comme option qu’après un accord donné par toutes les parties concernées, notamment le ministère de l’Environnement et les autorités locales », selon le texte.
Le Liban souffre depuis des décennies d’une gestion défectueuse des déchets, notamment dans les régions hors de Beyrouth et du Mont-Liban, qui ont souvent été livrées à elles-mêmes, avec des échecs successifs dans la mise en place de plans de gestion dignes de ce nom.


