Des bancs de poissons morts sur une plage de Beyrouth, des images qui ont choqué sur les réseaux sociaux. Photo tirée de la page Facebook du ministère de l'Agriculture
Les images d’un banc impressionnant de petits poissons morts sur une plage libanaise ont fait le tour des réseaux sociaux ces derniers jours. Selon l’ONG TERRE Liban dans un communiqué, elles ont été tournées sur la plage de sable dite du Summerland, à l’ouest de Beyrouth.
Le ministère de l’Agriculture a déclaré dans un communiqué mardi suivre de près le phénomène de petits poissons morts « observés sur certaines plages du Liban ou dans de petites mares artificielles sur la côte ». Il dit s’être saisi de cette affaire, soulignant effectuer des tests sur des échantillons de poissons morts.
Contacté, Chadi Mehanna, directeur du développement rural et des ressources naturelles au ministère de l’Agriculture, précise que le phénomène se répète annuellement, avec plus ou moins de gravité, et que plusieurs causes peuvent en être à l'origine. La première est naturelle, dit-il : avec la hausse de la température de la mer, l’oxygène s’évapore et se raréfie dans l’eau. Combiné avec un taux de pollution élevé, notamment dans les endroits semi-fermés comme les ports ou les lagunes, ce facteur provoque la mort des poissons par asphyxie.
Les autres causes sont liées aux pratiques de pêche illégales. Un grand nombre de pêcheurs, notamment dans la capitale, utilisent un filet de pêche connu sous le nom de « seine (ou senne) de plage », un grand filet traditionnel que l’on déploie depuis le rivage pour encercler et capturer les poissons dans des eaux peu profondes. « Cette pratique est interdite au Liban car les lumières utilisées par ces pêcheurs attirent non seulement les petites sardines, dont le stock est toujours convenable en mer, mais tous les autres juvéniles avec elles, ce qui est problématique pour la survie des espèces », explique M. Mehanna.
Et ce n’est pas le seul problème lié à ces seines de plage : les pêcheurs étant plus intéressés par les gros poissons qui ont une valeur économique supérieure, ils ont donc tendance à rejeter les petits poissons en mer. Les vagues ramènent ces poissons morts sur le rivage, d’où les images qui choquent sur les réseaux sociaux… et le sacrifice inutile de milliers de jeunes spécimens.
L’autre cause liée aux mauvaises pratiques est celle de l’utilisation de la dynamite pour tuer les poissons, une pratique pénalisée par la loi. Elle est peu probable dans ce cas, selon Chadi Mehanna, parce que la dynamite déchiquette le corps du poisson qui a alors tendance à couler au fond. Une technique illégale qui est peu pratiquée autour de la capitale, selon lui.
Deux suspects appréhendés
Le directeur estime donc, suivant les premières analyses effectuées sur les échantillons, que les deux premières causes combinées expliquent cette forte mortalité de petits poissons observée sur les plages de sable de la capitale. Concernant les techniques de pêche illicites, le ministère a sollicité les forces de l’ordre pour des poursuites contre les contrevenants.
Interrogé sur les avancées de l’enquête, M. Mehanna assure que, suivant les informations du ministère, deux pêcheurs suspects ont été identifiés et appréhendés, et des procès-verbaux ont été dressés à leur encontre. De son côté, TERRE Liban précise, citant des sources sécuritaires, qu’un pêcheur qu’elle présente comme particulièrement influent, utilisant la seine de plage et responsable de l’hécatombe de poissons sur les images tournées sur la plage du Summerland, a été arrêté par les Forces de sécurité intérieure.

