Le lionceau aperçu ici entre les barreaux de la cage où il est gardé dans la ferme de Laboué, dans la Békaa, en aout 2026. Capture d’écran d'une vidéo fournie par Animals Lebanon
L’affaire du lionceau qui s’est brièvement échappé la semaine dernière de la ferme de son propriétaire dans le village de Laboué, avant d’être ramené dans la cage qui lui est réservée peu après, a débouché lundi sur une décision judiciaire de le placer sous tutelle, suite à une plainte déposée auprès de la justice par le ministère de l’Agriculture. En attendant son transfert vers un sanctuaire spécialisé hors du pays, par l’intermédiaire de l’ONG Animals Lebanon.
Dans les détails de l’affaire, la brève escapade du lionceau mardi dernier avait causé une certaine panique dans la région de Baalbeck-Hermel, en raison de rumeurs (fausses de toute évidence) faisant état de la fuite d’un lion adulte, selon notre correspondante Sarah Abdallah. Selon plusieurs sources concordantes, le lionceau a cependant été rapidement ramené vers la cage qui lui est réservée dans la ferme. Le moukhtar de Laboué, Khaled Abdo, contacté par L’Orient-Le Jour, a même estimé qu’il n’était pas sorti du périmètre de la ferme.
Mais le fait divers a eu pour avantage de signaler la présence du jeune félin au public et aux autorités : car toute possession d’un animal sauvage d’une espèce en danger est pénalisée par la loi 47 sur la protection des animaux, tout en étant contraire aux conventions internationales. « Nous n’étions pas au courant de la présence de ce lionceau dans cette ferme à Laboué avant l’incident », confirme Jana Zaarour, du bureau de coordination de CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) au ministère de l’Agriculture. Elle précise que suivant les textes en vigueur, nul ne peut posséder un animal sauvage d’une espèce menacée « que s’il le garde dans le cadre d’un zoo, bénéficiant d’une autorisation du ministère, et placé sous la supervision du département de ressources animales ». « Hors de ce cadre, les animaux proviennent généralement d’un trafic illicite », poursuit-elle.
Quand l’affaire s’est ébruitée, le ministère de l’Agriculture est entré en contact avec le propriétaire du lionceau qui, selon Jana Zaarour, « a été coopératif, déclarant ne pas savoir que la détention de ces animaux est contraire à la loi, et assurant être prêt à le livrer au ministère ».
Nous avons tenté, dans le cadre de cet article, d’entrer en contact avec le propriétaire de la ferme en question, par le biais du moukhtar de son village, mais n’avons reçu aucune réponse à nos questions avant la publication.
« Trop âgé pour être hébergé au Liban »
Suite à cette flexibilité dont a fait preuve le propriétaire, le ministère s’est entendu avec l’une des ONG spécialisées dans les grands félins, Animals Lebanon (AL), en vue d’une prise en charge après saisie de l’animal. « L’obstacle principal que nous avons rencontré est l’âge de ce lionceau, qui a plus d’un an, donc plus difficile à manipuler que les individus plus jeunes que nous avons pris en charge précédemment », souligne Maggie Chaarawi, cofondatrice d’AL.
Devant l’impossibilité de le relocaliser au Liban, la recherche d’une place dans des sanctuaires étrangers a commencé mais ne s’avère pas facile. « Il est moins évident de placer un lionceau de cet âge, car il s’acclimate plus difficilement avec ses congénères après une captivité relativement longue », poursuit l’activiste.
Du côté du ministère, l’affaire a été portée devant la justice. « Nous avons saisi le procureur général de la Békaa, le juge Marcel Haddad : en son absence, c’est la juge Rita Herro qui a examiné le dossier et décidé que le lionceau devait être placé sous tutelle judiciaire », explique Jana Zaarour.
En l’absence d’un endroit qui puisse l’accueillir au Liban, le lionceau reste placé dans la ferme de son ancien propriétaire, qui devient, par décision de la juge, son tuteur légal jusqu’à son transfert vers un sanctuaire. En vertu de cette décision, il ne peut plus disposer de lui, mais devient son gardien uniquement. Jana Zaarour précise que « le lionceau sera désormais sous la supervision du ministère, qui s’assurera de l’amélioration de ses conditions de vie ».
La justice, elle, suivra son cours, car la détention d’un animal d’une espèce menacée est pénalisée par la loi libanaise sur la protection des animaux et est en contradiction avec les conventions internationales signées par le Liban. Qui plus est, elle va à l’encontre d’une décision du ministère portant le numéro 653 qui, dans son article 11, « interdit toutes sortes de trafic ou de possession de toutes les espèces citées dans les annexes de la CITES et dans ses amendements », précisant que le contrevenant « sera considéré responsable de ses actes devant la justice ».


