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Société - Liban

Poursuivi pour gaspillage de fonds publics, Tony Saliba obtient le renvoi de son dossier devant le Tribunal militaire

Les auteurs de la plainte estiment que le choix de la Haute Cour permettrait à l’ancien directeur de la Sécurité de l’État d’échapper à toute redevabilité.

Poursuivi pour gaspillage de fonds publics, Tony Saliba obtient le renvoi de son dossier devant le Tribunal militaire

L'ex-chef de la Sécurité de l'État Tony Saliba, devant l'ancien président de la République Michel Aoun. Photo d'archives Dalati et Nohra

La Cour de cassation libanaise s’est prononcée récemment en faveur de la compétence du tribunal militaire pour examiner une plainte présentée, en mars 2025, contre l’ancien directeur général de la Sécurité de l’État, Tony Saliba, pour « gaspillage de fonds publics, enrichissement illicite et trafic d’influence ».

Des poursuites contre l’ancien responsable sécuritaire avaient été engagées en octobre 2025 par le parquet financier, à la suite d’une information judiciaire présentée par trois avocats activistes, Ali Abbas, Wassef Haraké et Jad Tohmé, et un général de l’armée à la retraite, Sami Rammah. Leur recours évoquait « l’affectation de centaines d’agents de la Sécurité de l’État et la mise de centaines de voitures à la disposition de chefs de parti, d’anciens ministres et députés, de députés actuels, d’hommes d’affaires et de dames de la société, », ainsi que des « dépenses en carburant et en entretien » qu’impliquait cette mise à disposition.


Le chef du parquet financier, Maher Cheaïto, avait alors transmis le dossier au juge d’instruction de Beyrouth, Hassan Hamdane, qui avait convoqué M. Saliba. Celui-ci ne s’était toutefois pas présenté, invoquant des raisons médicales. Lors d’une audience ultérieure, il avait soulevé des exceptions de procédure, contestant la compétence de la justice civile au motif de son ancien statut de militaire. Le recours avait été examiné par la chambre d’accusation de Beyrouth, présidée par Kamal Nassar, qui avait conclu à la compétence de la justice civile. M. Saliba avait alors formé un pourvoi devant la Cour de cassation, qui a annulé la décision de la chambre d’accusation et décidé que la justice militaire était compétente pour examiner cette affaire.

« Esquiver l’affaire »

Joint par L’Orient-Le Jour, Me Ali Abbas indique que la Cour de cassation devrait désormais transférer le dossier au parquet de cassation qui le transmettra à son tour au commissaire du gouvernement près du tribunal militaire, Claude Ghanem. Il qualifie de « douteux » l’arrêt de la cour, affirmant qu’il constitue « un moyen d’esquiver l’affaire et d’éviter que les responsabilités soient établies ». Le transfert du dossier au tribunal militaire permettrait à Tony Saliba de « se protéger », déclare l’avocat, estimant que « son ancien statut d’officier supérieur lui aurait permis de nouer de solides relations dans ce milieu », ce qui, selon lui, pourrait lui offrir « un environnement plus favorable devant la justice militaire ». D’autant, ajoute-t-il, que « ce sera un officier et non un magistrat de la justice judiciaire qui aura à statuer ».

Me Abbas conteste, par ailleurs, le fondement de l’arrêt de la Cour de cassation, selon lequel les faits reprochés à M. Saliba relèvent de sa qualité de militaire. Il indique que « ce dernier n’a plus ce statut depuis avril 2022 », date à laquelle il avait été mis à la retraite, avant d’être aussitôt nommé directeur général de la Sécurité de l’État en qualité de civil, sous le mandat de l’ancien président de la République Michel Aoun. Selon Me Abbas, la plainte dont il est le coauteur porte sur « des faits commis durant la période où Tony Saliba exerçait ses fonctions en tant que responsable civil et non militaire ».

De 2022 à mars 2025, Tony Saliba avait, en effet, continué à diriger la Sécurité de l’État en tant que civil. À l’issue de cette période, son successeur, Edgard Lawandos, ayant pris les rênes de l’institution, M. Saliba avait alors été mis à la disposition de la présidence du Conseil des ministres. Mais il n’avait pas exercé ses nouvelles fonctions, ce que le chef du gouvernement, Nawaf Salam, a considéré comme une démission. À la demande de ce dernier, le Conseil des ministres avait donc conclu, lors d’une séance tenue en août dernier, que M. Saliba était démissionnaire.

La Cour de cassation libanaise s’est prononcée récemment en faveur de la compétence du tribunal militaire pour examiner une plainte présentée, en mars 2025, contre l’ancien directeur général de la Sécurité de l’État, Tony Saliba, pour « gaspillage de fonds publics, enrichissement illicite et trafic d’influence ».Des poursuites contre l’ancien responsable sécuritaire avaient été engagées en octobre 2025 par le parquet financier, à la suite d’une information judiciaire présentée par trois avocats activistes, Ali Abbas, Wassef Haraké et Jad Tohmé, et un général de l’armée à la retraite, Sami Rammah. Leur recours évoquait « l’affectation de centaines d’agents de la Sécurité de l’État et la mise de centaines de voitures à la disposition de chefs de parti, d’anciens ministres et députés,...
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