Des poubelles renversées par des inconnus devant le siège de la municipalité à Saida, dans la nuit du 10 au 11 septembre 2026, en signe de protestation contre la crise des déchets dans la ville. Photo ANI
Le chef-lieu du Liban-Sud croule sous les déchets. Depuis trois jours, son unique usine de traitement est fermée, la société qui la gère n’ayant pas été payée depuis plus de deux ans. Résultat : les poubelles débordent dans les rues, suscitant la colère de la population. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des inconnus ont renversé des poubelles devant le siège de la municipalité de la ville, en signe de protestation.
Vendredi en matinée, le président du conseil municipal, Moustapha Hijazi, a tenu une conférence de presse pour rappeler que la municipalité a tenté d’éviter la crise en obligeant l’usine, avec l’aide des forces de l’ordre, d’ouvrir ses portes et d’accueillir les ordures. Sauf qu’avec la grève des ouvriers, celles-ci s’entassent sur place, et la cour de l’entreprise est pleine à craquer.
Cette usine est en place et opérationnelle depuis 2013, mais elle a souvent été pointée du doigt pour ses dysfonctionnements. Qui plus est, elle n’a jamais permis de régler réellement le problème des déchets de la ville, et l’ancien dépotoir côtier, qui avait été traité au début des années 2010, est remplacé actuellement par une nouvelle décharge, tout aussi impressionnante. La fermeture de cette usine n’en est pas moins problématique puisque les sacs poubelle ne peuvent plus être transportés nulle part, étant donné qu’ils doivent passer par le site avant de se retrouver dans la décharge.
Contacté par L’Orient-Le Jour, M. Hijazi a renvoyé dos à dos les gérants de l’usine et la société IBC qui ont fermé le site sans crier gare, ainsi que le ministère des Finances qui n’a pas tenu sa promesse de payer ses dus à la société. « Cela fait depuis 2024 que les ouvriers ne sont pas payés, et que l’usine ne reçoit pas ses versements. Je comprends leur colère, mais il faut savoir que l’environnement de Saïda et la santé des riverains est en jeu », s’est-il insurgé. Il a précisé également que la société de transport, NTCC, n’est pas payée par l’État depuis bientôt deux ans.
L’élu est révolté : « Pourquoi faire si peu cas de Saïda, alors que c’est le chef-lieu du Liban-Sud, et que la ville accueille autant de déplacés durant cette crise que traverse le pays ? »
M. Hijazi demande donc au gouvernement de tenir ses engagements, en payant leurs dus aux deux sociétés, mais aussi en formant une équipe chargée de contrôler l’usine, en vue d’améliorer son rendement, comme il a été décidé de le faire dans le cadre d’une décision gouvernementale sur un plan durable de traitement des déchets de la ville, datant d’avril 2026.
Jusque-là, la situation reste dramatique, juge-t-il. « Les déchets sont dans les rues, et la façade de la ville est défigurée par la décharge », regrette-t-il.
