Un homme jette des déchets plastiques dans la mer. Photo d'illustration Ben Stansall/AFP via Getty Images
Quatorze études, publiées dans la revue scientifique Science environnementale et recherche sur la pollution le 7 avril, alertent sur la quantité « alarmante » de microplastiques que l’on trouve dans les fleuves et rivières en Europe. Ces articles sont le résultat de la mission « Tara Microplastiques » menée en 2019, lors de laquelle plus de 2 700 échantillons ont été prélevés durant sept mois dans neuf grands fleuves européens, avant d’être analysés. On apprend ainsi qu’un quart des microplastiques ne sont pas issus de déchets, mais de plastiques industriels, ou peuvent prendre la forme de fibre de textiles synthétiques ou de microparticules produites lors du dévissage du bouchon d’une bouteille d’eau. Une des études identifie également une bactérie virulente sur un microplastique capable de déclencher des infections chez l’homme. Qu’en est-il au Liban ? L’Orient-Le Jour a posé trois questions à Paul Abi Rached, défenseur de l’environnement et président de Terre-Liban.
Qu’est-ce qu’un microplastique et pourquoi en retrouve-t-on autant dans la mer ?
Les microplastiques sont des particules de plastique de taille inférieure à 5 millimètres, issues soit de la fragmentation de déchets plastiques plus grands, soit fabriquées intentionnellement à cette taille pour des usages spécifiques.
Leur omniprésence dans les océans résulte de plusieurs facteurs. Les déchets plastiques mal gérés sur terre sont transportés par les vents et les cours d’eau jusqu’aux milieux marins. Les stations d’épuration ne filtrent pas efficacement les microplastiques, qui se retrouvent ainsi dans les effluents rejetés dans les océans. Les activités maritimes, telles que la pêche et le transport maritime, contribuent également à cette pollution par la dégradation des équipements et des déchets abandonnés.
Les produits de consommation, comme les cosmétiques contenant des microbilles et les textiles synthétiques, libèrent des microplastiques lors de leur utilisation et de leur lavage. Ces particules se dispersent largement dans les océans, favorisées par les courants marins et les interactions avec la faune marine, s’accumulant dans des zones de convergence comme les gyres de déchets.
Quelle est sa dangerosité sur l’environnement et la santé humaine ?
La dangerosité des microplastiques est constamment en évolution, car c’est un processus boule de neige qui développe des impacts systémiques. La majeure partie des études alertent sur des risques potentiels, notamment des perturbations endocriniennes, des troubles respiratoires, des maladies cardio-vasculaires et des cancers.
Les microplastiques peuvent pénétrer dans le corps humain par ingestion, inhalation ou contact cutané, et ont été retrouvés dans divers organes, y compris les poumons, le foie, les reins, le cerveau et le sang. Une étude récente a même montré une association entre l’accumulation de microplastiques dans les vaisseaux sanguins et un risque accru de crise cardiaque, d’AVC, voire de décès, chez certaines personnes atteintes de maladie des artères.
Les microplastiques contiennent souvent des additifs chimiques, dont certains sont des perturbateurs endocriniens, qui peuvent se répandre dans l’environnement et affecter la faune et la flore. L’acidification des océans, causée par l’absorption de CO2 par les océans, entraîne une diminution du pH de l’eau de mer, affectant la capacité des organismes marins à former et maintenir leurs coquilles et squelettes. Ce phénomène menace les coraux, les mollusques, les crustacés et d’autres espèces marines, perturbant ainsi les écosystèmes marins et les chaînes alimentaires.
Le réchauffement climatique exacerbe ces effets en augmentant la température des océans, ce qui réduit la teneur en oxygène de l’eau et affecte la survie des poissons et d’autres organismes marins. Les stocks de poissons diminuent en raison de la réduction de la taille et du poids des poissons causée par l’augmentation des températures océaniques, ce qui pourrait entraîner une diminution des approvisionnements en fruits de mer. Le changement climatique et l’acidification des océans représentent des menaces majeures pour la biodiversité marine et la sécurité alimentaire mondiale. Ingestion par la faune marine, contamination de la chaîne alimentaire et absorption de polluants chimiques sont autant de conséquences néfastes de leur présence.
Quelle est la situation légale et environnementale au Liban ? Que faudrait-il faire pour l’améliorer ?
Pour atténuer les impacts des microplastiques, des stratégies de réduction à la source, d’amélioration de la gestion des déchets, d’innovation technologique et de sensibilisation du public sont impératives. Les évolutions normatives et réglementaires notamment en Europe s’attaquent de plus en plus à diminuer les sources et les mécanismes de propagation des microplastiques. Il demeure beaucoup de lacunes à ce jour, ce n’est plus seulement un problème essentiel à traiter, mais nous sommes aujourd’hui à un stade critique nécessitant des actions drastiques et immédiates pour protéger les écosystèmes marins et la santé humaine.
Le cadre législatif et réglementaire libanais comprend déjà plusieurs textes relatifs à la gestion des déchets de manière générale, notamment la loi n° 80/2018 portant sur la gestion intégrée des déchets solides. Par ailleurs, le Liban a adhéré ou ratifié plusieurs conventions internationales en lien avec la gestion des déchets et la protection du milieu marin, notamment la Convention de Barcelone et ses protocoles, dont celui relatif aux sources de pollution telluriques, ainsi que le protocole sur la gestion intégrée des zones côtières.
Toutefois, aucun texte spécifique n’aborde à ce jour la problématique des microplastiques et aucune stratégie nationale n’a encore été élaborée en ce sens.




Rien que des crimes, au liban actu...
10 h 05, le 13 avril 2025