Un moment du concert organisé au Musée Sursock avec de jeunes musiciens. Photo Musée Sursock
Organisé au musée Sursock, avec le soutien de Wicked Solutions, par le Club de musique classique de l’American University of Beirut (AUB) en collaboration avec Mozart Chahine, ce concert mettait à l’honneur de jeunes musiciens du Conservatoire national supérieur de musique. Répartis en différentes formations, ils proposaient un programme éclectique traversant trois siècles de musique, de Mozart et Rameau à Gershwin, en passant par Elgar, Fauré et Glinka.
Le programme promettait beaucoup : Mozart, Rameau, Elgar, Fauré, Glinka, Harold Arlen, Gershwin. Le genre de la sonate pour piano et violon fut l’un de ceux que Mozart, par ses chefs-d’œuvre, fit entrer dans la modernité. L’interprétation de Maya Maalouf et de Wiam Haddad était sereine et musicale.
Le mouvement extrême était d’un grand naturel, une traversée de siècles de style et de climat à travers quelques broutilles. Sur le papier, un voyage ; dans la salle, une longue somnolence collective où tout le monde était entassé dans les escaliers, faute d’assez de place. Et ces mélomanes, soi-disant, qui ont cette mauvaise manie de manier leur portable en filmant leurs amis, leurs filles ou leurs garçons, et surtout en dérangeant leurs voisins avec leur appareil allumé.
Les interprètes, par leur jeunesse et leur musicalité, étaient corrects, soigneusement alignés, impeccablement inoffensifs. On aurait dit une salle d’attente décorée avec goût. Rameau, pourtant maître des couleurs et des rythmes dansants, fut transformé en un aimable papier peint baroque.
Puis vint Elgar, qui aurait dû apporter, avec son Salut d’amour, une noblesse mélancolique. Le cas de Glinka, avec ses trois lieder et Maya Maalouf au violon, Sara el-Mallah à l’alto et Rami Tannous au piano, a un peu ravivé la salle. Quant aux trois mélodies de Fauré, elles résistaient mieux.
Son raffinement harmonique, dans cette transcription pour violon et piano, était d’une grande élégance. Quant à Harold Arlen, sa musique théâtrale porte en elle le swing, la rue, la lumière nocturne des grandes villes américaines. Puis enfin, grâce à Joey Haddad, les préludes de Gershwin ont réussi à réveiller la salle, avant que l’ennui ne revienne avec le Prélude et le Nocturne de Wiam Haddad.
Nous étions dans un état intermédiaire entre l’écoute et l’oubli. Les musiciens ne sauraient être tenus responsables de la torpeur qui gagnait peu à peu la salle. Elle naissait moins de l’exécution que d’un programme sans véritable ligne dramaturgique, où les styles, les époques et les climats se succédaient sans nécessité intérieure.


