L’affiche de « Wayna Nay ? ! », spectacle des Cordes résonnantes en hommage aux 70 ans du Festival international de Baalbeck. Photo fournie par Joe Daou
L’ensemble ne s’y est jamais produit. Pourtant, c’est au Festival international de Baalbeck et à ses 70 ans que Les Cordes résonnantes et la Municipalité de Ajaltoun entendent rendre hommage à la première soirée du Festival de Ajaltoun, le 24 août, avec Wayna Nay ? ! Un spectacle qui a vu le jour en partenariat avec la municipalité de la ville, sous la houlette de Joe Daou, cofondateur de l’ensemble et chef d’orchestre.
C’est l’idée du Liban insufflée par le Festival de Baalbeck que Joe Daou a souhaité mettre en avant : un Liban qui voit plus grand que lui-même et que le festival a contribué à faire rayonner sur la scène culturelle internationale. Ce festival unique dans la région, qui a connu des interruptions dues à la guerre, est selon lui un vecteur de paix et de prospérité. « Il est l’écho du rêve, de la beauté, de la créativité, pilier essentiel de toute nation. C’est le manque de création qui engendre la guerre, et non le contraire », soutient le jeune chef d’orchestre, que l’on ne saurait contredire à l’aune d’un appauvrissement intellectuel des plus alarmants.
L’esprit de Baalbeck en héritage
Alors, qui est Nay ? Nay est une fiction, le reflet de la beauté et de la création, nom attribué dans le spectacle à Jean Cocteau, dont La Machine infernale a inauguré en sa présence le festival en 1956.
Sous la direction de Joe Daou, près d’une cinquantaine d’artistes prendront part à cette production imaginée comme un trait d’union entre les temples de Baalbeck et les montagnes du Kesrouan. Une manière de rappeler que l’héritage du festival ne se limite pas à son site emblématique, mais continue d’irriguer la vie culturelle libanaise.
Plus qu’une célébration anniversaire, le spectacle entend faire revivre l’univers artistique qui a fait la réputation de Baalbeck en réunissant musique, théâtre et chant dans une même narration. Reprenant quelques morceaux des grandes heures du festival, il propose un voyage où le répertoire classique dialogue avec les œuvres libanaises, dans une succession de tableaux inspirés par la mémoire des lieux, mais appelés à en dépasser les frontières.
Le fil conducteur du spectacle est signé Hassan Makhzoum. Dans cette fiction, l’écrivain français dialogue avec Nay, figure allégorique qui se construit au fil du spectacle. « Elle représente chaque moment de beauté, de liberté que l’on ne peut pas totalement apprivoiser. Nay nous échappe constamment. Nay n’arrive jamais, mais elle est toujours en nous. Le concert pose une question qui reste sans réponse, une sorte de quête permanente ou un chemin que chacun trace à sa façon, d’où son titre Wayna Nay ? ! », précise Joe Daou.

Une création entre Orient et Occident
Autour de cette trame théâtrale se déploie une distribution réunissant plusieurs artistes de premier plan. La soprano Fadia Tomb el-Hajj prêtera sa voix aux grandes pages vocales du programme, tandis que le maître du oud Samir Nasreddine apportera la couleur orientale de cette fresque musicale. Le rôle de Jean Cocteau sera interprété par Nouh Mukaddem, entouré du Chœur de l’Université Notre-Dame de Louaïzé (NDU) et des musiciens des Cordes résonnantes.
Le programme fait alterner quelques grands classiques du répertoire occidental et des œuvres profondément ancrées dans le patrimoine musical libanais. Aux côtés de pages célèbres d’Edward Elgar, de Georges Bizet, de Wolfgang Amadeus Mozart ou de Giuseppe Verdi, le public retrouvera notamment A‘tini al-Nay, inspirée du poème de Gibran Khalil Gibran, la Suite al-Mahabba des frères Rahbani ou encore Arje’ Lana Ma Kan…, composée par Iyad Kanaan sur un texte d’Élias Abou Chabké.

Une nouvelle œuvre du jeune compositeur et chef d’orchestre Ramzi Kandalaft, Suite pour oud et orchestre sur les thèmes des nuits libanaises, spécialement écrite pour marquer le soixante-dixième anniversaire du Festival international de Baalbeck, figure également au programme.
Créées à Ajaltoun en 2018, Les Cordes résonnantes se sont donné pour mission de développer la musique classique au-delà de Beyrouth, tout en mettant en lumière les compositeurs libanais. Au fil des années, l’ensemble s’est produit dans une quarantaine de concerts au Liban et en Europe, participant notamment aux festivals de Beiteddine, Beirut Chants, au FIMU de Belfort, aux Musicales du Liban à Paris, au SOL Festival ou encore au NABU Museum.
Avec Wayna Nay ? ! , Les Cordes résonnantes ne se contentent pas de marquer un anniversaire : elles célèbrent plutôt la philosophie du festival. « Elle repose sur une recherche continue qui permet de révéler une voie plutôt qu’une réponse, laquelle constituerait un point statique. C’est cette exploration qui permet au pays d’évoluer et d’inciter une société à penser », conclut Joe Daou.
Le Festival de Ajaltoun, du 24 au 30 août
Après la soirée d’ouverture du 24 août en hommage au Festival international de Baalbeck, le Festival de Ajaltoun organisé par la Municipalité de la ville, se poursuit le 25 août avec Lena Khater et Da2a Adimeh band. Le 26 août, place à l’humour avec Nadu Abou Chabke, Amal Taleb et Sam Ghazal. Joseph Atieh montera sur scène le 27 août, suivi, le lendemain, par Hadi Daou. Le 29 août, Melhem Zein et et 30, Ziad Malek et la célébration traditionnelle de Mar Zakhia.
Le Festival de Ajaltoun se tient du 24 au 30 août 2026 sur la place de l’église Mar Zakhia, à Ajaltoun, dans le Kesrouan. L’accès à l’ensemble des soirées est gratuit.



