Rechercher
Rechercher

Pour qui sonne l’aide à l’armée


Comme son nom l’indique clairement, toute réunion préparatoire n’a d’autre objectif que de fixer le cadre précis de discussions futures : de planter le décor de décisions à venir. Tel était bien le cas de la brève conférence de jeudi à Paris, en prélude à un vaste débat international sur les besoins de l’armée libanaise ; le prochain départ de la force intérimaire des Nations unies (Finul) stationnée depuis près d’un demi-siècle au Liban-Sud ne fait d’ailleurs que donner plus d’acuité que jamais à la question.

Marquée par une rencontre au sommet entre Emmanuel Macron, Abdallah II de Jordanie et Joseph Aoun, cette conférence préparatoire a-t-elle parfaitement rempli son office ? Oui et non. Elle a certes donné à la France de réaffirmer une fois de plus avec éclat sa sollicitude particulière pour le Liban. Le souverain hachémite y a vu un prolongement important du processus d’Aqaba qu’il avait initié en 2015, et qui vise à renforcer la coopération mondiale en matière de sécurité, de renseignement et de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Quant au chef de l’État libanais, il ne pouvait qu’applaudir bien sûr à cette initiative, sans toutefois en méconnaître les aléas. Preuve en est son insistance à réclamer, devant les 17 délégations présentes, un calendrier pour la suite, une feuille de route permettant d’arpenter et d’exploiter la présente et fort rare opportunité. Mais peut-être aussi Joseph Aoun en a-t-il trop dit hors conférence, alimentant ainsi, sciemment ou non, le débat sur ces fameux besoins de la force légale libanaise.

Une première certitude est que, pour son bonheur ou son malheur, notre pays ne saurait espérer obtenir un jour du matériel de guerre susceptible d’inquiéter un tant soit peu un voisin aussi surarmé qu’Israël. Les États-Unis ne le permettraient pas, puisqu’ils ont fait de la constante supériorité militaire israélienne un des axiomes de leur politique moyen-orientale. À cet embargo qualitatif s’ajoute l’acharnement de Washington à écarter sans trop d’égards la France, et avec elle l’Europe tout entière, des efforts diplomatiques visant à régler le lourd contentieux libano-israélien. Ce point se trouvant clarifié, à quoi donc, et face à qui serviraient alors les transfusions, supervitamines et autres énergisants destinés à la troupe ? À la conférence de Paris, il a certes été question de la récupération graduelle par l’État libanais de ses fonctions et attributs régaliens : contrôle du territoire national, monopole des armes, surveillance sécuritaire mise à niveau et reconstitution des réserves logistiques. Peu de congressistes seront cependant allés jusqu’à faire du Hezbollah la cible, pour le moins apparente, de tant de remue-ménage.

Faut-il équiper suffisamment l’armée libanaise pour lui permettre de mater la milice, que ce soit par intimidation ou par action ? Faut-il attendre plutôt que la grande muette ait fait preuve de sérieux et d’initiative pour lui ouvrir tout grands les robinets des arsenaux ? La question n’a cessé de diviser le monde, mais aussi les Libanais ; elle menace même de tourner au paradoxe de l’œuf et de la poule. Le plus stupéfiant cependant, dans cet intermède parisien, aura été de voir le président Aoun en personne entreprendre, dans une interview à l’Agence France Presse, de résoudre le rébus en en éliminant d’autorité, sans appel, la composante militaire. Non point bien sûr qu’il faille être un partisan de la manière forte pour s’en étonner et le déplorer. Le chef de l’État n’a jamais caché sa répugnance pour toute confrontation directe avec une milice qui, pourtant, ne lui ménage pas ses insultes, ses accusations de trahison, voire ses menaces. Il a même reconnu que cette circonspection, il l’a chèrement payée de sa popularité. On peut en penser ce que l’on voudra, le fait est que de tels sentiments peuvent certes honorer l’homme. Ils sont néanmoins surprenants de maladresse quand ils sont déclinés au mauvais moment, au mauvais endroit et dans le plus inadéquat des contextes.

Quelles que puissent être les intentions de la présidence de la République, c’est le flou artistique qui était de mise. D’étaler au grand jour les interdits fixés à la troupe n’est pas le meilleur moyen de lui valoir une profusion de cadeaux. Et de ne rater aucune occasion de rassurer le Hezbollah ne peut que l’encourager à toujours plus d’outrance.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Comme son nom l’indique clairement, toute réunion préparatoire n’a d’autre objectif que de fixer le cadre précis de discussions futures : de planter le décor de décisions à venir. Tel était bien le cas de la brève conférence de jeudi à Paris, en prélude à un vaste débat international sur les besoins de l’armée libanaise ; le prochain départ de la force intérimaire des Nations unies (Finul) stationnée depuis près d’un demi-siècle au Liban-Sud ne fait d’ailleurs que donner plus d’acuité que jamais à la question.Marquée par une rencontre au sommet entre Emmanuel Macron, Abdallah II de Jordanie et Joseph Aoun, cette conférence préparatoire a-t-elle parfaitement rempli son office ? Oui et non. Elle a certes donné à la France de réaffirmer une fois de plus avec éclat sa sollicitude particulière...