Écran géant, jeux de lumière et scénographie immersive composent le décor du concert hommage à Coldplay, à Batroun. Photo Rayanne Tawil/L'Orient-Le Jour
Vendredi soir, les embouteillages en direction de Batroun avaient commencé bien avant le début du concert, alors que des centaines de personnes affluaient en direction de Batrouniyat pour assister à un hommage au groupe britannique Coldplay. Le vaste terrain qui accueillait ces dernières semaines les retransmissions de la Coupe du monde s’était métamorphosé en salle de concert à ciel ouvert pour A Night Full of Stars. Les drapeaux de la compétition entouraient toujours le site et le trophée était encore exposé.
Pour Yara Bassil, cheffe de projet de Batrouniyat et l’une des organisatrices de l’événement, l’idée était de profiter des journées sans match pour proposer une expérience différente. « Le point de départ, c’était tout simplement que la Coupe du monde est en cours », explique-t-elle à L’Orient-Le Jour. « Nous disposions déjà d’une installation exceptionnelle, notamment d’un écran géant de 250 mètres carrés et de plusieurs espaces aménagés pour le public. » L’équipe a donc décidé de mettre cette infrastructure à profit entre deux rencontres. « Pourquoi ne pas utiliser les jours de repos de la Coupe du monde pour tester d’autres formats d’événements ? » résume-t-elle.
Le choix de Coldplay s’est imposé naturellement. « C’est un groupe capable de rassembler toutes les générations et des publics aux goûts très différents. C’est aussi le type d’expérience que les gens recherchent », souligne-t-elle.
Des stands de restauration et de boissons animaient les abords du site tandis qu’adolescents, familles et groupes d’amis arrivaient des quatre coins du Liban. Vers 21 heures, les gradins se remplissaient peu à peu. D’autres s’installaient sur la pelouse, prenaient des selfies ou patientaient en musique. Hauts colorés, casquettes et visages pailletés donnaient déjà au lieu des allures de festival, bien avant les premières notes.

L’homme derrière la voix
Pour certains, Edwin el-Bainou était déjà un artiste familier. Pour d’autres, il n’était qu’un homme traversant discrètement la foule avant le spectacle.
Tout a changé lorsqu’il est monté sur scène. Entouré du bassiste Michel Labaki, du pianiste Ryan Idriss, du guitariste Jack Élia et du reste du groupe, il a ouvert le concert avec Higher Power, avant d’enchaîner Magic et Paradise. Très vite, le public s’est laissé emporter, chantant en chœur et dansant au rythme des morceaux.
Loin de se contenter d’interpréter le répertoire de Coldplay, Edwin a instauré un véritable dialogue avec les spectateurs, invitant chaque côté des gradins à chanter plus fort ou plus doucement. Plusieurs fans lui tendaient même leur téléphone afin qu’il immortalise la soirée depuis la scène aux côtés des musiciens.
Avant le concert, il expliquait à L’Orient-Le Jour ce qui, selon lui, fait la richesse d’un hommage. « Lorsqu’on reprend une chanson, on y apporte toujours sa propre sensibilité. Chaque musicien laisse son empreinte. » Son morceau préféré de Coldplay ? In My Place.

Une mer de lumières
L’expérience reposait autant sur la musique que sur la mise en scène. À leur arrivée, les spectateurs recevaient des bracelets lumineux qui faisaient d’eux un élément du spectacle. Lorsque Yellow a retenti, ils se sont illuminés de jaune, dessinant des vagues de lumière dans les gradins et sur la pelouse, en parfaite synchronisation avec les images diffusées sur l’écran géant. Jeux de lumière, effets spéciaux, fumée et feu d’artifice complétaient le dispositif, recréant à Batroun l’atmosphère des grandes tournées du groupe britannique.
Le public participait lui aussi à la scénographie. Un bébé, perché sur les épaules de sa mère, observait la scène au-dessus de la foule, devenant sans doute le plus jeune admirateur de Coldplay de la soirée. Autour de lui, adolescents et groupes d’amis dansaient sans quitter leur téléphone des yeux. Régulièrement, les caméras filmaient les spectateurs pour les projeter sur l’écran géant, les intégrant pleinement au spectacle.
Rebecca, une adolescente, a découvert l’événement sur Instagram. « Dès que j’ai vu l’annonce, j’ai eu hâte d’y être », raconte-t-elle.
Jean, venu de Beyrouth avec des amis, ne regrette pas le déplacement. « Nous sommes restés bloqués dans les embouteillages, mais cela valait largement le coup », sourit-il.
La musique comme trait d’union
Au-delà du concert, l’événement s’inscrit dans les actions menées par Batrouniyat en faveur de la ville. Les bénéfices seront reversés au projet Batroun Bike Trail, associant ainsi cette soirée à une initiative locale.
Pour Yara Bassil, la musique dépasse largement le simple divertissement. « Nous sommes convaincus qu’elle crée du lien. Comme le sport ou les autres formes d’art, elle rassemble les gens. » Elle voit également dans cette soirée un rappel du potentiel du Liban. « Cela montre tout ce que notre pays est capable d’accomplir. Avec la situation actuelle, nous oublions parfois nos atouts et notre capacité à créer de beaux projets. »
À la fin du concert, un drapeau libanais a traversé la scène tandis que les musiciens poursuivaient les derniers morceaux. Sous les lumières changeantes, le public chantait et sautait en chœur, offrant une conclusion résolument libanaise à une soirée portée par les plus grands hymnes de Coldplay.



