Un char israélien manœuvre dans le sud du Liban, vu depuis le nord d’Israël, le 31 mai 2026. Photo Amir Cohen / Reuters
Peu après avoir planté son drapeau sur les ruines endommagées du château de Beaufort au terme d’une nuit de combats intenses, marquant ainsi un « tournant décisif » dans le conflit en cours contre le Hezbollah, l’armée israélienne a lancé un ordre d’évacuation adressé à tous les habitants dans la zone située au sud du fleuve Zahrani. Cette escalade, en cours depuis plusieurs jours, a été jugée dimanche « injustifiable » par le président français Emmanuel Macron.
Publié en milieu de matinée sur le compte X du porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, l’ordre a été donné dans le prolongement d’une opération de grande envergure à Chebaa et à Wadi Slouki, et dans le cadre d’un élargissement de l’opération israélienne, demandé par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et approuvé par le chef d’état-major, Eyal Zamir. Le Zahrani prend sa source dans les hauteurs de Jezzine et se jette dans la Méditerranée au sud de Saïda, à environ 40 kilomètres de la frontière avec Israël. La nouvelle zone qu’Israël compte occuper pour exercer son « contrôle opérationnel », toujours selon les termes de Benjamin Netanyahu, est donc considérablement plus grande que les 600 km² qu’elle occupe déjà.
Tout indique à ce stade que cet élargissement de l’offensive n’est que le début, malgré les négociations directes en cours entre le Liban et Israël. Celles-ci ont donné lieu à une période de cessez-le-feu renouvelée depuis le 17 avril, sans pour autant se traduire par un arrêt total des hostilités sur le terrain.
La chaîne 12 israélienne a indiqué que le gouvernement de Benjamin Netanyahu compte demander une extension de l’appel des forces de réserve jusqu’au 31 juillet, tandis que la chaîne 14 a affirmé que le Premier ministre et son ministre de la Défense Israël Katz envisagent des bombardements d’envergure dans tout le Liban.
Séquence infernale
L’ordre d’évacuation a en tout cas marqué le début d’une nouvelle séquence infernale pour les habitants du Liban-Sud et d’une partie de la Békaa. Plusieurs localités, dont Bourj Chemali (Tyr), Arzay (Saïda), Loubié (Nabatiyé) et Sarafand (Saïda), ont reçu des appels israéliens leur ordonnant d’évacuer, tandis que les bombardements provoquaient les premières victimes du jour, pour un bilan qui est désormais de 3 412 tués et 10 269 blessés, selon le ministère de la Santé. Une frappe près de l’hôpital Hiram à Tyr a fait treize blessés. Une autre frappe à Tyr, la quatrième et dernière d’une série, est tombée non loin de l’hôpital Jabal Amel, selon les informations de notre correspondant Mountasser Abdallah. Outre Tyr, Nabatiyé, Yohmor el-Chaqif, Babliyé, Touline, Ghassaniyé, Debel, Jebchit, Maaraké ou encore Qalaouiyé font partie de la très longue liste des villes et villages meurtris au Liban-Sud.
Dans la Békaa, une frappe de drone a également visé la chaîne montagneuse orientale aux alentours de Nabi Chit, selon notre correspondante dans la région, Sarah Abdallah. En fin de journée, ce fut au tour de Machghara, qui a déjà été pilonnée à plusieurs reprises par Israël ces derniers jours, de subir de nouveaux bombardements.
De son côté, le Hezbollah a lancé une dizaine d’attaques au cours de la journée. La milice a affirmé avoir ciblé une position d’artillerie de l’armée israélienne à Adaïssé et avoir tiré sur des soldats à Metula. Tout au long de la journée, l’armée israélienne a affirmé avoir intercepté plusieurs projectiles lancés depuis le Liban. En soirée, la milice chiite a lancé deux projectiles vers le château de Beaufort. L’un d'eux est tombé non loin, tandis que l’autre a été intercepté. En outre, l’armée israélienne a confirmé dans la matinée la mort d’un 25e soldat tué par un drone explosif tiré par le parti-milice. Selon les médias israéliens, le cabinet sécuritaire de Benjamin Netanyahu s’est réuni dimanche en soirée pour décider de la riposte à cette attaque.
Nabih Berry monte au créneau
L’élargissement de l’offensive israélienne s’est fait dans un silence presque total de la classe politique. Le député du Hezbollah Ali Fayad a pris la parole au cours de la journée pour affirmer que l’absence de résultats concrets des récentes discussions directes à Washington entre les responsables libanais était la preuve de « l’échec du pari sur l’option des négociations directes avec l’ennemi ». Son collègue Hassan Fadlallah a pour sa part considéré que hisser le drapeau israélien sur le château de Beaufort « doit remuer les sentiments de tout patriote sincère » et assuré que le site n'était pas utilisé en tant que position militaire. En fin de journée, le président du Parlement Nabih Berry est à son tour monté au créneau. « Je garantis que la résistance s’engage pleinement, sans réserve et sans délai en faveur d’un cessez-le-feu. Mais la question est la suivante : qui obligera Israël à mettre fin à son agression par voies terrestre, maritime et aérienne, et à cesser de démolir des villages et des maisons ? » a-t-il déclaré sur la chaîne NBN.
La France a de son côté décidé de convoquer le Conseil de sécurité de l’ONU pour une réunion d’urgence, selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui en a informé son homologue libanais Joe Raggi. Cette réunion aura normalement lieu lundi. Le chef du Quai d'Orsay a réaffirmé à M. Raggi la solidarité de son pays avec le Liban et son engagement ferme à respecter sa pleine souveraineté. Il a aussi souligné le soutien de Paris aux négociations directes comme seule voie pour parvenir à une solution durable à la crise. Le président français a lui déclaré sur X que « Rien ne justifie l’escalade majeure au Liban-Sud », tandis que le chef de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a considéré que la France doit « secours, affection et solidarité face aux brutes génocidaires ».
Des partisans du Hezbollah se sont enfin rassemblés dimanche après-midi sur la place des Martyrs à Beyrouth pour un sit-in dénonçant la direction politique du Liban et les institutions officielles, et les accusant de ne pas protéger le pays et ses citoyens, selon le correspondant de L’Orient-Le Jour.



Crever le Hezbollah pour le bien de vos enfants.
00 h 37, le 02 juin 2026