Le patriarche Béchara Raï (deuxième à droite) recevant des visiteurs à Annaya, le 19 juillet 2026. Photo ANI
Le patriarche maronite, Béchara Raï, a appelé dimanche à adopter le principe de la « neutralité active » face aux défis qui menacent le Liban, tout en réaffirmant « l’importance d’une mise en œuvre intégrale et précise de l’accord-cadre » signé entre le Liban et Israël à Washington, « car il constitue une voie d’accès à la consolidation de la souveraineté de l’État ».
« La neutralité active demeure une option nationale indispensable, conforme à l’identité et à la mission du Liban », a déclaré le cardinal Raï dans son homélie dominicale à Annaya, à l'occasion de la fête de Saint Charbel, estimant qu'une telle démarche « protège des conflits des axes » régionaux. « La présence du Liban n’est complète qu’avec son État (...) et son avenir n’est assuré que par une neutralité active qui le préserve, rassure son environnement et fait de lui un témoin de la paix en Orient et une force active pour celle-ci », a ajouté le prélat.
La messe s'est déroulée en présence, entre autres, du ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rassamni, qui représentait le chef de l'État en visite à Washington, du ministre de la Défense nationale, Michel Menassa, et du commandant en chef de l'armée, le général Rodolphe Haykal.
Le chef de l'Église maronite a par ailleurs réaffirmé « l’importance d’une mise en œuvre intégrale et précise de l’accord-cadre, car il constitue une voie d’accès à la consolidation de la souveraineté de l’État, à l’extension de son autorité légitime sur l’ensemble de son territoire, à l’instauration de la sécurité et de la stabilité et à la protection des droits nationaux du Liban ». « Il est de notre devoir national de soutenir toute mesure visant à restaurer le prestige de l’État, la souveraineté du Liban et la sécurité et la stabilité de son peuple », a-t-il déclaré, soulignant que « tout accord préservant la souveraineté du Liban, protégeant ses droits nationaux et renforçant l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire mérite d’être soutenu, à condition que toutes les parties s’engagent à respecter pleinement et fidèlement ses obligations ».
Un processus de négociations directes entre le Liban et l'État hébreu a été entamé en avril, débouchant sur un accord-cadre signé en juin, tandis qu'un sixième round de pourparlers s'est tenu cette semaine à Rome. Selon cet accord-cadre conclu entre les parties libanaise et israélienne, l’armée israélienne devrait se retirer prochainement de zones dites pilotes au Liban-Sud, dans lesquelles l’armée libanaise devrait se déployer. Les troupes israéliennes, elles, occupent une partie du Liban-Sud depuis le début du dernier conflit armé, commencé le 2 mars entre le Hezbollah et Israël.
Le mufti Kabalan tance le président Aoun
De son côté, le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, connu pour sa proximité avec le Hezbollah, a ouvertement critiqué le président de la République, Joseph Aoun, en déplacement officiel aux États-Unis. Le chef de l'État doit rencontrer dimanche le secrétaire d'État américain Marco Rubio, avant une réunion avec le président Donald Trump à Washington mardi.
« Il n'y a pas de plus grande opportunité pour les Libanais que l'unité nationale et ce qui est nécessaire à la souveraineté du Liban. Malheureusement, le président Joseph Aoun sacrifie cette vérité nationale et place le Liban au sein du bazar américain, redéfinissant ainsi l'État libanais selon des impératifs sécuritaires et des intérêts étrangers en contradiction flagrante avec la souveraineté nationale. Nul besoin d'un nouveau conflit pour comprendre que l'Amérique ne voit le Liban qu'à travers le prisme de Tel-Aviv », a-t-il accusé. « Il est inacceptable qu'une seule personne mène le pays à sa perte », a ajouté le dignitaire religieux.
« La solution réside dans un dialogue national, et non dans la rupture des liens avec le Sud, la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth, ni dans l'isolement d'une communauté entière (...) La solution réside dans une convergence interne autour des intérêts du Liban, et non de ceux de Tel-Aviv et de Washington. L'erreur stratégique du gouvernement est en train de mettre le Liban à feu et à sang. Par conséquent, le président Aoun doit être le président de tout le Liban, et non celui du palais de Baabda », a souligné Ahmad Kabalan.
Le mufti jaafarite a par ailleurs estimé que le chef du Parlement, Nabih Berry, chef du mouvement chiite Amal allié du Hezbollah, « mène le plus grand combat historique pour affirmer l'unité du Liban ». « Sous cette bannière, il insiste sur des négociations indirectes selon les conditions libanaises, et non selon les conditions sionistes. Ignorer Nabih Berry, c'est ignorer le Liban, ses fondements et ses chartes nationales. Sans Aïn al-Tiné, il n'y aura pas de solution », a-t-il mis en garde.



Raï au Hezbollah : « Il faudrait se calmer »