En Iran, l’Ayatollah suprême s’est évaporé avec une quarantaine de ses pendentifs, son fils démantibulé savoure la trêve après avoir été abreuvé de bombes, les Gardiens fourbissent leurs missiles en attendant le prochain round, le Trumpinator nous soule avec ses gesticulations roublardes mi-pacifiques mi-guerrières… Pendant ce temps, ça baigne à Beyrouth, où le jeu de dés suit son cours mollasson : sur trois présidents, y en a deux qui se font la gueule pendant que le troisième s’en bat les gonades.
Mais quand le torchon s’embrase, le piètre s’écrase ! Qu’est-ce que notre petite galimafrée domestique peut soudain paraître dérisoire face à la béchamel autour des monarchies confettis du Golfe. Encore heureux que les Américains consentent de temps à autre à nous jeter un os diplomatique, histoire de faire croire que le Liban est la pierre angulaire de l’architecture du Proche-Orient. Et si CNN n’en a pas encore parlé, c’est bien sûr par pur anti-libanisme primaire.
L’histoire en tout cas vaut le détour : cela fait plus de deux semaines qu’Istiz Nabeuh nous joue les stars en boudant le chef de l’État. Pour ce très ancien déshérité aujourd’hui gavé de l’héritage des autres, parler directement aux Shlomos c’est verser du pili-pili sur la plaie du Liban-Sud qui ne cesse d’obséder ses nuits. Évidemment personne n’a osé lui dire qu’il suffisait d’y penser le matin.
Il n’y a pas si longtemps encore, ce gestionnaire du patrimoine public s’était pourtant occupé à fixer le cadre des négociations avec les Hébreux sur les frontières maritimes. Narines palpitantes du fait des effluves de pétrole et de gaz qu’il pressentait au milieu des embruns, il paradait sous les projecteurs avec l’Israélo-Américain Amos Hochstein (à vos souhaits ! ) dont le copinage ne semblait pas particulièrement le dégoûter. Aussi, il n’est pas le mieux placé pour tirer la tronche face au chef de l’État. Le Taulier du Parlement a l’indignation bien sélective.
Tonton Nawaf, à qui toute cette histoire commence à chauffer les oreilles, a cadenassé son moulin à paroles et refuse depuis d’en débattre en public. Ce qui ne l’empêche pas de traiter en catimini son alter ego législatif de vieux gland, alors que ce dernier, on en conviendra, n’est pas si vieux que ça…
Un demi-siècle de conflit débile, de sulfure politico-confessionnelle, d’alliances et de mésalliances, de parano communautaire… Mais c’est pas bien grave, tout ça peut se raser à l’occasion d’un de ces lavages des cœurs dont les Libanais sont coutumiers. Le temps d’un petit raout champêtre autour d’un café généralement dégueulasse, aspiré bruyamment par une rafale de succions très caractéristiques, donnant à croire à une intense cogitation.
On l’aura compris, cette kermesse du Golfe aura permis à nos trois présidents de s’interroger sur ce qu’ils sont censés savoir, avec le sentiment qu’ils ne savent pas grand-chose et qu’ils ne savent pas vraiment dans combien d’années ils sauront quelque chose. Ce qui pour les trois hommes est déjà énorme de le savoir.
gabynasr@lorientlejour.com


Quelle dextérité dans la manière de planter les banderilles.
18 h 39, le 09 mai 2026