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Nos lecteurs ont la parole

Des mots qui divisent, une nation à reconstruire

Dans le brouhaha des mots laids, des paroles haineuses, des expressions rudes et des discours absurdes, qui rythment aujourd’hui les échanges entre les Libanais, une question s’impose : le silence serait-il une solution sage ou un signe de lâcheté ? Pourtant, les mots, lorsqu’ils naissent, exigent d’être accouchés, sinon ils finissent par étouffer ceux qui les retiennent.

Au beau milieu d’une guerre imposée au Liban, quelle qu’en soit la raison, les masques tombent pour montrer des visages rongés par le mépris de l’autre. L’autre différent de soi, par son appartenance culturelle, ses pratiques sociales et religieuses, ses croyances, son appartenance. Une réalité s’impose alors avec force : les habitants du Liban n’ont jamais défini ce que c’est qu’une identité libanaise, mais qu’ils se sont contentés de se côtoyer sans vouloir se connaître. De parfaits étrangers vivant dans des régions à frontières invisibles mais bien réelles. Ils ont coexisté sans vraiment se connaître. Ainsi, chacun façonne le Libanais à son image, un être taillé à sa mesure, excluant celui qui ne lui ressemble pas.

Cette fragmentation n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans l’absence persistante d’une réflexion nationale. En effet, une vraie réflexion sur le renforcement des liens patriotiques n’a jamais été ébauchée. Notre histoire n’a pas réussi à s’intégrer dans un récit commun. Même nos racines partagées ont été écartelées au profit d’appartenances multiples.

Les gouvernements successifs portent leur part de responsabilité. En laissant se dégrader les institutions publiques, ils ont affaibli les fondements même de la citoyenneté. Les efforts isolés de quelques responsables n’ont pas suffi à inverser la tendance, en particulier dans un secteur décisif : l’éducation.

Car tout commence par là : l’éducation ne se limite pas à transmettre des connaissances, surtout à l’ère de l’internet, elle a pour rôle essentiel de construire des repères et de préparer des citoyens. L’éducation doit façonner les esprits.

Il est indéniable que le poids de l’éducation académique l’emporte sur celui de l’éducation familiale, l’enfant étant amené à passer la majeure partie de sa vie dans des établissements scolaires et universitaires.

Répéter l’hymne national tous les lundis matin et commémorer l’indépendance ne suffisent pas à créer un bon citoyen ni à faire naître le sentiment d’appartenance à la nation. On entretient les symboles mais on néglige leur sens.

Il est urgent de repenser en profondeur notre politique et de préparer un plan de secours qui commencerait par une unification des valeurs transmises aux jeunes, passerait par une méthodologie interactive, basée sur une réflexion critique, et finirait par une évaluation réelle des acquis, surtout au niveau de l’éducation civique.

Le plus important est que cette éducation soit appliquée dans tous les établissements, sans exception, surveillée de près et traduite en pratiques concrètes plutôt qu’en discours.

C’est à ce prix que les habitants du Liban deviennent pleinement Libanais.

D’ici là, une responsabilité immédiate nous incombe à tous, celle de nos mots. Taillons nos langues et évitons les mots qui empoisonnent. Choisissons plutôt ceux qui réconfortent sans pour autant renoncer à exprimer nos pensées.

Enfin, rappelons-nous le proverbe libanais qui veut dire « un mot peut apporter de la douceur et un mot peut rendre fou ».

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Dans le brouhaha des mots laids, des paroles haineuses, des expressions rudes et des discours absurdes, qui rythment aujourd’hui les échanges entre les Libanais, une question s’impose : le silence serait-il une solution sage ou un signe de lâcheté ? Pourtant, les mots, lorsqu’ils naissent, exigent d’être accouchés, sinon ils finissent par étouffer ceux qui les retiennent. Au beau milieu d’une guerre imposée au Liban, quelle qu’en soit la raison, les masques tombent pour montrer des visages rongés par le mépris de l’autre. L’autre différent de soi, par son appartenance culturelle, ses pratiques sociales et religieuses, ses croyances, son appartenance. Une réalité s’impose alors avec force : les habitants du Liban n’ont jamais défini ce que c’est qu’une identité libanaise, mais qu’ils se...
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