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De la guerre à la Lune



Depuis le début des négociations et ce mercredi noir, littéralement noir avec son lot de morts et le fulminant nuage qui a dévoré le ciel : quelques nuits calmes à Beyrouth. À part des bangs gratuits et rageurs lâchés par les avions de chasse israéliens et le vrombissement incessant d’un drone qui s’ennuie, les journées elles aussi se prétendent normales. Un printemps insolent. On en vient à se demander ce qui a bien pu se passer. Pourquoi ce nœud au ventre, cette boule à la gorge, ce goût de cendre et de deuil. Quand le hasard vous épargne, il ne vous épargne jamais complètement. Il laisse des traces qui s’accumulent, des blessures secrètes qui réduisent petit à petit votre confiance en la vie et gonflent en vous un sentiment d’insécurité qui ne vous lâche plus. Et quand vous voyez des secouristes pleurer l’un des leurs, fauché par un bombardement aveugle, ou des familles à qui il manque tout à coup un membre et qu’une douleur folle gagne jusqu’au suicide, vous vous sentez coupable, presque responsable sans savoir pourquoi ni de quoi. Honteux sans doute d’appartenir à cette engeance humaine si créative dans sa cruauté, si inventive dans ses moyens d’éliminer ses semblables.

Cinquante et un ans depuis le 13 avril 1975, et cette peur crasse et ce malaise moral n’ont jamais quitté les Libanais. La guerre a pris des formes. On est passé des kalachnikovs aux missiles balistiques, mais la mort est la même. Elle s’est juste banalisée, par habitude, par excès. Pour qui a entendu l’explosion du 4 août 2020 (et y a donc survécu), les grands bruits des bombardements ne sont pas plus inquiétants que les rumeurs de la ville. Mais les nerfs ne sont pas du même avis. Ils vous font les mains moites, le front glacé, le visage exsangue, le dos cassé, les jambes molles. Et puis ça passe. Et les mêmes questions ressurgissent, à peine s’était-on convaincu qu’on n’était bien que chez soi. Partir ? Vivre en étranger, à l’étranger ? Partir pour ne pas mourir ? Mourir d’être parti ? Rester et accepter la menace ? Réévaluer le danger ? Quel pourcentage d’y passer quand s’ouvre le feu du ciel ? Les statistiques disent qu’un parcours à vélo est plus risqué qu’un voyage en avion. Où se situe, dans cette fourchette, le risque de mourir d’un bombardement à Beyrouth ?

Les plus moroses répètent que « ce pays n’est pas à nous ». Mais qui est « nous » et à qui ce pays appartient-il, au final ? C’est vrai qu’il est tiraillé de toutes parts, ce pauvre pays, fragile bordure de terre pliée en deux montagnes entre mer et Asie. Sans cesse convoité par des voisins plus puissants, tantôt la Syrie, tantôt Israël, les deux n’en faisant qu’une bouchée, et jusqu’à l’Iran qui n’a eu besoin que de ses bottes de sept lieues pour s’y poser sans l’air d’y toucher. S’il existe un Liban, c’est que le droit international a fait son travail quand il l’a pu. Désormais ouvertement foulé au pied par les grandes puissances, il est ce point défait qui va faire filer toute la couture. Si le Liban – ou une partie du Liban – est cédé à Israël, tout pays plus faible que son voisin est exposé au risque de disparaître. Une fois de plus, cette Terre est une poudrière. La contempler avec les yeux de la mission Artemis 2 qui vient de rentrer d’un tour de la Lune. Regarder ce globe presque irréel qui nous porte et porte la vie dans un cosmos désert. Se dire avec les astronautes : « Terre, vous êtes un équipage. » Songer avec l’astronaute Jeremy Hasen que : « Nous vivons sur une planète fragile dans le vide et le néant de l'espace. Et notre but sur la planète en tant qu'humains est de trouver la joie, de trouver la joie d'élever les autres, en créant des solutions ensemble au lieu de détruire. » Peut-être que la joie de la Lune est de voir la Terre. Mais de la Terre, on cherche en regardant la Lune la paix qu’on n’a jamais trouvée.

Depuis le début des négociations et ce mercredi noir, littéralement noir avec son lot de morts et le fulminant nuage qui a dévoré le ciel : quelques nuits calmes à Beyrouth. À part des bangs gratuits et rageurs lâchés par les avions de chasse israéliens et le vrombissement incessant d’un drone qui s’ennuie, les journées elles aussi se prétendent normales. Un printemps insolent. On en vient à se demander ce qui a bien pu se passer. Pourquoi ce nœud au ventre, cette boule à la gorge, ce goût de cendre et de deuil. Quand le hasard vous épargne, il ne vous épargne jamais complètement. Il laisse des traces qui s’accumulent, des blessures secrètes qui réduisent petit à petit votre confiance en la vie et gonflent en vous un sentiment d’insécurité qui ne vous lâche plus. Et quand vous voyez des secouristes...
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Écrire, dire nos épreuves, nos souffrances et nos peurs c’est le pouvoir d’interrompre, l’espace d’un temps, la fureur et la laideur des armes. Merci Fifi. Ce pays est à Nous, nous tous, et à personne d’autre, à ceux qui restent et ceux qui sont partis en prenant bien soin d’accrocher le Liban au fond du cœur.

Mona Makki

10 h 47, le 16 avril 2026

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  • Écrire, dire nos épreuves, nos souffrances et nos peurs c’est le pouvoir d’interrompre, l’espace d’un temps, la fureur et la laideur des armes. Merci Fifi. Ce pays est à Nous, nous tous, et à personne d’autre, à ceux qui restent et ceux qui sont partis en prenant bien soin d’accrocher le Liban au fond du cœur.

    Mona Makki

    10 h 47, le 16 avril 2026

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