Il y a des logiques qui, poussées à leur terme, révèlent leur propre absurdité. Au Liban, on nous demande d’accepter des réalités au nom de la sécurité d’un autre. Des déplacements imposés, des zones vidées de leurs habitants, des équilibres fragiles encore une fois bouleversés toujours justifiés par une nécessité sécuritaire présentée comme incontestable, presque naturelle.
Mais depuis quand la sécurité des uns devient-elle un droit à redessiner la vie des autres ?
Et si nous nous posions la question autrement.
Si la sécurité d’un pays justifie que l’on transforme la géographie humaine d’un autre, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique ? Pourquoi ne pas réclamer, nous aussi, l’évacuation des villes du nord d’Israël jusqu’à Haïfa, au nom de notre propre sécurité ? Si l’on suit la même logique que celle que d’autres invoquent, on pourrait parler de la sécurité du Liban. Chaque village, chrétien ou musulman, pourrait alors devenir une zone à protéger, chaque menace pesant sur ses habitants ou sur leurs lieux de culte, églises comme mosquées, pourrait justifier des mesures extrêmes. C’est exactement ce que certains présentent comme légitime pour eux.
La simple évocation de cette idée choque. Elle paraît inacceptable, disproportionnée, profondément injuste. Et c’est précisément là que réside le cœur du problème. Car ce qui est jugé inacceptable pour les uns devrait l’être tout autant pour les autres.
Il ne s’agit pas ici de proposer une absurdité de plus, mais de mettre en lumière celle que l’on tente de normaliser. Car à force de répétition, l’inacceptable finit toujours par se banaliser. Et ce qui hier encore nous aurait révoltés devient aujourd’hui une option discutée, négociée, presque admise.
Le Liban n’est pas un espace abstrait que l’on ajuste selon les besoins stratégiques du moment. C’est un pays fait de villes, de villages, de mémoires, de vies enracinées. Chaque déplacement forcé n’est pas une simple ligne sur une carte : c’est une rupture inacceptable, une violence silencieuse, une fracture supplémentaire dans un pays déjà épuisé. On ne construit pas la sécurité sur l’instabilité permanente de l’autre.
On ne protège pas un peuple en condamnant un autre à vivre dans l’incertitude, l’attente ou l’effacement.
Et surtout, on ne peut pas défendre un principe en le niant simultanément ailleurs. La sécurité ne peut pas être un concept à géométrie variable, invoqué d’un côté et ignoré de l’autre. Sinon, elle cesse d’être un droit pour devenir un rapport de force. Et lorsque la sécurité devient un rapport de force, elle perd toute légitimité morale. Il est temps de refuser cette logique. Non pas en opposant une absurdité à une autre, mais en rappelant une évidence simple : aucune sécurité durable ne peut naître de l’injustice.
Si chaque peuple commence à redéfinir les frontières, les vies et les équilibres de l’autre au nom de sa propre peur, alors il n’y a plus de limite. Plus de droit. Plus de cadre commun. Seulement une spirale sans fin, où chacun, tour à tour, devient la menace de l’autre. Ce que le monde devrait exiger, ce n’est pas l’absurde, mais le juste. Un cadre où la sécurité de chacun est reconnue, mais jamais au prix de l’effacement de l’autre.
Car au fond, la vraie question n’est pas jusqu’où peut-on aller au nom de la sécurité, mais jusqu’où est-on prêt à sacrifier la justice pour lui donner un sens. Peut-être que, si chaque pays et chaque conscience regardaient ce miroir, ils pourraient mieux comprendre notre désarroi.
En exposant l’absurdité de ce que l’on nous impose, ce reflet montre ce que vivent ceux que l’on appelle « les autres ». Ce n’est ni une solution ni une vérité que je propose, mais un moyen de tendre un miroir à l’opinion mondiale afin de reconnaître et mesurer l’injustice que nous subissons.
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