Le 2 avril, comme tous les ans, le monde consacre une journée à l’autisme. Avec la couleur bleue comme symbole, cette couleur douce et apaisante étant appréciée des personnes autistes qui connaissent souvent des troubles sensoriels.
L’autisme, ou ce qui est communément appelé de nos jours les troubles du spectre de l’autisme, entraîne une grande souffrance.
Souffrance pour les personnes qui portent ce handicap et aussi souffrance pour leur entourage. L’intolérance à n’importe quel changement, la sensibilité extrême à certains sens comme certains bruits ou le goût de certains aliments, l’incapacité à s’adapter au monde environnant, l’incompréhension des codes sociaux qui régissent la société, tout cela provoque chez les personnes qui présentent un trouble du spectre de l’autisme des angoisses majeures les obligeant à vivre dans un monde qui leur est propre.
Cette situation n’engageait pas grand monde et touchait un petit nombre de personnes. Jusqu’à il y a quelques décennies où la proportion a commencé à grandir, à exploser presque indéfiniment. En quelques années nous sommes passés de 4 à 5 pour 10 000 personnes jusqu’à atteindre un chiffre avoisinant 1 % de la population !
Cette fréquence exponentielle a fait couler beaucoup d’encre. Tout épidémiologiste digne de ce nom sait affirmer qu’on ne décuple pas une fréquence d’une maladie ou d’un handicap en l’espace de quelques années par le seul fait qu’on sait mieux les dépister et qu’on a amélioré la précision diagnostique.
Une pléthore de théories a été avancée. Au départ, certaines des causes possibles étaient pseudoscientifiques, voire carrément obsolètes. Celles qui mettaient en cause la mère et sa relation avec l’enfant sont tombées en décrépitude. De même, les raisons invoquées ayant trait aux vaccins et qui ne reposaient sur aucun fondement. Cela a laissé néanmoins des placements d’enfants séparés de leur mère dans des familles d’accueil et toute une génération d’enfants dont les parents ont refusé de les vacciner, les privant ainsi de protection indispensable. Ce fut presque un crime contre l’humanité !
Des théories plus récentes sur la pollution atmosphérique et les perturbateurs endocriniens (substances retrouvées dans certaines crèmes ou lotions utilisées par les femmes pendant la grossesse) n’ont pas été confirmées. L’abus des écrans dès la petite enfance n’est pas aujourd’hui reconnu comme base expliquant la genèse d’un tel handicap social. L’utilisation de plus en plus grandissante de médicaments psychotropes (tranquillisants et antidépresseurs) pendant la grossesse peut être un facteur incriminé, mais il est loin d’être le seul et n’explique en rien à lui seul l’augmentation de la fréquence. Le paracétamol pris pendant la grossesse et mis en cause par le président Trump il y a quelques mois est une vue de l’esprit.
La seule théorie plausible communément admise de nos jours reste que les troubles du spectre de l’autisme sont des maladies neurodéveloppementales qui naissent de considérations génétiques associées à des causes environnementales encore inconnues mais survenant très tôt, même au stade fœtal, dans le cerveau de l’enfant à naître. Cela est suffisant pour créer un handicap social majeur et dont les causes biologiques sont, à l’ère actuelle, largement attestées et faisant l’objet de plus en plus de travaux de recherche afin de leur retrouver un remède qui puisse être curatif.
Toutefois, les personnes dites neurotypiques et donc non autistes doivent être redevables pour le prix élevé en matière de souffrance payée aux personnes autistes et à leurs familles.
J’avais écrit dans ces mêmes colonnes il y a quelques années que l’autisme est une chance pour l’humanité. À voir et comprendre certaines des personnes autistes, on ne peut qu’y souscrire !
En effet, ces personnes nous apprennent deux vertus majeures qui se font rares de nos jours. La première vertu est la patience. Dans un monde évoluant avec une grande célérité, les personnes autistes appréhendent le monde avec lenteur. La seconde vertu est la rectitude, les personnes autistes étant incapables de mentir ou de se dérober, vu la seule pensée au premier degré qu’elles peuvent comprendre.
Par ailleurs, certaines personnes autistes sont douées d’une grande intelligence avec des capacités cognitives élaborées au-delà de ce qu’on peut attendre d’un cerveau humain. De même que certaines sont pourvues de capacités artistiques en musique ou en art dépassant tout entendement, du fait du gonflement de certaines parties de leur cerveau, laissant dire à certains qu’à une lettre près, autiste, ça fait artiste.
Et très récemment, une étude d’une grande ampleur scientifique est venue expliquer pourquoi les individus relevant du spectre de l’autisme sont bien plus nombreux chez les êtres humains que chez les autres primates. L’explication reviendrait au fait que certaines couches de neurones dans le cerveau des humains ont évolué vite, plus vite que chez les autres singes, nous permettant d’acquérir une pensée plus complexe et l’apparition du langage. Cependant, cette évolution très rapide s’est accompagnée de modifications au niveau des gènes associés à l’autisme. Ainsi, les troubles du spectre de l’autisme seraient le « prix évolutif » payé par les êtres humains pour leurs capacités cognitives et langagières.
La neurodiversité qui caractérise notre espèce serait donc une chance grâce aux personnes autistes. Loin de souhaiter qu’on puisse être porteur d’un tel handicap, on peut néanmoins apprécier l’apport incontestable à notre humanité d’une telle condition.
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