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Nos lecteurs ont la parole

Ne soyons pas dupes

Se révolter, s’indigner, se lever, s’offusquer, se scandaliser, se rassembler, manifester… Que valent tous ces verbes face à l’annexion de l’espace public par des politiques autoritaires ? Comment continuer à utiliser ce langage lorsque les actions menées détruisent la sphère publique, la rendent inaudible en la masquant d’un bruit de bombes assourdissant ? Comment continuer d’avoir un impact en tant qu’individu sur des décisions politiques orchestrées depuis des décennies ?

Ne soyons pas dupes. Ne soyons pas naïves et naïfs. La situation en Asie du Sud-Ouest n’a rien d’un imprévu, elle est un schéma répété en boucle et mis à exécution. C’est le déroulé d’un théâtre dramatique et économique. Les scènes s’enchaînent comme les épisodes d’une série. Toujours en haleine, toujours en suspens, on attend la prochaine salve. Pour celles et ceux qui n’ont pas la nécessité vitale de fuir, on s’enroule sous la couette, et on attend le début du nouvel épisode. On sent ce qui va arriver, mais on veut continuer à espérer autre chose, car ça nous paraît quand même « trop gros pour que ce soit vrai », et pourtant c’est ce qui arrive. La projection de notre imaginaire ne nous ment plus, nous sommes tombés dans un climat qui force à penser le pire et à constater sa résolution immédiate sous nos yeux.

Ne soyons pas dupes. La série a ses propres investisseurs, promoteurs, médias, publicités, et ses propres intérêts. Elle connaît déjà la prochaine saison, la fin et même le spin-off. Elle façonne comme elle le souhaite le visage de ses méchants et de ses gentils. Et forcément elle aura des gagnants et des perdants dont les rôles sont déjà attribués… Le casting de cette guerre s’est à nouveau accompli sans le consentement de tous ses acteurs. Nous ne sommes pas face à une histoire mal racontée, nous sommes dans un mensonge perpétuel ; nous sommes en crise d’une politique authentique. C’est un affront à l’humanité et à la souveraineté d’une vérité commune. Alors, quel langage adopter, quels mots mettre sur nos engagements ? Quels mots mettre sur ces dérives ? Quels mots mettre sur nos vies ?

Ne soyons pas dupes. Les mots ne valent plus rien et les discours non plus. J’écris car c’est l’unique voix qu’il me reste lorsque je ferme les yeux et que je me bouche les oreilles. Mais qu’en est-il de son écoute, de sa portée ? Quelle voix a la portée d’un drone ? Quelle voix a la puissance d’un missile ?

Quelle voix peut bloquer une invasion terrestre ?

Ne soyons pas dupes. Aucune.

Il ne faut plus simplement parler, il faut agir. On dit que le mutisme rend complice, l’inaction d’autant plus. Qu’attendons-nous pour abattre cet impérialisme ? Qu’attendons-nous pour mettre un terme à ces violences ?

Qu’attendons-nous pour, véritablement, sanctionner les débordements autoritaires ? Certes, il y a des enjeux, mais parmi ces enjeux, n’y a-t-il pas un enjeu éthique qui devrait résister ?

Celui de prolonger une humanité digne d’exister ! Laissons les écoles et les enfants en dehors de ces conflits. Laissons les civils et tous ceux et toutes celles qui ne sont pas impliqués en dehors de ces affrontements impérialistes. Et surtout, ne soyons plus complices des politiques économiques autoritaires qui gangrènent notre humanité et notre dignité.

Ne soyons pas dupes et tâchons de rester dignes.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Se révolter, s’indigner, se lever, s’offusquer, se scandaliser, se rassembler, manifester… Que valent tous ces verbes face à l’annexion de l’espace public par des politiques autoritaires ? Comment continuer à utiliser ce langage lorsque les actions menées détruisent la sphère publique, la rendent inaudible en la masquant d’un bruit de bombes assourdissant ? Comment continuer d’avoir un impact en tant qu’individu sur des décisions politiques orchestrées depuis des décennies ? Ne soyons pas dupes. Ne soyons pas naïves et naïfs. La situation en Asie du Sud-Ouest n’a rien d’un imprévu, elle est un schéma répété en boucle et mis à exécution. C’est le déroulé d’un théâtre dramatique et économique. Les scènes s’enchaînent comme les épisodes d’une série. Toujours en haleine, toujours en...
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