De gauche à droite : Mohammad el-Khatib et Tarek Kaadan, membres du Club laïc. Photo Karma Sakkal
Près de deux jours après le début de l’escalade et des vagues de déplacement massives, des membres du Club laïc de l’AUB se retrouvent face à l’urgence d’agir : non seulement pour lutter contre leur propre abattement, mais surtout pour venir en aide aux populations dans le besoin à Beyrouth. « Je me souviens d’un moment en particulier. En regardant l’un de mes amis, habituellement très actif au niveau du club, j’ai senti qu’il avait particulièrement le moral bas. C’était la première fois que je le voyais ainsi. À ce moment-là, j’ai compris que nous devions faire quelque chose de plus grand », confie Ghadi Maadad, président du Club laïc. Portée par les étudiants, la plateforme de soutien Campus Choice Relief Initiative voit ainsi le jour, fondée par des membres du Club laïc, aux côtés de représentants des conseils de l’University Student Faculty Committee (USFC) et du Student Representative Committee (SRC) de l’AUB. « Nous avons pensé qu’il était temps de prendre le devant et de créer quelque chose de concret, quelque chose qui encouragerait tous les étudiants, non seulement à l’AUB, mais aussi dans tout le pays, à aller dans ce sens », poursuit cet étudiant âgé de 20 ans. Menée au départ par quelques membres du Club laïc, l’initiative rassemble aujourd’hui entre 200 et 250 jeunes volontaires. « Ce qui m’a le plus surpris c’est la réaction positive des étudiants, avoue Ghadi Maadad. L’initiative a finalement inspiré beaucoup de personnes et de nombreux clubs et associations ont décidé de rejoindre l’effort, même si certains avaient auparavant des désaccords avec nous. » Sachant qu’ils n’avaient pas la capacité de lancer une initiative à partir de zéro, ils se sont ainsi fixé comme objectif de connecter les étudiants à des associations « non affiliées à des partis politiques ou sectaires » et qui sont actives sur le terrain. « C’est un espace où nous pouvons générer une volonté d’agir et où les jeunes peuvent se porter volontaires. » Ainsi mobilisés, les bénévoles aident les ONG dans la préparation de repas ou la distribution de produits d’hygiène, de la nourriture et des vêtements.Cependant, en plus du terrain, les responsables de l’initiative s’engagent sur d’autres fronts. Ils diffusent sur leurs réseaux le nom des organisations qui fournissent une aide humanitaire et avec lesquelles ils maintiennent un contact régulier. En parallèle, ils coordonnent avec l’administration de l’AUB, organisent les actions des bénévoles et mettent en relation ces derniers avec les ONG. « Les dons arrivent, parfois même en grande quantité, et certaines personnes sont prêtes à faire du bénévolat, mais nous avons besoin davantage de volontaires. C’est pourquoi, dès le départ, notre appel a été très clair : nous avons besoin de bénévoles et nous voulons que le corps étudiant se sente concerné et impliqué par ce qui se passe », affirme Ghadi Maadad, étudiant en médias et communication à la faculté des arts et des sciences de l’AUB.
Menée au départ par quelques membres du Club laïc, l’initiative rassemble aujourd’hui entre 200 et 250 jeunes volontaires. Photo Karma Sakkal
Faire entendre la voix des jeunes
Par ailleurs, l’initiative Campus Choice Relief vise à développer ce que le président du Club laïc qualifie de « discours étudiant ». Encourageant une voix étudiante unifiée, l’objectif est de promouvoir l’engagement civique, tout en rejetant le sectarisme et la désinformation. « Il doit y avoir une véritable discussion. Les étudiants doivent ressentir un sentiment d’urgence et comprendre qu’ils font partie de ce pays. Depuis des années, on nous a convaincus que le corps étudiant est incapable d’agir et que la politique étudiante n’est pas efficace. Nous rejetons cette idée », affirme Ghadi Maadad. Convaincus que les étudiants peuvent avoir un véritable impact, mesuré à travers les conversations et les systèmes de valeurs qu’ils contribuent à construire, les responsables du Club laïc aspirent « à créer une nation plus connectée, capable de faire face au désespoir et prête à mettre de côté ses différences pour le bien commun ». De la sorte, à travers cette initiative, il s’agit d’encourager les jeunes à s’engager sur une même voie pour pouvoir produire un impact. « Car si nous ne reprenons pas le contrôle du discours, nous risquons de devenir des groupes de personnes aux convictions différentes, qui finiront, dans une certaine mesure, par s’opposer les uns aux autres », poursuit-il.
En somme, dans les circonstances actuelles, la mission du Club laïc est ainsi de favoriser un dialogue entre les étudiants et de rappeler que toutes les communautés appartiennent au pays. « Il n’existe pas de composante extérieure au Liban, et c’est d’ailleurs pour cette même raison que nous avons été entraînés dans une guerre civile. Considérer les Libanais comme différents les uns des autres n’est pas la solution. La solution est plutôt de corriger cette perception », poursuit Ghadi Maadad. Conscient cependant des défis, il ajoute que ce qui motive ces jeunes à aller jusqu’au bout de leur engagement, c’est bien « le soutien humanitaire et le fait d’être présents pour les gens lorsqu’ils en ont besoin ».
Si pour l’instant, les actions de l’initiative Campus Choice Relief se concentrent à Beyrouth, les jeunes qui soutiennent d’autres régions le font à distance, notamment en aidant sur des aspects logistiques ou en ligne, comme par exemple gérer les bases de données, soutenir la communication ou encore coordonner les efforts des groupes. « Cependant, nous pensons que cela ne suffit pas. Nous constatons de grands besoins dans le Mont-Liban et nous prévoyons d’y étendre nos efforts. » Même si la guerre venait à s’intensifier, les organisateurs sont déterminés à persévérer autant que possible, tant que les conditions de sécurité sont assurées. « Nous espérons élargir notre action, travailler avec davantage d’ONG, établir des réseaux de soutien pour les personnes déplacées et collaborer avec d’autres clubs et associations. Nous aimerions aussi développer une coordination à l’échelle nationale entre les étudiants, afin de reprendre une place dans le débat public et faire entendre notre voix », conclut le président du Club laïc de l’AUB.

