Photo souvenir prise au centre-ville de Beyrouth, le 20 mai dernier. Photo Run Club Beirut
Ils sont parfois plus de 200 à se retrouver en fin de journée dans les rues de Beyrouth. Certains viennent pour courir, d’autres pour marcher, ou simplement pour rencontrer de nouvelles personnes. En un peu plus d’un an, Run Club Beirut est devenu un phénomène social porté par une jeunesse en quête de liens dans un pays fragilisé par les crises.
Derrière l’initiative, lancée en mars 2025, se trouvent trois amis : Jack Kassabian, Hekmat Khattar et Christopher Saab. Ils se sont rencontrés sur les bancs de l’Université Saint-Joseph (USJ) où ils étudiaient la physiothérapie. Aujourd’hui, ils poursuivent leur formation en ostéopathie tout en travaillant à l’hôpital.
« Le projet a été construit comme un puzzle. Chacun avait son point de vue mais nous avions tous le même objectif : réunir les Libanais et créer un environnement sain, loin des divisions politiques et religieuses », explique Jack Kassabian.
Pour ses fondateurs, Run Club Beirut est né dans un contexte particulier. Depuis la crise économique, la double explosion au port de Beyrouth puis les guerres qui ont secoué le pays, ils ont vu les fractures sociales se creuser davantage. « Nous voulions promouvoir le bien-être social, la santé mentale et physique à travers quelque chose d’aussi simple que courir », poursuit-il.
Le premier rendez-vous est organisé en mars 2025 entre quelques amis dans les rues de Mar Mikhaël et de Saïfi. À l’époque, aucune stratégie particulière n’est mise en place.
« C’était simplement l’idée de courir ensemble », se souvient Hekmat Khattar. « Je publiais les rendez-vous sur mes stories sur Instagram et, à chaque fois, davantage de personnes venaient. Au début, tout s’est fait par le bouche-à-oreille. »
Le succès dépasse rapidement leurs attentes. D’une vingtaine de participants, le groupe passe à près de quatre-vingts personnes lors de certaines sorties, avant d’atteindre aujourd’hui entre 150 et 250 participants par course. Le groupe
WhatsApp de la communauté rassemble désormais plus de 1 500 membres.
« Nous sommes encore choqués », confie Jack Kassabian. « Je me souviens d’un run à Saïfi l’été dernier. Nous étions habitués à voir vingt ou trente personnes. Soudain, nous nous sommes retrouvés à près de quatre-vingts. Aujourd’hui, il nous arrive d’en accueillir plus de 250. »
Pour Christopher Saab, l’explication tient en partie au besoin de lien social. « Ce qui est beau avec Run Club Beirut, c’est que des gens arrivent seuls et repartent avec des amis. Certains reprennent le sport après des années d’arrêt. D’autres attendent ce moment de la semaine pour déconnecter, rencontrer du monde et retrouver une énergie positive. »
Un projet inclusif
L’inclusivité constitue l’un des principes fondateurs du projet. Les participants sont répartis en différents groupes selon leur niveau afin que débutants et coureurs expérimentés puissent partager le même événement.
« Nous divisons les participants en groupes selon leur rythme », explique Hekmat Khattar. « Ensuite, nous prenons un café ensemble. Le but n’est pas seulement de courir puis de rentrer chez soi. Nous voulons construire une communauté. »
Cette volonté de créer du lien se traduit également par des initiatives solidaires. Régulièrement, le club organise des « runs for a cause » au profit d’organisations non gouvernementales. Des boîtes de dons sont installées à l’arrivée afin de permettre aux participants qui le souhaitent de contribuer librement à différentes causes.
Le concept s’est progressivement étendu au-delà de la course à pied. Les fondateurs ont lancé Walk Club Beirut pour les marcheurs, Bike Club Beirut pour les amateurs de vélo, ainsi que des « Wellness Days » réunissant yoga, pilates, padel, bains glacés ou pressothérapie. « Nous voulons créer une communauté autour du mouvement et du bien-être », souligne Christopher Saab.
Même pendant la guerre, les organisateurs ont tenté de préserver cet esprit. Après une interruption d’environ un mois, ils ont relancé certaines activités dans des zones jugées plus sûres, notamment à Dbayé et au Waterfront.
« Nos membres nous disaient que cette énergie leur manquait », raconte Jack Kassabian. « Nous voulions maintenir ce sentiment de communauté même dans une période difficile. »
Le phénomène dépasse aujourd’hui les frontières de la capitale. Inspiré par l’exemple beyrouthin, d’autres groupes similaires ont vu le jour à Jounieh, Byblos ou Zahlé. Les fondateurs ont également organisé un run club à Paris avec des membres de la diaspora.
Pour les fondateurs, cette expansion reste la preuve qu’une initiative positive peut encore trouver écho au Liban.
Au sein du club, une règle demeure non négociable : la politique reste à l’extérieur. « Nous voulons créer un espace où les gens se rappellent qu’ils sont d’abord Libanais », affirme Jack Kassabian.
Dans un Liban où les occasions de se retrouver dans un milieu sain et serein se font de plus en plus rares, le succès de Run Club Beirut témoigne peut-être d’une aspiration plus profonde : celle de se réunir, d’avancer et de tisser des liens.


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