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Nos lecteurs ont la parole

Le Sud ne sera pas sacrifié

Le 2 mars 2026, après la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, les tensions régionales ont augmenté rapidement, entraînant le Liban dans une guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Depuis, le pays subit des bombardements quotidiens. En une semaine, il y a eu 400 morts, 1 300 blessés et 700 000 personnes déplacées. Des villages sont détruits, des familles sont séparées, des maisons sont abandonnées, et un pays s’effondre. Ce petit bout de terre est de nouveau au cœur d’une guerre dont les logiques géopolitiques dépassent les personnes concernées, et dont la fin est incertaine.

Face aux images choquantes diffusées en temps réel, nous ressentons une panoplie d’émotions. Ce texte est une tentative de mettre des mots sur ce qui nous traverse et qui traverse de nombreux membres de la communauté libanaise de la diaspora, alors que nous assistons, impuissants, à la destruction de notre pays sur les écrans de nos téléphones. La peur nous étouffe à chaque détonation, vibration de téléphone ou notification WhatsApp. Nous pensons à nos grands-parents, fragiles, à la petite fille de notre cousine qui pleure sous les bombes, et à ceux qui doivent quitter leur domicile sans solution de relogement. Nous ne vivons plus, nous ne dormons plus. Nous restons figés devant nos écrans, pétrifiés à la pensée que les quartiers où nous avons grandi puissent être réduits à néant.

Nous ressentons une profonde colère depuis l’explosion de Beyrouth en 2020, peut-être même depuis la guerre de 2006. Cette colère s’est ravivée à chaque crise que notre pays a traversée. Cette indignation vise ceux qui utilisent notre terre pour mener des conflits. Les civils, qu’ils soient palestiniens, iraniens, libanais du Sud ou du Nord, n’ont jamais décidé de ces guerres impérialistes, mais en paient toujours le prix.

Notre colère est alimentée par l’indifférence de certains face à la dégradation de notre territoire. Certains semblent penser que l’identité nationale d’une personne dépend de sa localisation géographique ou de sa religion. On entend une vague de désolidarisation et de blâme. Accuser l’autre : « Le Hezbollah et leurs supporters méritent ce qu’ils vivent, c’est eux qui nous ont mis dans ce pétrin. » Nous refusons que l’appartenance politique ou religieuse justifie la destruction d’un peuple. Nous refusons l’idée que certaines vies soient moins dignes d’être protégées.

Nous refusons que le Sud devienne un territoire abandonné, une zone sacrificielle au nom de calculs politiques ou militaires.

Notre système a été conçu pour nous diviser. Il s’enrichit de la haine persistante envers autrui et de la propagation des divisions que nous avons fini par reproduire. Nous sommes un peuple fragmenté, manipulé par des dirigeants égoïstes qui ne cherchent qu’à conserver leur pouvoir. Ces dirigeants prennent plusieurs formes : les élites corrompues qui ont pillé notre pays, les puissances impérialistes comme Israël et les États-Unis, ou encore le Hezbollah qui prétend agir au nom du peuple.

Malgré le désespoir et l’apathie, nous continuons de résister. De l’autre côté du monde, nous refusons de céder : participation à des manifestations, levées de fonds et gestes concrets pour soutenir notre pays. Pour tous les Libanais.

À Montréal, nous expérimentons une autre possibilité, loin de notre terre mais unis par elle.

Dans ce climat froid et rude, les divisions qui structurent notre pays s’estompent. Dans l’exil, nous n’avons plus le luxe de discriminer nos compatriotes. Nous sommes simplement libanais.

Avec la distance, nous voyons l’absurdité de nos divisions et la manière dont elles ont été utilisées contre nous. Ici, à Montréal, il n’y a plus de « eux » et de « nous ». Il n’y a qu’un peuple. Une nation dispersée, mais déterminée. Une nation capable de solidarité.

Nous avons vu la solidarité en 2019, lors de la thaoura, où des centaines de milliers de Libanais ont manifesté pour la dignité, la justice et le changement.

Cette résistance commence par un geste simple : refuser la division. Elle commence par l’amour : ouvrir nos cœurs et nos portes à ceux qui en ont besoin. Ceux qui donnent, protègent et ne se résignent pas au cynisme sont une lumière d’espoir dans le chaos.

Pour que le Liban soit véritablement libre, il faut non seulement résister aux forces qui nous écrasent, mais aussi reconstruire entre nous les liens brisés par ces forces. Il faut réapprendre à voir l’humanité en chacun et chacune, et avoir le courage de remettre en question les structures de pouvoir qui nous divisent.

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous rappeler que nous sommes tous un Liban.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes. 

Le 2 mars 2026, après la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, les tensions régionales ont augmenté rapidement, entraînant le Liban dans une guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Depuis, le pays subit des bombardements quotidiens. En une semaine, il y a eu 400 morts, 1 300 blessés et 700 000 personnes déplacées. Des villages sont détruits, des familles sont séparées, des maisons sont abandonnées, et un pays s’effondre. Ce petit bout de terre est de nouveau au cœur d’une guerre dont les logiques géopolitiques dépassent les personnes concernées, et dont la fin est incertaine. Face aux images choquantes diffusées en temps réel, nous ressentons une panoplie d’émotions. Ce texte est une tentative de mettre des mots sur ce qui nous traverse et qui traverse de nombreux membres de la communauté...
commentaires (2)

Merci Yara et Karim, pour votre texte très touchant qui me rend solidaire de vos pensées en espérant qu’on aura un jour un monde sans ces frontières, physiques ou sociales, qui sont souvent la cause de nos guerres, ciao!

Giovanni De Paoli@umontreal.ca

23 h 31, le 22 mars 2026

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Commentaires (2)

  • Merci Yara et Karim, pour votre texte très touchant qui me rend solidaire de vos pensées en espérant qu’on aura un jour un monde sans ces frontières, physiques ou sociales, qui sont souvent la cause de nos guerres, ciao!

    Giovanni De Paoli@umontreal.ca

    23 h 31, le 22 mars 2026

  • ""Dans l’exil, nous n’avons plus le luxe de discriminer nos compatriotes. Nous sommes simplement libanais. Avec la distance, nous voyons l’absurdité de nos divisions et la manière dont elles ont été utilisées contre nous. Ici, à Montréal, il n’y a plus de « eux » et de « nous ». Il n’y a qu’un peuple. Une nation dispersée, mais déterminée. Une nation capable de solidarité"". Ce sont des visions de l'esprit. Loin du pays, dans des températures glaciales, de fortes gelées nocturnes, on espère un avenir radieux comme celui au Canada. Que dira un Libanais habitant le Brésil aux t° clémentes ?

    nabil

    00 h 36, le 18 mars 2026

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