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Culture - Sortir (Malgré Tout) À Beyrouth

« Douchés » mais toujours debout, ces Libanais capturés par l’objectif de Gilbert Hage

À la galerie Tanit, le photographe présente une installation monumentale d’hommes et de femmes trempés. Une œuvre immersive qui évoque de manière troublante l’état de toute une population « sous l’eau ».

« Douchés » mais toujours debout, ces Libanais capturés par l’objectif de Gilbert Hage

Vue d’un coin de l’installation photographique de Gilbert Hage à la galerie Tanit de Beyrouth. Photo tirée du fil Instagram de la galerie Tanit

Maintenue « pour offrir aux visiteurs une échappatoire au quotidien de la guerre », comme le signale la galeriste Naïla Kettaneh-Kunigk, l’exposition photographique de Gilbert Hage à la galerie Tanit de Beyrouth sort en effet, à première vue, les visiteurs du contexte de trouble et d’angoisse dans lequel sont à nouveau plongés les Libanais. Une invitation au dépaysement, une sorte de vagabondage dans un imaginaire marqué par un souvenir d’enfance du photographe, préfigure-t-on à la lecture de son intitulé : « I Was Seven The Day I Came Back Home Completely Soaked » (J’avais sept ans le jour où je suis rentré à la maison complètement mouillé). Brutale averse ? Bagarre de gamins à coups de seaux d’eau ? Chute dans une piscine ? La machine à supputations est lancée, et c’est porté par une naïve curiosité – oublieuse que le travail de ce photographe n’est jamais dans l’attendu – que l’on se rend à la galerie de Mar Mikhaël.

Arrêt sur image d’une visiteuse devant la murale de Gilbert Hage à la galerie Tanit. Photo tirée du compte Instagram de l’artiste
Arrêt sur image d’une visiteuse devant la murale de Gilbert Hage à la galerie Tanit. Photo tirée du compte Instagram de l’artiste

Sauf qu’à peine franchi le seuil des lieux, toutes ces hypothèses tombent à l’eau. Car ce que propose l’artiste n’est pas un récit photographique, mais une installation immersive et monumentale qui ceinture les quatre murs de la grande salle. Une longue frise murale composée d’une succession de portraits plus grands que nature d’hommes et de femmes, habillés mais trempés de la tête aux pieds.

Et pour cause, tous sont passés, pour les besoins de ce projet, sous un jet d’eau, l’objectif de Gilbert Hage étant de les saisir « dans cet instant suspendu où le corps réagit au contact soudain du liquide ».

À la fois expérimentale et profondément allégorique…

Portraiturées dans une position frontale, leurs visages et leurs gestes émergeant d’un fond noir, neutre, dénué de toute référence visuelle à un lieu donné, toutes ces personnes issues d’horizons variés – dont un nombre non négligeable d’artistes gravitant dans l’entourage du photographe – semblent défiler face aux regards des visiteurs. Qu’elles enveloppent littéralement de leur présence silencieuse et leur format surdimensionné.

En position sérielle, leurs personnages se déploient toutefois d’une manière totalement individualiste. Chacun d’entre eux établissant par son attitude, allant de la surprise à l’abandon, de la vulnérabilité à la résistance, de l’enjouement au défi, un contact différent avec les spectateurs.

Un enfant devant une fraction de la murale de Gilbert à la galerie Tanit. Photo tirée du compte Instagram de Gilbert Hage
Un enfant devant une fraction de la murale de Gilbert à la galerie Tanit. Photo tirée du compte Instagram de Gilbert Hage

Si l’idée de départ du photographe était de révéler à travers l’élément perturbateur du jet d’eau la diversité des réactions humaines les plus immédiates, sa proposition artistique prend dans le contexte que traverse actuellement le pays du Cèdre une résonance particulière. Car si l’expression « être douché » fait référence psychologiquement à un état de tension émotionnelle, d’anxiété ou de confusion mentale, ces individus trempés apparaîtront comme des figures allégoriques d’un peuple libanais qui tente, malgré les catastrophes et les crises successives, de rester debout. Et même si les hommes et femmes rassemblés dans cette composition ne partagent aucun rythme commun, leurs corps mouillés deviennent le reflet d’une condition collective : celle d’une société éprouvée, oscillant en permanence entre vulnérabilité et endurance… dans un pays constamment soumis à des douches froides !

En dépit de la légèreté de ton du titre choisi par Gilbert Hage, c’est vers une réflexion socio-politique que nous emmène une fois de plus cet artiste dont le travail, bien au-delà d’une recherche purement esthétique, relève d’une véritable « approche sociologique », comme le souligne sa galeriste Naïla Kettaneh. Un photographe qui a fait de l’art du portrait, humain ou d’objets (on se souvient de ses séries de taies d’oreiller et de masques), auquel il se livre depuis les années 1990, un outil d’observation et de questionnement du Liban de l’après-guerre. Enfin, si l’on peut encore parler d’après-guerre…

Une exposition expérimentale et profondément allégorique à découvrir avant le 23 avril.

*« I Was Seven The Day I Came Back Home Completly Soaked » à la galerie Tanit Beyrouth, Mar Mikhaël.

Maintenue « pour offrir aux visiteurs une échappatoire au quotidien de la guerre », comme le signale la galeriste Naïla Kettaneh-Kunigk, l’exposition photographique de Gilbert Hage à la galerie Tanit de Beyrouth sort en effet, à première vue, les visiteurs du contexte de trouble et d’angoisse dans lequel sont à nouveau plongés les Libanais. Une invitation au dépaysement, une sorte de vagabondage dans un imaginaire marqué par un souvenir d’enfance du photographe, préfigure-t-on à la lecture de son intitulé : « I Was Seven The Day I Came Back Home Completely Soaked » (J’avais sept ans le jour où je suis rentré à la maison complètement mouillé). Brutale averse ? Bagarre de gamins à coups de seaux d’eau ? Chute dans une piscine ? La machine à supputations est lancée, et c’est porté par une naïve...
commentaires (1)

Un papier très touchant, émouvant. Dommage que je n’aie pas la possibilité de voir de plus près l’oeuvre de cet artiste. Je dois me contenter de cette excellente analyse qui reflète très bien l’état physique et psychologique de notre peuple.

Marionet

08 h 36, le 22 mars 2026

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Commentaires (1)

  • Un papier très touchant, émouvant. Dommage que je n’aie pas la possibilité de voir de plus près l’oeuvre de cet artiste. Je dois me contenter de cette excellente analyse qui reflète très bien l’état physique et psychologique de notre peuple.

    Marionet

    08 h 36, le 22 mars 2026

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