Roschdy Zem, président du jury de Deauville, durant le festival, le 10 septembre 2026. Photo Alain Jocard/AFP French actor and jury president Roschdy Zem poses during the 52nd edition of the Deauville American film festival, in Deauville, northwestern France on September 10, 2026. (Photo by Alain JOCARD / AFP)
Elle débarque discrètement. Comme si c’était possible. Dans un chemisier blanc et en jupe longue, Catherine Deneuve passe par la porte arrière pour éviter les bains de foule. Ce n’était pourtant pas les badauds qui manquaient à l’appel. Arrivée deux heures à peine avant le début de sa carte blanche aux Franciscaines, elle monte directement dans sa suite de l’hôtel Barrière Normandy, ici même où un portrait de sa jeunesse traîne dans un couloir. Pour la saluer et l’accueillir, Rihab Saad, directeur général de l’établissement. D’origine libanaise, cet expert de la gestion hôtelière parcourt les allées du palace avant l’emplacement du petit-déjeuner et jusqu’au moment où se posent les derniers verres de champagne, tard dans la nuit. « On prépare l’ensemble en amont du festival. Avec la période estivale, c’est l’instant où le travail est le plus intense », explique-t-il à L’Orient-Le Jour, pas peu fier de contribuer désormais au rayonnement international de cet antre des festivités.
Sous ses airs de petite ville tranquille, Deauville vit au rythme d’une horlogerie suisse. Rien n’est laissé au hasard dans les grandes maisons de la station. On y croise des vedettes de tout bord, la clientèle est exigeante, même si bien moins tape-à-l’œil qu’à Cannes ou voyeuriste qu’à Venise. Ici, comme dans les rues à faire pâlir le VIIe arrondissement parisien, tout est le soft luxury, concept qui s’oppose à l’ostentatoire et l’exhibitionnisme froid des mégalopoles américaines. Mais derrière le glamour affiché, une question domine toutes les autres alors que circulent les visages des membres du jury et autres célébrités habituées des paparazzades : celle de la sécurité. « J’ai des agents de sécurité 24 heures sur 24 pendant toute la période du festival. J’ai un côté rue, un autre à l’intérieur », précise-t-on. Les stars ont besoin de surveillance, le festival s’en charge dès qu’ils sortent des murs de leurs suites. Une frontière nette entre les deux prérogatives. Devant, une foule de fans s’amassent avec des carnets en main, tous se plient au jeu des autographes et selfies.
Plus frappant reste le parti pris assumé de ne pas transformer les lieux fermés et l’édifice en bunker. Contrairement à nombre de ses concurrents, on garde ses portes ouvertes aux curieux et aux habitués du coin. « Le monde attire le monde et l’élégance attire l’élégance », résume le directeur, conscient que ses hôtes comme le cadre de vie privilégiée de cette région n’inquiète pas forcément les vedettes, peu dérangées, et qu’elles semblent apprécier à en croire leurs allers et venues et passages dans le somptueux spa et la boutique Guerlain qui va avec. « Nous sommes des serveurs. C’est-à-dire que quand je dis service, il y a le S de sourire, le E d’élégance, le R de reconnaissance, le L du luxe, le I d’information, le C de choyer et le E d’épater », poursuit le natif de Beyrouth, désormais en charge d’une brigade bien rodée, de l’équipe marketing au personnel de chambre.

Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si tant de légendes choisissent un décor plutôt qu’un autre. De Liz Taylor à Michael Douglas historiquement, de Diane Kruger à Scarlett Johansson plus récemment, le Normandy, construit en 1912, reste le point d’ancrage d’un événement qui a fêté, il y a deux ans, son demi-siècle d’existence. Connu du grand public pour avoir logé Coco Chanel, Winston Churchill ou encore le roi Charles III, il reste indissociable du film de Claude Lelouch, Un homme et une femme, dont une suite perpétue aujourd’hui le souvenir. Avec une vue imparable sur le tapis rouge, il offre à ses clients une tranquillité d’esprit unique et enviée. « Pendant le festival, on ne déconnecte jamais vraiment, tant les journées sont denses. Et pour être honnête, je n’ai même pas envie de décrocher : c’est une période tellement belle ! », confie Rihab Saad à quelques heures de l’ultime dîner donné au casino voisin. « Demain, je pense déjà au soir où il faudra tout démonter. Ça me fait un peu mal au cœur. »
Dimanche soir, pourtant, l’écrin retrouve un calme agréable. Les jurés ont repris le train ou leurs décapotables, les derniers flashes s’éteignent sur les Planches et les wagons affichent complet à la gare de Deauville-Trouville. Le Normandy et le reste de la ville gardent leurs moquettes écarlates pour monsieur et madame tout-le-monde, qui entre deux séjours de stars cherchent un coin automnal pour se ressourcer… en attendant l’édition prochaine.