« Les vrais croyants font peu de bruit. » (Maurice Zundel).
Pourtant, que de prétendus fous de Dieu nous entourent. Des fous qui parlent pour Dieu, en son nom, le défendent, et le sauvent en hâtant son retour glorieux. Des fous en turban, en cravate, ou en kippa. Des fous messianiques, de tous bords, qui puisent leur violence dans les textes sacrés.
Et puis, un berger… pas plus qu’un seul, qui ne connaît peut-être nullement lesdits textes sacrés. Qu’en sais-je? Sinon qu’il fuit à pied, du sud vers ailleurs, marchant au-devant de son troupeau, entouré de ses dix chiens pour le protéger.
À pied, tout seul, un bâton à la main, cinq jours de marche pour évacuer sa terre en s’assurant de ne laisser nulle brebis paître derrière lui. Paître et périr, sans pouvoir la secourir.
Et ces quelques centaines de chrétiens restés debout, entre deux feux, sur leurs terres, dont le témoignage crie le paradoxe de « la gloire d’un Dieu qu’est l’homme debout » (cf. saint Irénée).
Quand les fous de Dieu se tapent dessus, c’est Dieu, lui-même, qu’ils tapent en premier.
Car soit il est Dieu, soit il ne l’est pas. Et s’il est Dieu, se retournerait-il contre lui-même ? Soit il est indivisible, soit il n’est pas Dieu. Et s’il est Dieu et qu’il cherchait à se défendre, ne l’aurait-il pas fait ? S’il est Dieu et qu’il aspirait « hâter son retour », forcer sa présence, accomplir ses textes en ce sens, ne l’aurait-il pas fait ?
Ce qu’il y a de plus dangereux dans cette guerre, c’est la portée eschatologique qu’on veut à tout prix lui imposer; une guerre entre le bien et le mal, une guerre des fins dernières… ; ces fins dernières qui, sans aucun doute, viendront si l’homme persiste à se prendre pour Dieu.
Entre les mollahs qui hâtent le retour du Mahdi pour préparer la descente de Issa qui tuera l’anti-Christ à la porte de Lod ; les hommes en kippa qui s’appuient sur leur victoire contre Amalek, en terre perse, alors qu’il cherchait à les anéantir ; et les illuminés du « bureau de la foi » qui croient accomplir la prophétie de l’Armageddon pour provoquer le retour du fils de Dieu… ; c’est Dieu, lui-même, qui se retrouve entre deux feux. C’est Dieu, lui-même, qui marche au-devant de son troupeau. C’est Dieu, lui-même, qui ne se reconnaît pas dans ces fous de « Dieu ».
À cela, peut-être ne pouvons-nous pas grand-chose. Mais s’il est un impératif qui demeure à notre portée, c’est celui-ci : sauver Dieu de nous-mêmes.
Pour voir en l’homme son image et sa ressemblance.
« Sauver Dieu de nous-mêmes… comme il faut sauver la musique de notre bruit, la vérité de nos fanatismes, l’amour de notre possession… ; Dieu, fragile, remis entre nos mains ; Dieu, fragile, confié à notre conscience. Dieu, fragile et désarmé, au point que c’est à nous de le protéger contre nous-mêmes. Ce n’est pas nous qu’il faut sauver de Lui, mais Dieu qu’il faut sauver de nous. » (Maurice Zundel).
Quand les fous de Dieu se tapent dessus, c’est Dieu, lui-même, qu’ils tapent en premier, car Il n’est point étranger à l’homme. À tout homme. Et à tout l’homme.
En cela, il m’est crédible : parce qu’il a pris le risque de la vulnérabilité… La seule façon pour nous rejoindre vraiment. Comme ce berger, au-devant de son troupeau.
Et ces hommes, toujours debout.
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