Plus la guerre est sanglante et dévastatrice, plus le Liban démontre que c’est un pays aux ressources inépuisables. Chaque semaine porte ainsi dans sa besace calendaire un nouvel évènement à déverser dans l’histoire farfelue de cette République de poche. Cette fois, c’est un grand ouf de soulagement ! Au milieu des missiles qui sifflent, des drones qui ronronnent et des populations rongées par la douleur et l’exode, les 128 énergumènes parlementaires ont finalement obtenu ce dont ils fantasmaient : un demi-mandat croupion de deux balais, les doigts dans le nez et les orteils en bouquet de violettes dans une paire de pantoufles charentaises, juste pour voir venir et assister au bouquet final de la raclée en cours.
Mais pour Istiz Nabeuh et la camarilla des mollahillons du Parti barbu, deux berges, c’est trop peu ! Le pompon pour eux aurait été qu’ils puissent chaque quelque temps renouveler ce mini-frisson avec une petite rallonge ponctuelle, pour enfin aboutir à l’orgasme suprême : une prorogation de 20 ans renouvelables par tacite reconduction. C’est vrai, quoi ! où irait le Liban s’il fallait voter à chaque fois que l’opposition avait un caprice ?
La bombinothérapie israélo-américaine qui a allumé sa mèche au Moyen-Orient est certainement venue à point nommé pour ces planqués, au milieu de la déglingue des institutions officielles et de la gesticulation dérisoire des bouffons qui les chapeautent. En fait, le concept n’est pas nouveau : en prenant prétexte de la guerre, les parlementeurs ont implicitement passé un troc avec le Haut Perché. Le tenancier de la Chambre garantit un nouveau bail aux députés, qui en retour reconduisent le Bibelot à son perchoir. L’éternité dans un fauteuil !
De fait, l’une après l’autre, les échéances s’effilochent dans la décrépitude générale, tel un bandage herniaire usagé, et les neuneus de la politique continuent de réchauffer les sempiternelles vieilles recettes destinées aux peuplades décolonisées trop tôt : prorogation-dérogation-reconduction-prolongation. Bref, le pays part en pièces détachées, à l’ombre des ricanements amis et ennemis.
Voilà donc la classe politique condamnée à tourner un navet de 24 mois. Chaque quelque temps, on inventera ainsi une guigne à tiroirs : un coup, c’est le monopole rêvé des armes, un autre, c’est le désarmement bidon du Hezbollah, un troisième, c’est les jérémiades hebdomadaires devant l’ONU. Sans oublier depuis quelques jours à la frontière syrienne l’épisode « Ôte-toi de là que je mette ma barbe », où les velus des deux camps se frottent les poils sans se soucier de l’effet velcro.
Bon, maintenant qu’on a rallongé la Chambre, il ne reste plus qu’à trouver la combine pour reconduire dans leurs fonctions les breloques et autres colifichets de cette carcasse institutionnelle. On commencerait par l’ensemble de l’état-major militaire, avant de passer au Conseil supérieur de la magistrature, au Conseil d’État et au Conseil constitutionnel. Faudra sans doute étirer aussi les conseils municipaux, allonger la durée de vie des fonctionnaires et repousser d’un siècle ou deux l’âge de la retraite. À défaut d’alternance, l’élasticité des matériaux ! Y a des Nobel de physique qui se perdent…
À la gamelle les gars, la soupe est gratos !


Nos parlementaires, une maladie chronique incurable et débilitante.
07 h 03, le 15 mars 2026