Des soldats de l’armée libanaise patrouillent dans le village du sud de Adaïssé, détruit après le retrait des forces israéliennes le 18 février 2025. Photo Mahmoud Zayyat/AFP
Le lundi 2 mars, après le tir de six roquettes par le Hezbollah sur Israël et le déclenchement d’une nouvelle escalade, le gouvernement libanais a déclaré les activités militaires et sécuritaires du parti chiite illégales, appelant l’armée à appliquer le plan relatif au monopole des armes « dans les plus brefs délais et par tous les moyens possibles ».
Ce à quoi le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, a répondu que ce sont aujourd’hui « les attaques israéliennes visant le Liban et ses citoyens qui entravent la mise en œuvre du plan de l’armée ». Ces déclarations lui ont valu nombre de critiques au Liban, alors qu’Israël, qui bombarde massivement le Liban depuis lundi, a adressé, ce week-end, ce message au président libanais Joseph Aoun : « Vous vous êtes engagés à mettre en œuvre l’accord et à désarmer le Hezbollah, mais cela ne s’est pas concrétisé. Nous ne permettrons pas que nos communautés ou nos soldats soient mis en danger, et si nous devons faire un choix, ce sera le gouvernement libanais et tout le Liban qui en paieront le prix. »
Pour rappel, Rodolphe Haykal a été nommé à son poste à l’unanimité le 13 mars 2025. Il est perçu comme ayant un parcours solide qui inspire confiance à une institution profondément divisée.
L’Orient-Le Jour vous explique les enjeux de cette « prudence » de l’armée libanaise.
Le plan de désarmement du Hezbollah : promesses, obstacles et enjeux
Le plan de désarmement du Hezbollah trouve son origine dans le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, négocié par les États-Unis et la France et accepté par le parti chiite, visant à mettre fin au cycle de violence avec Israël. L’accord prévoyait le retrait total de l’armée israélienne du sud du Liban dans un délai de 60 jours, le déploiement de l’armée libanaise pour prendre en charge la sécurité, le démantèlement de l’infrastructure militaire du Hezbollah et l’exclusivité de la détention d’armes par l’État libanais, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU.
En janvier 2025, l’armée a lancé la première phase du plan de monopole des armes, visant à récupérer le contrôle des dépôts d’armes au sud du Litani. La deuxième phase a été présentée le 16 février 2025 lors d’un Conseil des ministres, et ciblait la région située entre les fleuves Litani et Awali.
Le général Haykal a estimé que cette phase pourrait nécessiter entre 4 et 8 mois pour être menée à bien. Le Hezbollah, pour sa part, n’a cessé de dénoncer ce qu’il considère comme des « concessions gratuites » à Israël.
L’armée entre mission de paix et risque de guerre civile
Derrière la « prudence » de Rodolphe Haykal se cache une crainte bien réelle : qu’en s’opposant au Hezbollah, sur le terrain, des tensions dangereuses, au sein même de la troupe, apparaissent.
Depuis sa reconstitution après les accords de Taëf, mettant fin à la guerre civile (1975-1990), l’armée libanaise a pour mission de maintenir la paix civile, et non de combattre des groupes armés internes. Elle est socialement diversifiée, avec environ 30 % de soldats chiites, et son personnel, le soldat payé entre 200 et 250 dollars par mois (le quart de la valeur de leur salaire avant 2019), vit dans un pays où les prix des produits alimentaires ont augmenté d’environ 20 % depuis 2019, limitant encore sa marge de manœuvre.
Toute confrontation directe avec le Hezbollah pourrait provoquer des défections et fragiliser l’institution, car l’armée risquerait de combattre une partie de la population. Ce risque rappelle les fractures de la guerre civile, lorsque des soldats chrétiens avaient rejoint les milices phalangistes, que l’Armée arabe libanaise (AAL) était créée en faction dissidente de l’armée libanaise à majorité musulmane, montrant combien toute escalade interne peut mettre en péril l’unité et la stabilité de l’armée.
Le dilemme du Hezbollah
En ce qui concerne le Hezbollah, il doit lui-même composer avec des contraintes militaires et politiques qui limitent ses choix. Fortement affaibli par les frappes israéliennes depuis la guerre de 2024, qui s’est également traduite par l’élimination d’une grande partie de son leadership politique et militaire, le mouvement se trouve dans une position délicate.
D’un côté, le Hezbollah n’a pas intérêt à provoquer un conflit interne, qui fragiliserait davantage ses forces et pourrait diviser sa base populaire. Une grande partie de sa propre base, particulièrement touchée par les avertissements et les évacuations israéliennes de ces derniers jours, exprime désormais ouvertement sa colère contre la décision du Hezbollah de rouvrir le front, ce qui complique encore le calcul politique de la milice.
De l’autre, l’Iran, principal allié et parrain stratégique du Hezbollah, peut l’inciter à durcir sa posture pour protéger sa présence et son influence dans la région, même si cela accroît le risque pour les civils libanais.
L’option d’une approche « graduelle » pour la mise en œuvre du plan de désarmement ?
Le 3 mars, suite à la décision du gouvernement de déclarer illégales les activités du Hezbollah, l’armée a mis en place des checkpoints et arrêté 12 membres du mouvement. Mais ces mesures sont limitées et très loin de constituer une avancée décisive.
Face à cette situation complexe, la troupe a choisi une approche graduelle et mesurée. Elle dit appliquer progressivement le plan pour le monopole des armes, en commençant par le nord du Litani, et évite toute confrontation directe avec le Hezbollah, consciente que l’institution pourrait se fragiliser en cas d’affrontement.
En parallèle, une stratégie alternative est à l’étude : déployer l’armée dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah et actuellement évacuée suite aux ordres israéliens, pour contrôler les dépôts d’armes sous supervision internationale. Cette mesure viserait à sécuriser le retour des civils, réduire le risque de frappes israéliennes et démontrer que l’État libanais peut exercer son monopole sur les armes, tout en limitant les risques d’escalade interne. Cependant, le Hezbollah et Israël n’ont pas encore donné leur accord, et l’armée avance avec prudence, mesurant chaque décision pour protéger à la fois les citoyens et l’institution militaire.
Cette approche graduelle illustre le dilemme fondamental de l’armée aujourd’hui : agir pour restaurer l’autorité de l’État et le monopole des armes, tout en évitant de transformer un conflit régional en guerre civile, et en maintenant une armée unie dans un pays profondément divisé sur le plan confessionnel et politique. Le tout sous la menace israélienne d’une escalade du conflit.





""5 minutes pour comprendre les réticences du chef de l'armée libanaise"" fallait plutot ecrire : 5 minutes etc..... POUR LIRE et DIGERER les reticences etc..... parce les comprendre c'etait pas du nouveau pas vrai ?
10 h 30, le 13 mars 2026