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Société - Tribunal Militaire

Vingt et un dollars... le prix de la liberté pour les partisans du Hezbollah arrêtés la semaine dernière

La justice est face à ses limites dans un contexte de pressions partisanes, note une source judiciaire, tandis qu’à l’inverse, le parti chiite déplore la consécration du principe de condamnation d’un militant détenteur d’armes.

Vingt et un dollars... le prix de la liberté pour les partisans du Hezbollah arrêtés la semaine dernière

Des combattants du Hezbollah défilent dans la banlieue sud de Beyrouth, le 14 avril 2023. Photo Anwar Amro/Archives AFP

Le tribunal militaire, présidé par le général Wassim Fayad, a remis en liberté, lundi, trois partisans du Hezbollah, chacun sous caution financière de 1 900 000 LL (environ 21 $) pour port et transport illégaux d’armes. Arrêtés le 3 mars, ces militants avaient été interrogés vendredi lors d’une brève audience. Questionnés sur la possession de leurs armes, ils avaient répondu : « C’est parce que nous sommes du Hezbollah. » À l’issue de cette séance, le tribunal avait fixé à lundi une nouvelle audience pour « un complément d’enquête ». Chacun des trois partisans du Hezbollah a donc été interrogé pendant quelques minutes, avant que le tribunal ne décide de les relâcher sous une caution financière qualifiée par certains de « ridiculement dérisoire ».

Cette décision judiciaire soulève ainsi des interrogations quant à la capacité à faire appliquer une mesure adoptée au début de la semaine dernière par le Conseil des ministres, qui a qualifié d’« illégales » et interdit les activités militaires du Hezbollah, dans un contexte de pressions internationales et sur fond d’une nouvelle guerre lancée par la milice contre Israël. La décision gouvernementale, qui devait, en principe, entraîner des poursuites plus fermes contre la détention d’armes par des membres du Hezbollah, semble, ainsi, difficile à exécuter, d’autant que selon des informations qui circulaient durant le week-end écoulé, le Hezbollah a exercé des pressions pour que la justice remette en liberté les trois partisans.

Le ministre de la Justice, Adel Nassar, n’a pas tardé à agir : en début d’après-midi, il a déféré devant l’Inspection judiciaire (IJ) le juge civil Abbas Geha, qui, avec les deux juges militaires, Wassim Fayad et Sayed Fawaz, composent l’instance ayant prononcé le verdict. Le ministre de la Justice dispose de la compétence de saisir l’IJ à l’égard des magistrats civils, à l’exclusion des magistrats militaires. Dans un communiqué publié en soirée, le Club des juges a critiqué le renvoi de Sayed Fawaz devant l'Inspection judiciaire, affirmant qu'il s'agit d' « une atteinte criante à son indépendance ». « Le ministre de la Justice n'a pas le droit de donner au pouvoir judiciaire des instructions, concernant tant les personnes à poursuivre, que la qualification des actes qui leur sont reprochés (...) », indique notamment le texte. Un propos rejeté par une source judiciaire selon laquelle la loi donne au ministre le pouvoir de « demander l'ouverture d'une enquête disciplinaire en renvoyant un juge devant l'Inspection judiciaire ». La source précitée affirme qu' « il s'agit là d'un pouvoir administratif de contrôle ».

Selon cette même source, c’est le ministre de la Défense qui, ayant signé le décret de nomination des officiers au sein du tribunal militaire lors des permutations judiciaires, est habilité à agir contre un de ces magistrats militaires, et ce, après approbation du commandant en chef de l’armée. A noter que le verdict n’a pas été prononcé à l’unanimité des membres de l’instance, M. Fawaz ayant une position divergente.

« Un scandale »

« C’est un scandale ! » commente pour L’Orient-Le Jour une source judiciaire sous couvert d’anonymat, en référence au verdict. Elle indique que l’infraction reprochée est passible pour son auteur de six mois à 3 ans de prison, alors que, note-t-elle, les partisans du Hezbollah ont été remis en liberté seulement six jours après leur arrestation.
Le commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire, Claude Ghanem, s'est pourvu en cassation contre la décision de cette instance, dès que le dossier lui a été transmis, indique la source judiciaire précitée, notant que ce transfert aurait dû survenir avant la remise en liberté des trois partisans.

À l’opposé, des avocats proches du Hezbollah étudieraient la possibilité d’un recours contre la décision judiciaire, même si la sanction prononcée est symbolique, indique une source informée. Ils déplorent que soit désormais « acté » le principe de condamnation d’un partisan du Hezbollah détenteur d’armes, notant que le fait que les militants aient été poursuivis et condamnés est une reconnaissance judiciaire du principe selon lequel tout partisan du parti chiite qui détiendrait des armes ne peut plus être exonéré de poursuites. C’est ce principe qu’il chercheraient à contester, souligne la même source, d’autant que le parti chiite estime que ses armes sont une nécessité pour la « résistance » contre Israël. Contacté, un porte-parole du Hezbollah était injoignable dans l’immédiat. En soirée, le rassemblement des avocats du Hezbollah a publié un communiqué dans lequel ils affirment que « faire face à une agression extérieure, résister à l’occupation et détenir des armes dans ce cadre font partie des actes garantis par le préambule de la Constitution libanaise, l’article 51 de la Charte des Nations unies, et l’article 3 de l’Accord de Taëf ». « L’acte de résistance devient d’autant plus légitime après la décision du gouvernement de retirer l’armée du Sud (…) », ajoute le communiqué, soulignant que « la décision du Tribunal militaire est contraire à la Constitution et au droit de légitime défense ».

Outre les trois militants du parti chiite, une vingtaine de détenteurs d’armes illégales avaient été arrêtés la semaine dernière. Environ cinq d’entre eux devraient être déférés dans les prochains jours devant le juge d’instruction militaire, selon une source judiciaire. Parmi les individus arrêtés figurent également des personnes de confession chrétienne, appréhendées au barrage de l’armée de Madfoun (Liban-Nord).

Le ministre de la Justice, Adel Nassar, étudie également la possibilité d’engager des poursuites pour sédition contre le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a appris L’OLJ dimanche. Une mesure elle aussi hautement symbolique et qui, dans la pratique, restera lettre morte sans un coup de force pour l’appliquer.

Le tribunal militaire, présidé par le général Wassim Fayad, a remis en liberté, lundi, trois partisans du Hezbollah, chacun sous caution financière de 1 900 000 LL (environ 21 $) pour port et transport illégaux d’armes. Arrêtés le 3 mars, ces militants avaient été interrogés vendredi lors d’une brève audience. Questionnés sur la possession de leurs armes, ils avaient répondu : « C’est parce que nous sommes du Hezbollah. » À l’issue de cette séance, le tribunal avait fixé à lundi une nouvelle audience pour « un complément d’enquête ». Chacun des trois partisans du Hezbollah a donc été interrogé pendant quelques minutes, avant que le tribunal ne décide de les relâcher sous une caution financière qualifiée par certains de « ridiculement dérisoire ». Lire aussi Le Conseil des ministres sévit...
commentaires (18)

Malheureusement si notre armée est incapable d'aller jusqu'au bout de la procédure : arrêter des civils armés et les condamner sérieusement (en appliquant la loi), il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle mène des opérations de désarmement. Le réveil est dur.

Abi-akl Elias

21 h 04, le 11 mars 2026

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Commentaires (18)

  • Malheureusement si notre armée est incapable d'aller jusqu'au bout de la procédure : arrêter des civils armés et les condamner sérieusement (en appliquant la loi), il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle mène des opérations de désarmement. Le réveil est dur.

    Abi-akl Elias

    21 h 04, le 11 mars 2026

  • Sérieusement , 20 Dollars ?? Quelle humiliation pour le peuple Libanais !

    KHL V.

    06 h 40, le 10 mars 2026

  • Ces gens là ont salopé toutes les institutions de l’Etat, y compris la justice. On n’aura la paix qu’une fois le hezbollah anéanti. On ne peut pas être passifs, on est pour ou contre la milice étrangère. Ce jugement est un deni du Droit et des mesures du gouvernement libanais. Ces juges militaires de pacotille ne servent donc qu’à nous abuser ? Leur conscience, ils l’ont fixée à vingt dollars…et encore c’est un peu trop.

    NG

    06 h 21, le 10 mars 2026

  • Pays Bananier

    Robert Moumdjian

    04 h 17, le 10 mars 2026

  • Président Aoun, vous devriez méditer comme Jacques Chirac aurait « médité à voix haute » dans l’avion le discours qui suit :  quand De gaulle a démissionné en 1969 il nous a donné une grande leçon : on doit être très soucieux de la légitimité. C’est pourquoi j’ai décidé de m’en tenir solidement a un principe : le commandement assis sur la légitimité. Il faut donner aux gens la possibilité de s’exprimer, soit. Mais s’ils ne reconnaissent plus leur chef, celui-ci n’a plus qu’à s’en aller. Un chef, c’est fait pour cheffer…“

    Saliba Patricia

    01 h 04, le 10 mars 2026

  • Nous sommes la risée du monde entier. Puisque HAYKAL refuse de protéger la population, qu'il démissionne ou qu'il soit démis de ses fonctions. Au lieu de vous plaindre, Président Aoun, il est temps de faire le ménage dans votre entourage. "Un chef c'est fait pour cheffer" Jacques Chirac

    Saliba Patricia

    00 h 59, le 10 mars 2026

  • Dans un pays où la loi n’a jamais fait face aux armes illégales, la décision du tribunal militaire sonne comme une gifle à la justice et à l’État de droit. L’intervention rapide et courageuse du ministre de la Justice, rappelle qu’il existe encore au Liban des responsables prêts à défendre l’intégrité des institutions, même face à la pression des puissants. C’est un acte de dignité dans un contexte d’abdication.

    EZ

    20 h 46, le 09 mars 2026

  • Plus de 600.000 déplacés, des enfants et des familles sur les routes, 400 morts, dont 83 enfants et 42 femmes, ainsi que plus de 1500 blessés, tout cela en raison de l'inconséquence d'individus aux ordres d'un pays tiers.. qui s'en sortent avec une amende de 20$ !!! On est tombé sur la tête. Il y avait des soupçons d' accointance de certains juges avec ce parti on a eu là, la confirmation, quelle honte..

    C…

    19 h 07, le 09 mars 2026

  • Quelle honte ? Non, pas du tout ! Faudrait plutôt dire QUEL CRIME CONTRE LE LIBAN !

    Remy Martin

    18 h 49, le 09 mars 2026

  • Mais quel scandale !!!!!

    nakad nathalie

    18 h 11, le 09 mars 2026

  • Vous vous attendez a quoi ?

    P H

    17 h 36, le 09 mars 2026

  • On comprend maintenant pourquoi Haykal n’ose pas utiliser l’armée pour contrer les actes suicidaires du Hezbollah. On revit exactement le même scénario des années 70.

    Ras le bol

    17 h 35, le 09 mars 2026

  • Si j étais l un d eux. Je resterai en prison. C est plus sur de nos jours ;)

    LH

    17 h 31, le 09 mars 2026

  • C'est parce que nous sommes du Hezbollah". C'est ce qu'ils donnent comme excuse? Il me semble que le fait d'appartenir à une organisation criminelle , loin d'être une excuse, aurait dû, au contraire, valoir double peine. On va voir quel sera le verdict concernant les 5 qui n'ont pas la chance s'appartenir au même gang.

    Yves Prevost

    17 h 30, le 09 mars 2026

  • Ubuesque! Il n'y a pas d'autre description qui convienne à cette mascarade! Ainsi, le gouvernement a décrété que les activités du Hezbollah étaient illégales, mais il suffit qu'un individu armé déclare qu'il appartient au Hezbollah pour qu'il soit relâché contre une caution ridicule! Ergo, le Hezbollah est au-dessus de la loi, et toutes les rodomontades du gouvernement ne serviront à rien...

    Georges MELKI

    17 h 26, le 09 mars 2026

  • 'ai re;u deux fois, pensant que quelques zéros m'avaient échappé. En d'autres circonstances, ce serait à mourir de rire. "La décision gouvernementale (...) semble difficile à exécuter,". Pourquoi donc? Il suffit de trouver un juge qui applique la loi. C'est donc si rare? Les avocats contestent " le principe selon lequel tout partisan du parti chiite qui détiendrait des armes ne peut plus être exonéré de poursuites". Parce qu'il l'était avant? Si le code pénal prévoit une peine de 6 mois à 3 ans de prison, y trouve-t-on la mention"exception faite pour les membres du parti Hezbollah"?

    Yves Prevost

    16 h 40, le 09 mars 2026

  • Le comble de la honte, du ridicule.Si qqs personnes portant une arme légère n'ont pas pu être jugées:Puisque depuis peu, LEGALEMENT, la milice du Hezbollah est devenue "hors la loi".Si la justice n'a pas pu les garder en prison..Comment vont ils ( l'armée et Aoun)désarmer le hezbollah de ses armes et missiles.Si l'armée ne sait pas faire ce boulot et que HAYKAL bousille cette démarche..Que personne ne conteste alors le fait que des pays tiers le fassent à la place de l'armée libanaise.Comment allez vous faire pour envoyer KASSEM en prison pour ses actes illégaux et collaborations avec l'IRAN ?

    LE FRANCOPHONE

    15 h 44, le 09 mars 2026

  • Deux poids, deux mesures !

    Alexandra

    15 h 27, le 09 mars 2026

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