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Politique - Éclairage

L'Arabie saoudite prend l'initiative face à la guerre des détroits : un projet pour contenir Israël et l'Iran

La coalition navale annoncée par Riyad pourrait servir de base à un projet arabe et régional plus large.

L'Arabie saoudite prend l'initiative face à la guerre des détroits : un projet pour contenir Israël et l'Iran

Le président américain, Donald Trump, et le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, à la Maison-Blanche, à Washington, aux États-Unis, le 18 novembre 2025. Photo d'archives AFP

Une nouvelle initiative lancée par l'Arabie saoudite vise à constituer une coalition maritime chargée de protéger la navigation, notamment en mer Rouge. La réunion, accueillie jeudi par l'Arabie saoudite et rassemblant les chefs d'état-major de plusieurs pays, a été l'occasion d'annoncer la formation de cette coalition qu'elle dirigera. Elle s'est tenue en parallèle d'une visite effectuée par le ministre saoudien de la Défense, Khaled ben Salmane, aux États-Unis, où il a rencontré le président américain Donald Trump.

L'objectif de cette visite était d'examiner l'évolution de la guerre régionale, ainsi que son éventuelle extension. La guerre se concentre sur les passages maritimes, du détroit d'Ormuz à Bab el-Mandeb, en passant par la mer Rouge jusqu'à la Méditerranée, après le ciblage du port de Damiette en Égypte, ce qui laisse penser que l'horizon du conflit s'élargit et pourrait par la suite affecter également le canal de Suez. On ne saurait non plus négliger les développements observés dans la mer Caspienne, ni l'escalade de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, ce qui n'est pas sans lien avec les fuites évoquant un soutien chinois à l'Iran, sous forme d'appui militaire, balistique et technologique, de sorte que cette guerre semble avoir dépassé le cadre régional pour approcher les contours d'une « guerre mondiale ».

Entre l'Iran et Israël

De nombreux pays, au premier rang desquels l'Arabie saoudite, ainsi que d'autres États du Golfe et arabes, la Turquie et le Pakistan, ne souhaitent pas voir la guerre s'élargir. Ils veulent au contraire y mettre fin tout en empêchant l'Iran de tirer parti des résultats d'un éventuel accord pour imposer sa vision de la gestion du détroit d'Ormuz, ainsi que sur d'autres dossiers régionaux, comme le soutien de ses alliés. Sans oublier l'autre défi, à savoir que le résultat de la guerre ou de l'accord ne serve pas les intérêts d'Israël ni sa vision.

Cette coalition formée par l'Arabie saoudite, à laquelle a participé Joseph Clearfield – le général américain également chargé du dossier libanais –, ainsi que la visite de ben Salmane à Washington, intervient après la signature d'un accord sur le nucléaire civil entre les États-Unis et l'Arabie saoudite. Une démarche à laquelle Israël s'est opposé, tandis que le président américain Donald Trump l'a liée à l'adhésion de l'Arabie saoudite aux accords d'Abraham et à une normalisation avec Tel-Aviv. Riyad affirme toutefois refuser cette condition, liant la normalisation à l'enclenchement d'un processus menant à un État palestinien. La coalition maritime, qui est susceptible de s'élargir, peut être mise en parallèle à la proposition d'un projet arabe intégré, en convergence avec des puissances régionales comme la Turquie et le Pakistan. L'axe principal serait de mettre un terme au projet israélien et de relancer le projet d'État palestinien. Ces pays pourraient jouer plusieurs cartes, notamment la diversification dont ils bénéficient dans leurs relations internationales.

Trump et le « cancer du monde »

En revanche, il apparaît clairement que ce que proposent les Américains est le suivant : lier la guerre contre l'Iran, ainsi que les frappes visant les alliés de l'Iran et leur élimination dans la région, en plus du projet nucléaire civil saoudien, à un accord de paix et de normalisation avec Israël, ainsi qu'à un engagement direct dans cette guerre. Or l'Arabie saoudite affirme refuser tout engagement dans le conflit, tout comme de nombreux autres pays de la région, et ce pour trois raisons. D'abord, parce que seul Israël profiterait d'un tel engagement, alors que le théâtre de la guerre serait l'Iran et les pays arabes. Ensuite, un engagement de l'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe dans la guerre aurait des conséquences catastrophiques sur leurs ambitions et leurs projets économiques. Enfin, une guerre de ce type raviverait le conflit sunnite-chiite dans la région, ce qui anéantirait toute chance de faire des pays de la région, notamment au Proche-Orient, des points d'ancrage pour des lignes économiques alternatives.

Car la guerre actuelle a poussé les puissances internationales et régionales à rechercher de nouveaux couloirs pour remplacer le détroit d'Ormuz, le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Rouge. Les États explorent ainsi des alternatives : Israël présente son propre projet et souhaite relancer la « route de l'Inde », un projet extrêmement difficile à mener à bien sur le plan technique, qui nécessiterait des années, à supposer que les conditions politiques s'y prêtent. En parallèle, il existe d'autres projets entre les pays du Golfe et la Turquie, notamment la ligne du Hijaz transitant par la Syrie, l'Irak et le Liban, sur lesquels on pourrait s'appuyer pour relier les lignes pétrolières et commerciales à destination de l'Europe.

Mais, face à cela, les défis sont nombreux : Israël pourrait chercher à faire échouer ces projets, en s'appuyant sur le soutien américain pour pousser les pays de la région vers lui et vers la relance du projet de la « route de l'Inde », qui nécessite l'extension des accords d'Abraham. C'est précisément ce que Tel-Aviv cherche à imposer au Liban et à la Syrie, en s'appuyant sur la pression militaire. L'Iran non plus n'y a pas intérêt, considérant tout ce qui se passe comme une tentative de l'encercler et de contourner le détroit d'Ormuz, ainsi que de contourner son influence à Bab el-Mandeb. Cela explique l'escalade menée par les alliés de l'Iran à Bab el-Mandeb et en mer Rouge, jusqu'au ciblage de Damiette, sans oublier ce que pourrait connaître l'Irak comme développements ultérieurs, dans la mesure où Téhéran sortirait perdant de la route de développement signée entre Bagdad et Ankara.

Le ballon reviendra ici dans le camp américain, et il convient de s'arrêter sur les propos du président américain Donald Trump, qui a qualifié les alliés de l'Iran de « cancer du monde », annonçant qu'il envisage de leur porter des frappes. Quelques jours après cette déclaration, s'est tenue la réunion qui a réuni à Riyad les chefs d'état-major de nombreux pays, parmi lesquels des commandants militaires du Centcom. Cela pourrait relancer, entre certains pays – notamment entre l'Arabie saoudite et les États-Unis –, la discussion sur l'activation de cette coalition qui vient d'être formée, laquelle s'inscrit dans la continuité de précédentes alliances militaires, dans le but de « protéger la navigation », mais aussi de frapper les alliés de l'Iran, considérant que l'ère des factions armées échappant au contrôle des États est révolue. Mais la question qui se posera à nouveau concerne le prix à payer en contrepartie, d'autant que certaines propositions arabes exigent, en retour, le démantèlement des milices soutenues par Israël, que ce soit dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, ou à travers la fin des opérations israéliennes en Syrie via le soutien à certains groupes, jusqu'à contraindre Israël à se retirer des territoires syriens et libanais – ce qui maintiendra le conflit avec Israël ouvert.

Une nouvelle initiative lancée par l'Arabie saoudite vise à constituer une coalition maritime chargée de protéger la navigation, notamment en mer Rouge. La réunion, accueillie jeudi par l'Arabie saoudite et rassemblant les chefs d'état-major de plusieurs pays, a été l'occasion d'annoncer la formation de cette coalition qu'elle dirigera. Elle s'est tenue en parallèle d'une visite effectuée par le ministre saoudien de la Défense, Khaled ben Salmane, aux États-Unis, où il a rencontré le président américain Donald Trump.L'objectif de cette visite était d'examiner l'évolution de la guerre régionale, ainsi que son éventuelle extension. La guerre se concentre sur les passages maritimes, du détroit d'Ormuz à Bab el-Mandeb, en passant par la mer Rouge jusqu'à la...
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