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Gloriole et déchéance


Il est proprement fascinant de constater la facilité avec laquelle les communautés au Liban tombent du cocotier à tour de rôle, après avoir connu le zénith de la gloriole. Autant de crises d’ado gigognes qui se sont succédé, parfois sur plusieurs décennies pour certaines, avant que leurs demi-dieux et lécheurs respectifs ne s’étalent dans les grandes largeurs, la queue basse et toute honte bue.

Le Parti barbu, qui se fait tondre gratis aujourd’hui au milieu de ses derniers idolâtres, n’est pas le premier à avoir inventé le bâton pour se faire battre et enfoncer ses ouailles. Bien avant lui, les sunnites s’étaient essayés au sport de l’arrogance à l’époque où ils fumaient Nasser et Arafat sans filtre, qui leur promettaient déjà de détruire Israël et paver la route jusqu’à Jérusalem… En passant quand même par le Yémen pour l’Égyptien, et Jounieh pour le Palestinien. Au final, les deux trublions ont canardé plus d’Arabes qu’ils n’ont dézingué d’Israéliens et terminé leur carrière, le premier sur une dérouillée militaire en 1967, le deuxième sur un rafiot en faisant le V de la victoire. Chauffés à blanc, nos Premiers ministres à nous se retrouvaient alors pantalon sur les chevilles.

L’acné juvénile n’allait pas tarder à frapper les chrétiens à leur tour : courbettes aux Syriens en 1976, puis génuflexion rapide devant les Shlomos en 1982, enfin brosse-à-reluire-et-retour sur les babouches syriennes en 1990. Les Jésus-Marie-Maroun ont dû subir aussi les démangeaisons guerrières d’un généralissime en pousse d’orange à Baabda et celles d’un milicien déboisé de la coiffe à Meerab. Bien que l’essentiel du programme politique des deux hommes ait consisté à abreuver la population civile d’obus et autres projectiles bariolés, il s’est toujours trouvé des esprits profondément atteints qui ont chanté leurs louanges en leur tressant des lauriers. Puis patatras et dégringolade de l’armoire, les Syriens se pointaient pour le dernier acte : l’Agrume a détalé, le Tondu s’est fait serrer, les chrétiens étaient désossés.

Pour les chiites, comme pour leurs concitoyens avant eux, l’heure de l’épilogue a maintenant sonné. Un signe qui ne trompe pas : Istiz Nabeuh commence à prendre ses distances en se bouchant discrètement le nez. Certes, l’indéboulonnable nabab du perchoir a fait le plein de coups tordus et de larbins dans la fonction publique, mais avec un report éventuel inespéré des législatives, il lui resterait encore deux bonnes années à tortiller de la rondelle sur son fauteuil, avant de dégager sur la pointe des mocassins. Chapeau l’artiste !

Seul au fond de son trou, le Turban numéro un du Parti pileux continue de faire avaler à son fan club des boas sur canapé, assortis de grands numéros d’autopromotion, puisqu’à ses yeux ses partisans sont tous BCBG, comprendre : bons chiites bons genres. Mais sous ces dehors raboteux, se cache un fêtard armé du désir d’en découdre. Si seulement ses patrons iraniens pouvaient lui refiler un peu d’uranium, il l’enrichirait à 2 000 %, ce qui bien sûr serait plus facile que d’enrichir les Libanais à 100 %.

Un grondement enfle de Beyrouth à Téhéran : « Ali, reviens ! Naïm est devenu fou… »

gabynasr@lorientlejour.com

Il est proprement fascinant de constater la facilité avec laquelle les communautés au Liban tombent du cocotier à tour de rôle, après avoir connu le zénith de la gloriole. Autant de crises d’ado gigognes qui se sont succédé, parfois sur plusieurs décennies pour certaines, avant que leurs demi-dieux et lécheurs respectifs ne s’étalent dans les grandes largeurs, la queue basse et toute honte bue.Le Parti barbu, qui se fait tondre gratis aujourd’hui au milieu de ses derniers idolâtres, n’est pas le premier à avoir inventé le bâton pour se faire battre et enfoncer ses ouailles. Bien avant lui, les sunnites s’étaient essayés au sport de l’arrogance à l’époque où ils fumaient Nasser et Arafat sans filtre, qui leur promettaient déjà de détruire Israël et paver la route jusqu’à Jérusalem… En passant...
commentaires (7)

Wow- Succinct leçon d’histoire des 50+ dernières années en 3 paragraphes !! ‏ Chapeau GN

Melhem Ghaleb

15 h 33, le 06 mars 2026

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Commentaires (7)

  • Wow- Succinct leçon d’histoire des 50+ dernières années en 3 paragraphes !! ‏ Chapeau GN

    Melhem Ghaleb

    15 h 33, le 06 mars 2026

  • Bravo Gaby tu les a tous mis dans le meme merdier !! Excuse le terme !!!

    Eva Younes

    14 h 13, le 06 mars 2026

  • ""Il est proprement fascinant de constater la facilité avec laquelle les communautés au Liban tombent du cocotier à tour de rôle"" et comment des pays voisins dont on peine à les citer jouaient leur carte sur les communautés pour poursuivre leur stratégie d’influence. Toute la guerre du Liban est là, les chefs libanais, à quelques exceptions près, ont prétendu défendre leur communauté, mais c’était pour mieux les trahir ou pour les faire payer l’impôt du sang. Nous Libanais sommes crédules, et l’on se demande jusqu’à la dernière minute à l’organisation d’élection législatives en mai prochain.

    nabil

    11 h 24, le 06 mars 2026

  • Un style à déboulonner toute une génération d’ambitieux inconscients qui se sont suivis ! Merci de se donner la peine de tracer leur glorieuse histoire avec cet humour toujours justement acidulé auquel GN nous a habitués.

    Diana Fadel

    11 h 14, le 06 mars 2026

  • Merci pour cet article qui pointe avec humour le confessionnalisme et le communautarisme désastreux à ce pays.

    Jacques d

    10 h 36, le 06 mars 2026

  • Un mot sur la mort du sociologue français Michel Seurat qui remonte à quarante ans jour pour jour. Le 6 mars 1986, une certaine Organisation du Djihad islamique annonce son exécution. Pour ceux qui vous lisent ce matin, Michel Seurat est l’auteur d’un livre essentiel pour comprendre la violence dans cette région du monde, et ""pour saisir la tyrannie dans sa réalité"". C’est tout, mais après tout, la fameuse Organisation, c’est qui ? C’est une nébuleuse, bien ou mal connue.

    nabil

    10 h 20, le 06 mars 2026

  • Splendeurs et décadences des apprentis sorciers libanais. Depuis les années soixante du siècle dernier, (ça ne me rajeunit pas) mes amis, mes parents, mes proches me l’on dit : attention les Libanais jouent avec le feu, et quand ils l’allument ils ne sont pas prêts de l’éteindre. Le feu reprend régulièrement, par l’effet du la braise sous les cendres. Rien de neuf sous le soleil libanais, des mouvements de population, et beaucoup ne verront plus leurs habitations, et pour ceux qui ont de la chance, s’ils les récupèrent mais après de longues et pénibles attentes.

    nabil

    09 h 59, le 06 mars 2026

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