Tant qu’il y aura des Epstein – et des vaniteux pour tomber dans leurs pièges ou des subjugués pour servir leurs desseins –, notre monde demeurera livré à tous les abus. On ne s’étonnera pas, à cet égard, de voir des Donald Trump planifier des perspectives d’annexions, tantôt sur le Groenland, tantôt sur le Canada, comme s’il s’agissait de produits immobiliers. Encore moins de voir le gouvernement israélien raser Gaza avec ses habitants et légaliser la colonisation en Cisjordanie. Poutine mordant sur l’Ukraine, Xi harcelant Taïwan, le Golfe pilotant des guerres hors de ses territoires : les puissants jouent avec les vies comme des pièces sur un échiquier cosmique, quitte à déplacer les peuples, alimenter les guerres et siphonner les richesses vitales, l’eau, la terre, le souffle même de la planète, pour nourrir leur obsession de luxe et de pouvoir. Le froid et le chaud soufflés par le président américain sur une éventuelle attaque contre l’Iran relèvent d’un sadisme félin. Le chat ne tue jamais sa proie avant de l’avoir persécutée à souhait, lui offrant toutes les chances de se sauver avant de lui asséner le coup de grâce. Entre deux déclarations à ce sujet, Trump influe sur les cours de la Bourse et domine le jeu des échanges. Tant qu’il y aura des Epstein, notre monde est à la merci d’une oligarchie narcissique et blasée, avide de provoquer des chocs, montrer ses crocs à de plus faibles ou plus pacifiques, manipuler des puissants moins puissants, toucher à ce qu’il y a de plus vil en l’humain pour soumettre et peut-être au final éprouver une petite joie quand la joie en soi ne répond plus.
À l’heure où des millions de documents sur les malversations d’Epstein, ses recrutements sordides et l’implication de ses « amis » dans le monde entier sortent au grand jour, un coin de voile est levé sur le côté sombre de la force. Les moyens qui permettent de posséder des demeures luxueuses, des yachts, des avions, un personnel pléthorique deviennent vite des outils pour acheter les consciences et créer des dépendances. Les tendances pédophiles du magnat américain trouvé mort dans sa cellule en 2019 étaient servies par des recruteurs discrets. Ghislaine Maxwell, « sa meilleure amie », mais aussi des chauffeurs payés juste au-dessus des salaires habituels de leurs fonctions, avec des augmentations qui grimpaient au fil de leur fidélisation, ne faisaient pas autre chose que surveiller les rues des grandes villes, aborder de belles étudiantes et leur proposer des montants, bien modestes pour Epstein mais qui représentaient une aubaine quand on était seule et fauchée. Elles se laissaient convaincre qu’il leur suffirait de plaire. Un massage innocent leur serait demandé en sus. Elles entraient dans des lieux étranges, richement décorés, aux murs envahis de photos d’adolescentes nues, d’œuvres bizarres, de sculptures d’enfants. Le regard que leur adressaient les gens de la maison était froid et indifférent. Le massage finissait par un viol en règle, mais elles étaient venues consentantes, avaient encaissé de quoi survivre jusqu’à la fin du mois. Il ne leur restait qu’à ravaler l’agression, l’humiliation et la dépossession de soi et vivre avec le restant de leurs jours. Certaines s’étaient laissées véhiculer de Paris à New York ou à Saint-Thomas, cette île des Caraïbes aux jardins manucurés, où tout le monde était surveillé, même les invités privilégiés des fêtes d’Epstein, même les super-models, les acteurs, les brillants, les clinquants, les dirigeants, les membres du star-system, les puissants du moment. Ici, le silence était une règle infrangible. Quiconque osait parler de ce qu’il avait vu ou vécu savait que sa vie serait menacée, sa carrière détruite. Quand on entrait dans ce monde, il était impossible d’en sortir. Les documents révélés montrent qu’on n’abordait pas l’univers d’Epstein en visiteur de passage. C’était un filet redoutable. Le magnat avait quelque chose pour chacun, savait flatter, toucher le ventre mou de ses proies, tirer les ficelles de ses vastes et puissantes relations, tantôt pour créer des connexions rentables, tantôt pour faire chanter ceux qu’il n’avait pas manqué de compromettre.
Il y avait pour les membres de ce cercle quelque chose de grisant d’appartenir à ce monde. Quand ils n’avaient pas bénéficié des largesses sexuelles de leur hôte qui servait ses jeunes femmes comme d’autres des plats raffinés ou des cadeaux de choix, ils avaient profité des voyages, des fêtes, des transactions, des facilités disponibles dans le paradis fiscal où il avait établi sa principale demeure. Que donnaient-ils en échange ? D’abord leur conscience et leur humanité. Car ils n’étaient pas élus au hasard. Décideurs, admirés, influents, ils donnaient ce qui ne leur était que prêté : l’estime de leurs électeurs ou de leur public. Telles sont donc les coulisses de notre ère où déjà l’IA sème le doute. Vrai ? Faux ? On est, au-delà des fake-news, dans un monde où l’on a de plus en plus de mal à discerner l’illusion de la réalité. Les maléfiques profitent de la confusion pour leurrer les naïfs.



Edito parfait Madame ! "Un monde de prédateurs’’ et une rabatteuse. "Tant qu’il y a des Epstein", tant qu’il y a gens obsédés par le pouvoir, ou la folie du pouvoir. Qui a lu les millions de pages pour émettre un avis personnel ? Cette méga affaire me sidère, au xxième siècle. Quant à ceux qui manient à l’obsession la langue de bois, le bois bien poncé, ceux qui ont une opinion sur tous les domaines, mais qu’ils se taisent soigneusement. Mais qu'ils se taisent.
18 h 19, le 13 février 2026