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Politique - Etats-Unis

« Zéro reproche » : la position de Haykal devant Graham saluée, même par les anti-Hezbollah

Interrogé par le sénateur, le chef de l'armée avait affirmé que le parti chiite n'était pas considéré comme « terroriste » au Liban, provoquant des critiques du responsable US.

« Zéro reproche » : la position de Haykal devant Graham saluée, même par les anti-Hezbollah

Le sénateur américain Lindsey Graham, au Capitole des États-Unis à Washington, le 30 janvier 2026. Photo AFP/Alex WROBLEWSKI

Après les critiques sévères du sénateur républicain américain Lindsey Graham à l'encontre de la position du commandant en chef de l’armée libanaise concernant le Hezbollah, exprimée lors d'un entretien avorté à Washington entre les deux hommes, de nombreuses personnalités au Liban ont exprimé leur soutien au chef de la troupe, même du côté des anti-Hezbollah.

À l'issue de leur brève rencontre, dans le cadre d'une tournée de trois jours du commandant en chef aux États-Unis, M. Graham, connu pour son soutien inconditionnel à Israël, avait écrit sur X avoir eu une « très brève réunion avec Rodolphe Haykal. » « Je lui ai demandé sans détour s’il considérait le Hezbollah comme une organisation terroriste. Il a répondu : 'Non, pas dans le contexte du Liban'. Sur ce, j’ai mis fin à la réunion », a ajouté le sénateur, qui s'était affiché il y a trois semaines avec le chef du Mossad, David Barnea. Pour lui, le Hezbollah est « clairement une organisation terroriste » et « a du sang américain sur les mains. Demandez simplement aux Marines américains ». Il a rappelé que le groupe chiite libanais « a été désigné comme organisation terroriste étrangère par les administrations républicaine et démocrate depuis 1997 – pour une bonne raison ». « Tant que cette attitude persistera au sein des Forces armées libanaises, je ne pense pas que nous ayons un partenaire fiable en eux », a ajouté M. Graham, déplorant le « double discours au Moyen-Orient ». « Il y a trop en jeu », a-t-il conclu.

Les pro-Hezbollah saluent la position de Haykal

La position du général Haykal a été saluée autant par des figures proches du Hezbollah que par les détracteurs de la formation chiite.

Du côté des premiers, Hassan Dorr, journaliste affilié au Hezbollah, a salué une « position nationale face au sioniste Graham. » « C’est une leçon pour tous les Libanais sur la manière d’agir avec responsabilité nationale face à ceux qui tentent de s’en prendre à ton partenaire au sein de la patrie ! », a-t-il estimé sur X . L'activiste Ahmad M. Yassine, également proche de la formation, a lui aussi rendu « hommage au commandant de l’armée (...)soucieux de la paix civile et de l’unité de l’armée. » « L’aliéné Lindsey Graham s’imagine que nous sommes une colonie américaine et que l’armée est un simple employé placé sous ses ordres. Ce qu’a fait Haykal est digne d’estime de la part de tout citoyen honorable », a-t-il encore écrit.

Le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), Gebran Bassil, ancien allié du parti chiite, a déclaré pour sa part que « notre responsabilité est de nous rassembler autour de l’armée pour préserver son unité et protéger cette institution, car elle constitue le rempart de ce pays », après avoir été invité sur la chaîne MTV à commenter l'échange entre M. Haykal et le sénateur américain. Il a affirmé que « le commandant de l’armée est le seul à évaluer ce qu’il peut faire » et qu’« il ne faut ni le pousser à la division ni à un conflit interne. » Le député de Batroun et ancien allié du Hezbollah a également rappelé que son « refus personnel de classer le Hezbollah comme organisation terroriste a conduit à l’imposition de sanctions (américaines) à (son) encontre », en novembre 2020.

Joumblatt et l'importance de « préserver l'unité nationale »

Du côté de l'opposition au Hezbollah, le son de cloche n'est pas si dissonant. Le leader druze et ex-chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt a ainsi écrit sur X, sans mentionner clairement qu'il commentait l'affaire Graham, que « préserver l'unité nationale et des institutions est plus important que les diktats arbitraires des États-Unis et d'Israël. »

L'ancien député anti-Hezbollah de Jbeil, et figure du 14-Mars, Farès Souhaid, a également pris la défense de Haykal. « Zéro reproche au commandant de l’armée, qui a refusé de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste aux États-Unis tant que le gouvernement libanais ne le classe pas comme tel », a-t-il écrit sur son compte X. Avant de nuancer : « Pour ma part, je le considère comme terroriste depuis la vague d’assassinats qui a suivi le 14 mars 2005 (date de la grande manifestation populaire réclamant le retrait des troupes syriennes du pays, effectif le le 27 avril, après l'assassinat en février du Premier ministre Rafic Hariri, imputé à Damas, Ndlr), mais, du point de vue du gouvernement, il s’agit d’une composante libanaise. »

« Échec » ?

Tom Harb, lobbyiste libano-américain proche du président Donald Trump, a de son côté fait une lecture de ce qui a été pour lui un « échec » de la visite de Rodolphe Haykal. Dans un message en arabe sur X, il a estimé que « la partie américaine s'est abstenue de partager toute information avec la délégation libanaise, se contentant de l’exposé présenté par Haykal, sans aucun véritable échange d’informations. » M. Harb reproche au commandant en chef de l'armée de s'être déplacé avec Souheil Bahij Harb, chef de la division du renseignement au Liban-Sud au sein de l’armée libanaise, accusé par l'armée israélienne d'avoir tenté de coopérer avec le Hezbollah pour « dissimuler » le meurtre en 2022 de Sean Rooney, un Casque bleu irlandais tué au Liban-Sud. « Son nom a en outre été inscrit par le député Greg Steube dans le projet de la « loi Pager » (projet de loi qui vise à suspendre l’aide américaine à l’armée libanaise , Ndlr), visant à lui imposer des sanctions » a également précisé M. Harb.

Vendredi matin, le président Joseph Aoun et l'ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, ont évoqué « les résultats de la visite » du général Haykal et « ses entretiens avec des responsables américains dans le cadre de la coopération continue entre les armées américaine et libanaise », rapporte la présidence libanaise sur X, sans donner davantage de précision sur la teneur des conversations.

Le « sérieux de l'armée »

De son côté, l’institution militaire est revenue sur la visite du général Haykal dans un communiqué diffusé vendredi. « Cette visite s’inscrit dans le cadre du renforcement des relations militaires et sécuritaires entre le Liban et les États-Unis, ainsi que de la poursuite du dialogue entre les commandements des deux armées », indique-t-elle. Selon le communiqué, le général Haykal a tenu une série de réunions de haut niveau avec des conseillers de la Maison Blanche, des responsables des départements de la Défense et des Affaires étrangères, ainsi qu’avec des membres du Congrès et du Conseil de sécurité nationale. Les discussions ont porté sur « les moyens de renforcer la coopération militaire et de soutenir les capacités de l’armée libanaise », mais aussi sur les développements sécuritaires régionaux, « les défis auxquels le Liban est confronté » et le rôle de l’armée dans « la préservation de la sécurité et de la stabilité, la protection de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale, ainsi que le maintien de la paix civile dans un contexte intérieur particulièrement sensible ».

À Washington, le commandant en chef de l’armée a rencontré le chef d’état-major interarmées américain, le général Dan Caine, avec lequel il a été question de la situation générale au Liban et dans la région, ainsi que des moyens de « développer la coopération entre les armées libanaise et américaine ». La visite a débuté à Tampa, au siège du Commandement central américain (Centcom), où il s’est notamment entretenu avec son chef, l’amiral Charles B. Cooper, et le président du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu au Liban, le général Joseph Clearfield. Les échanges ont porté sur « les cadres de coordination face aux menaces auxquelles le Liban est confronté, les développements sécuritaires à la frontière sud et les mécanismes de soutien à l’armée afin de renforcer ses capacités dans la phase à venir ». Selon nos informations, si les discussions du chef de l’armée avec le Centcom ont été relativement positives, ses rencontres avec les parlementaires l’ont été beaucoup moins, notamment en ce qui concerne le calendrier imposé à la troupe pour la mise en œuvre de la deuxième phase du désarmement du Hezbollah.

Toujours selon l’institution militaire, les responsables américains ont salué la visite et « loué le sérieux de l’armée dans l’application des résolutions internationales et la mise en œuvre de son plan au sud du Litani », la considérant comme « l’institution garante de la sécurité et de la stabilité au Liban ». Ils ont en outre réaffirmé leur engagement à « poursuivre leur soutien à l’armée et à fournir les moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions sur l’ensemble du territoire libanais ». Enfin, le communiqué précise que le général Haykal a rencontré, à l’ambassade du Liban à Washington, des membres de la communauté libanaise aux États-Unis, leur rappelant que « le redressement du Liban ne pourra se faire qu’à travers la mobilisation des efforts de tous, en particulier ceux des Libanais de la diaspora », tout en assurant que l’armée « œuvre avec détermination pour bâtir un avenir prometteur ».

Ce déplacement est intervenu dans un contexte particulièrement tendu. Courant février, le général devrait présenter sa vision pour l’exécution de la deuxième phase du plan sur le monopole des armes, alors que le Hezbollah campe sur son refus de désarmer et affirme même qu’il pourrait intervenir aux côtés de l’Iran si le régime de Téhéran était attaqué. Initialement prévue en novembre, sa visite à Washington avait été reportée en raison du mécontentement américain face à l'approche de l’armée libanaise quant au désarmement du Hezbollah, jugée trop conciliante à l'égard de la formation chiite.


Après les critiques sévères du sénateur républicain américain Lindsey Graham à l'encontre de la position du commandant en chef de l’armée libanaise concernant le Hezbollah, exprimée lors d'un entretien avorté à Washington entre les deux hommes, de nombreuses personnalités au Liban ont exprimé leur soutien au chef de la troupe, même du côté des anti-Hezbollah.À l'issue de leur brève rencontre, dans le cadre d'une tournée de trois jours du commandant en chef aux États-Unis, M. Graham, connu pour son soutien inconditionnel à Israël, avait écrit sur X avoir eu une « très brève réunion avec Rodolphe Haykal. » « Je lui ai demandé sans détour s’il considérait le Hezbollah comme une organisation terroriste. Il a répondu : 'Non, pas dans le contexte du Liban'. Sur ce, j’ai mis fin à...
commentaires (10)

la semantique que tout cela.est que cette milice iranienne est dorenavant OFFICIELLEMENT ILLEGALE. et donc lui donner n'importe quel adjectif ou epithete n'y changera rien a leur etat de fait . les pudibonds n'ont qu'a aller se faire-VALOIR- a teheran !

L’acidulé

10 h 20, le 08 février 2026

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Commentaires (10)

  • la semantique que tout cela.est que cette milice iranienne est dorenavant OFFICIELLEMENT ILLEGALE. et donc lui donner n'importe quel adjectif ou epithete n'y changera rien a leur etat de fait . les pudibonds n'ont qu'a aller se faire-VALOIR- a teheran !

    L’acidulé

    10 h 20, le 08 février 2026

  • Que les trumpistes qui arrêtent des enfants en bas âge et assassinent des innocents avec l'ICE ne viennent pas donner des leçons de démocratie. Ils voudraient que notre armée verse le sang des libanais pour éviter des risques à l'armée israélienne. Les libanais feraient mieux d'acheter des armes à la France plutôt que de se lier les mains avec les complices des génocides israéliens. Que les libanais qui invoquent les crimes des uns en oubliant ceux des autres au Liban apprennent à tourner la page pour recontruire le Liban et faire face à Israël dans l'union.

    Fredo

    11 h 06, le 07 février 2026

  • Pas facile de répondre à la question-piège. Le général aurait pu dire qu’il n’avait pas d’avis personnel à donner et que son devoir est d’appliquer les décisions de l’Etat et c’est à lui qu’il faut adresser la question. Mais c’est facile pour nous de commenter de loin et après ! Heureusement que Lindsay ne lui a pas dit, alors pourquoi vous voulez ramasser les armes du hezbollah ? Espérons que l’affaire sera oubliée et que même les amis de Lindsay auront intérêt à laisser l’armée faire son travail, sans trop la juger.

    NG

    08 h 38, le 07 février 2026

  • Le titre est vraiment trompeur, à la limite au lieu de « les anti-Hezbollah » il aurait fallu dire « des anti-Hezbollah ». Quant au fond des choses, la réponse du général Haykal est une INSULTE au peuple Libanais. Le slogan « erhébé erhébé Hezb Allah erhébé » ne vient-il pas du cœur de notre peuple ? Comment alors « dans le contexte libanais » peut-on dire que le Hezbollah n’est pas terroriste ? S’il était digne de son poste, le général aurait dû répondre que la majorité du peuple libanais considère le Hezb comme terroriste mais qu’en tant que général il refuse de répondre à la question.

    MAKE LEBANON GREAT AGAIN

    07 h 34, le 07 février 2026

  • Sur le fond aussi, il faudrait que l'armée comme ça a toujours été le cas au Liban ne prenne pas de positions politiques. La "grande muette" ne semble plus sous le mandat actuel etre aussi muette que cela. Le risque est comme c'est le cas avec L Graham d'etre considerée comme proche d'une faction (aujourd'hui le hezballah).

    Moi

    17 h 18, le 06 février 2026

  • Le sénateur israélien Lindsay Graham ne jouit pas d'une bonne réputation auprès des Américains, surtout de l'aile America First de l'électorat de Trump. Graham est une parodie. Il sera facilement remplacé par une IA à bas coût, tellement son comportement est prévisible.

    Abdallah Hussein

    15 h 49, le 06 février 2026

  • Si le Liban était déjà trop compliqué pour le Général de Gaule, alors qu’en est-il pour un gabarit comme celui du Sénateur Graham, avec tout le respect bien sûr.

    Mago1

    15 h 40, le 06 février 2026

  • Tant que la doctrine de l'armée d'avant 1990 ne revient pas à l'ordre du jour, nous n'allons pas avancer. Preuve en est le temps perdu pour démenteler cette milice qui n'est autre que les sequelles d'ASSAD au Liban et évidemment LE BRAS ARMÉ de L'IRAN. ... Franchement tout est fait pour humilier les libanais et les laisser dans leur.... ( autocensuré)..Il est loin le temps des généraux de la trempe du Général Inskandar Ghanem et les autres de notre armée qui nous rendait fier et se tenait prête à bombarder les camps palestiniens pour défendre notre honneur

    LE FRANCOPHONE

    15 h 36, le 06 février 2026

  • "Demandez simplement aux Marines américains ».qu'il a dit ...ET demandez aux soldats français de DRAKKAR,à DEMIS ROUSSOS ( mais il est décédé).Demandez aux familles HARIRI, GEMAYEL,Aux familles de GEBRAN TUEINI,des intellectuels assassinés, demandez aux habitants de BEYROUTH qui ont subi des TONNES de NITRATES déposés en plein coeur de leur ville.Ce général n'est PAS à la hauteur.Il a tout gaché avec cette doctrine de l'armée qu'on leur a fait apprendre et admettre depuis l'occupation des forces d'ASSAD.La DOCTRINE de l'ARMEE A CHANGÉ et ce que dit ce général en est la preuve FLAGRANTE !!!

    LE FRANCOPHONE

    15 h 30, le 06 février 2026

  • Graham a utilisé le mauvais adjectif: Les terroristes agissent selon une idéologie. Hezballah n'a pas d'idéologie. Il agit par la violence pour un intéret matériel à des fins politiques. C'est plutot une organisation criminelle. Les FARC pourraient etre qualifiés de terroristes. Al Qaida aussi. Les cartels colombiens qui ressemblent dans leur fonctionnement au hezballah sont des organisations criminelles

    Moi

    15 h 00, le 06 février 2026

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