Le commandant en chef de l'armée libanaise, Rodolphe Haykal. Photo ANI
Alors qu'il devait avoir une série de rendez-vous à Washington mercredi avec des officiels américains, le commandant en chef de l'armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, a vu ses rencontres annulées à la dernière minute, selon des informations confirmées à L'Orient-Le Jour par une source au sein de l'institution militaire. En cause, le mécontentement de l'administration américaine qui reproche à l'armée libanaise de ne pas être assez active dans le désarmement du Hezbollah, selon plusieurs sénateurs américains qui se sont exprimés sur X. Ces rendez-vous ont été annulés alors que le général Haykal se trouvait encore à Beyrouth, a confirmé l'armée à notre journal.
L'administration Trump « exaspérée » par Beyrouth
« L'administration Trump est exaspérée par le gouvernement et l'armée libanaise. Elle a annulé toutes les réunions prévues mercredi à Washington pour le général Haykal, et l'ambassade du Liban à Washington a dû annuler une réception organisée en son honneur », a écrit mardi l'homme d'affaires américain d'origine libanaise Tom Harb sur X. « Espérons que le président Joseph Aoun comprendra l'administration Trump et remplacera rapidement le commandant en chef par une personne compétente et déterminée à prendre des mesures concrètes », a-t-il encore souligné.
Certains médias locaux avaient rapporté que le général Haykal avait lui-même pris la décision d'annuler son voyage, après avoir eu vent des positions américaines à son sujet. Contactée, une autre source militaire haut placée a refusé de commenter les raisons de cette annulation. Cité par des médias locaux, le nouvel ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, a dit « tout ignorer de cette affaire ».
La semaine dernière, le président Aoun affirmait avoir appris, par le biais de responsables américains, que certains Libanais « crachent du venin » et s’emploient à ternir l’image du Liban aux États-Unis.
« Il est clair que le commandant en chef de l'armée libanaise – en raison de sa référence à Israël comme étant un ennemi et de ses efforts faibles, voire quasi inexistants, pour désarmer le Hezbollah – constitue un frein majeur aux efforts pour aider le Liban à aller de l'avant. En raison de cela, les forces armées libanaises ne constituent pas un très bon investissement pour les États-Unis », a estimé le sénateur républicain Lindsey Graham sur X. Ce dernier est connu pour son soutien indéfectible à Israël et a averti les autorités libanaises, à plusieurs reprises ces derniers mois, que les atermoiements pour désarmer le Hezbollah pourraient avoir des conséquences néfastes.
Makram Rabah, chercheur en histoire à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), explique que ces messages ne sont « pas seulement destinés à l'armée mais aussi au président Joseph Aoun qui a assuré aux Américains qu'il appliquera le contenu de son discours d’investiture », dans lequel il avait promis début 2025 de garantir le monopole de l’État libanais sur les armes. « Le problème, ce ne sont pas les actions menées par l’armée, mais le fait que la troupe, ainsi que Joseph Aoun et l’ensemble de l’establishment valident le récit du Hezbollah qui consiste à dire que ce dernier est un mouvement de résistance », analyse M. Rabah. Il met par ailleurs en garde contre « le danger d’une rupture des relations » avec les États-Unis.
« Une réelle opportunité de se libérer du Hezbollah »
Dans un communiqué publié dimanche, l'armée libanaise revient sur l'agression israélienne contre la Finul la semaine dernière, accusant « l'ennemi israélien de poursuivre la violation de la souveraineté libanaise et d'entraver la poursuite du déploiement de l'armée dans le Sud ». Une prise de position qui semble avoir provoqué la colère de Washington.
La sénatrice républicaine Joni Ernst s'est ainsi dit lundi « déçue par cette déclaration » de la troupe. « Les forces armées libanaises sont un partenaire stratégique et, comme je l'ai évoqué avec le chef de l'armée en août, Israël a offert au Liban une réelle opportunité de se libérer du Hezbollah, groupe terroriste soutenu par l'Iran. Au lieu de saisir cette opportunité et de collaborer au désarmement du Hezbollah, le chef de l'armée rejette honteusement la faute sur Israël », a souligné l'élue dans une publication sur X.
Les États-Unis sont le premier bailleur de fonds de l'armée libanaise. Ils soutiennent notamment le financement des paies des militaires et font régulièrement des dons de matériel.
Depuis la décision prise au Conseil des ministres du 5 août de consacrer le monopole d’État sur les armes, ce qui implique un désarmement du Hezbollah, le parti chiite, largement affaibli par sa dernière guerre contre Israël, refuse de remettre son arsenal. Ses détracteurs au Liban et les États-Unis poussent pour son désarmement rapide. L'État hébreu continue lui de bombarder quasi quotidiennement le Liban, malgré le cessez-le-feu décrété depuis le 27 novembre 2024.
Chargée en septembre par le gouvernement de mettre en œuvre son plan pour le désarmement du parti chiite – en présentant un rapport mensuel au Conseil des ministres –, l'armée poursuit sa mission et dit même avoir terminé une bonne partie du travail dans la région située au sud du Litani, concernée par la première étape du plan, qui durera jusqu’à la fin de l’année. Le général Haykal avait créé la surprise il y a une dizaine de jours, en agitant le spectre d'une suspension du plan de l'armée si les attaques israéliennes se poursuivaient.
La « moumanaa » salue les positions de Haykal
L’annulation de la visite du général Haykal a suscité de nombreuses réactions, notamment parmi les partisans de la « moumanaa » (nom donné aux proches de l’axe pro-iranien) qui ont salué les prises de position du commandant en chef de l’armée. « Les Israéliens exigent depuis peu que l'armée libanaise agisse comme une force de police militaire sous leur contrôle… Il est inacceptable que l'armée soit soumise aux caprices de Netanyahu et d'autres ! », a déclaré le vice-président de la Chambre Élias Bou Saab, un ancien aouniste devenu proche de Nabih Berry. Le député du mouvement Amal Mohammad Khawaja a pour sa part « salué les prises de position courageuses du général Haykal concernant les affaires liées à la préservation de la paix, de la souveraineté et de la défense du pays ».
« L’institution militaire n’est un instrument au service de personne ; elle est au contraire le pilier de la stabilité nationale. Elle applique exclusivement les décisions de l’État », a insisté pour sa part l’ancien ministre Élias Murr. Il a par ailleurs dénoncé « les pressions extérieures, directes ou indirectes, exercées par certains pour entraîner l’armée dans un conflit interne ». « Soyons clairs : le maintien de la paix civile est la ligne rouge, et l'armée en est la véritable garante », a-t-il ajouté.
Israël cherche à « déclencher une guerre civile au Liban »
Interrogé par L’Orient-Le Jour, l’analyste politique Mohannad Hage Ali estime lui aussi qu’Israël cherche à « déclencher une guerre civile au Liban », en mettant l'armée libanaise en face-à-face avec le Hezbollah. « Les Américains sont énervés. Il y a un conflit aujourd'hui entre ceux qui veulent continuer à soutenir l'armée et ceux qui s'en prennent à la troupe et aux autorités libanaises parce qu'elles n'ont pas encore désarmé le Hezbollah », explique-t-il. « La situation est catastrophique. On pourrait aller vers une nouvelle confrontation entre le Hezbollah et l’État hébreu. Et l’État libanais est pris entre le marteau et l'enclume », poursuit-il.
Citée par la chaîne LBCI, une « source américaine » a exprimé l'espoir « qu’une nouvelle date sera fixée pour la visite du commandant en chef de l’armée à Washington si les réformes financières requises et le processus de monopole des armes sont mis en place ».



Là où M. Haykal se trompe c’est lorsqu’il déclare qu’Israël bombarde le Liban. Non ça n’est le Liban qui est visé, sinon il n’existerait plus depuis belle lurette, mais cette milice vendue qui a fait qu’il se trouve sur notre sol pour défendre son pays. On devrait en prendre de la graine et combattre les vrais ennemis de notre république qui eux n’ont jamais hésité à nous menacer publiquement et jusqu’à aujourd’hui de guerres, tantôt civile tantôt pour sauver les autres pays sans jamais répondre aux exigences de notre état, qui court à leur secours pour les sauver. C’est à n’y rien comprendre
11 h 08, le 19 novembre 2025