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Moyen-Orient - Lettre De Gaza

Noor Alyacoubi, depuis Gaza : Qu'a accompli la première phase du cessez-le-feu pour que la deuxième puisse commencer ?

Malgré les récentes annonces américaines signalant l'avancée du plan Trump, la situation dans l'enclave palestinienne n'a pas vraiment changé pour ses habitants.

Noor Alyacoubi, depuis Gaza : Qu'a accompli la première phase du cessez-le-feu pour que la deuxième puisse commencer ?

L'interrogation « Guerre ? » est inscrite sur un bloc de mur en béton, côté isréalien de la frontière avec Gaza, le 21 janvier 2026. Amir Cohen/Reuters

Noor Alyacoubi, 27 ans, traductrice et coordinatrice médias dans un centre de recherche, n’a pas quitté Gaza depuis les premiers jours de la guerre entre le Hamas et l’État hébreu. La jeune femme rend compte à L’Orient-Le Jour du quotidien dans l’enclave depuis le cessez-le-feu.

Quand Steve Witkoff a annoncé le début de la « phase 2 » du cessez-le-feu il y a quelques jours, j'ai ressenti une sorte de soulagement. Je me suis vue sourire. Je me suis dit que nous avancions, que la paix se rapprochait, que ce cessez-le-feu pourrait enfin reposer sur des bases solides. Pendant un moment, mon esprit s'est laissé aller à y croire.

J'ai imaginé Gaza telle que je rêve encore de la voir : dynamique, effervescente, entière. J'ai imaginé les tentes disparaître, remplacées par de vraies maisons aux murs capables de retenir la chaleur. J'ai imaginé les rues revivre, débarrassées de la grise lourdeur des décombres. J'ai imaginé des arbres replantés, de l'air frais emplir nos poumons qui, pendant deux ans, ont inhalé de la poussière, de la fumée et les résidus d'explosions incessantes. J'ai imaginé Gaza de nouveau en vie. C'est ainsi qu'un rescapé de guerre rêve de paix.

Mais ce moment d’évasion s’est rapidement dissipé. La réalité a fait son retour, lourde et familière. J'ai regardé autour de moi et je me suis posé des questions auxquelles aucune annonce ne peut répondre : comment la phase 1 s'est-elle terminée ? Qu'est-ce qui a réellement changé ? Sur quelle base la phase 2 commence-t-elle ?

Plus de nourriture, certes...

Les gros titres parlent d'un « cessez-le-feu », d'une « deuxième phase » et de « pourparlers de paix ». Mais la réalité sur le terrain raconte une autre histoire. Depuis le début de la trêve, le bruit des explosions ne s’est jamais complètement tu. Les informations urgentes continuent d’inonder nos écrans. Plus de 450 Palestiniens ont été tués et au moins 1 200 blessés. Des corps restent ensevelis sous les décombres, alors que les familles supplient qu'on leur permette de les récupérer et d'enterrer leurs proches dans la dignité.

Depuis le début de la première phase, il y a près de trois mois, nous entendions des promesses de reconstruction et d'aide humanitaire. En réalité, peu de choses ont changé. Je dois encore faire près d’un kilomètre pour trouver un taxi depuis chez moi. Je vois encore des enfants pieds nus, vêtus de vêtements légers, jouer dans la boue près de tentes déchirées qui ne protègent ni du froid ni de la pluie. Je vois encore ces tentes disséminées dans les rues des quartiers de Gaza, car Israël continue de suspendre la reconstruction et de retarder l'entrée de ressources. Je vois encore des femmes cuisiner au feu de bois, car le gaz de cuisine n'est autorisé qu'en quantités très limitées. La douleur et le chagrin continuent de submerger Gaza.

Si quelque chose a changé, c'est l'offre sur les marchés. Les étagères, autrefois vides des produits les plus basiques, sont désormais remplies de chocolats, de chips et autres snacks. Le poulet et la viande sont également réapparus. Mais pour la plupart des gens, ces denrées restent inabordables. Le peu de moyens dont disposent les familles couvre à peine leurs besoins essentiels, comme les recharges de crédit téléphonique ou les transports. Nombreux sont ceux qui ne peuvent s'offrir un repas correct qu'une fois par semaine. Mon amie Raheel est presque en mesure de cuisiner du poulet un jour sur sept, par exemple. Mais, pour le reste, sa famille survit grâce à des lentilles et des haricots. Son mari travaille jour et nuit pour à peine parvenir à payer les médicaments de ses parents, ne laissant aucune place pour les soi-disant plaisirs de la vie.

J'ai parfois la chance de manger du poulet ou de la viande trois fois par semaine. Cela devrait être normal, mais à Gaza, ça ne l’est pas. J'ose rarement l’avouer devant mes proches et amis, certains pourraient ironiquement me taxer de « riche ».

Pour être honnête, je considère désormais la nourriture comme un ennemi, quelque chose dont je veux me venger, pour tous les jours où j'ai rêvé d'une simple miche de pain ou d'une tranche de poulet. Dans le même temps, je vis dans la crainte constante que ce fragile « répit » s’évapore d’une minute à l’autre. Ce que je mange aujourd'hui n'existera peut-être plus demain, donc je m'accroche à ce qui est disponible tant que je le peux.

La prophétie du Coca-Cola

Ici, entre nous, nous avons une blague qui vaut mille soupirs : « Durant la première phase, ils ont autorisé le chocolat. Dans la deuxième, ils autoriseront le Coca-Cola. » C'est le genre d'humour noir que seuls les Gazaouis peuvent comprendre entièrement. Il traduit l'absurdité d'un monde qui mesure le « progrès » en fonction de l'arrivée de biens de consommation, alors que tout le reste est figé.

Aujourd'hui, alors que la deuxième phase a démarré, cette blague à l'allure prophétique s’est réalisée. Les épiceries regorgent de Coca-Cola. Dans le même temps, les gens continuent de mourir de faim. Les médicaments n'entrent à Gaza qu'en quantités très limitées. Près de 16 500 patients et blessés attendent un permis pour se rendre à l'étranger afin d'y être soignés. Vingt-deux hôpitaux ont cessé de fonctionner. Plus de 137 établissements scolaires ont été complètement détruits, tandis que les autres ont été transformés en refuges pour des familles sans abri.

Je pose donc à nouveau cette question : qu'a accompli la première phase du cessez-le-feu pour que la deuxième phase puisse commencer ?

Une autre promesse en suspens, qui me heurte particulièrement, concerne le point de passage de Rafah. Chaque fois que ce nom résonne aux informations, mon cœur s'arrête. Depuis des mois, j'attends le moindre signe qui pourrait me donner l’espoir de retrouver ma famille.

On nous promet toujours qu'il va s'ouvrir. On annonce des préparatifs. À chaque fois, j’anticipe. Je frissonne d'impatience. J'imagine le moment où je serai réunie avec ma famille. J’envisage de nettoyer notre maison endommagée afin qu'ils puissent s'y réinstaller. Je réfléchis aux produits de première nécessité à acheter pour eux. J’appelle mes parents et, ensemble, nous nous assurons mutuellement que les retrouvailles sont proches. Et le lendemain, l’information tombe à nouveau : les négociations ont échoué. Israël a refusé d'ouvrir le point de passage. Les rêves s'effondrent. L'espoir est tué dans l'œuf.

Rafah n'est pas qu’une frontière. C'est le mur qui me sépare de ma famille. Je ne l'ai pas vue depuis octobre 2023. Je vis dans la douleur de n’avoir pas pu lui faire mes adieux, et avec la peur de ne plus jamais la revoir. Ce n’est pas par choix que nous sommes séparés. Le point de passage de Rafah était censé ouvrir déjà durant la première phase du cessez-le-feu. Cela n'a pas été le cas. Chaque refus est un autre rappel que même les promesses de retrouvailles se négocient.

Et pourtant, le monde annonce le passage à la deuxième phase. Je pose donc la question, moi, vivant dans cette réalité : en quoi consiste-t-elle ? Car, ici, personne ne le sait.

Noor Alyacoubi, 27 ans, traductrice et coordinatrice médias dans un centre de recherche, n’a pas quitté Gaza depuis les premiers jours de la guerre entre le Hamas et l’État hébreu. La jeune femme rend compte à L’Orient-Le Jour du quotidien dans l’enclave depuis le cessez-le-feu.Quand Steve Witkoff a annoncé le début de la « phase 2 » du cessez-le-feu il y a quelques jours, j'ai ressenti une sorte de soulagement. Je me suis vue sourire. Je me suis dit que nous avancions, que la paix se rapprochait, que ce cessez-le-feu pourrait enfin reposer sur des bases solides. Pendant un moment, mon esprit s'est laissé aller à y croire.J'ai imaginé Gaza telle que je rêve encore de la voir : dynamique, effervescente, entière. J'ai imaginé les tentes disparaître, remplacées par de vraies maisons aux murs capables...
commentaires (3)

Je crois que le modérateur a fini par faire son travail pour éliminer l'immonde commentaire qu'on ne voit plus, fort heureusement.

Politiquement incorrect(e)

15 h 34, le 23 janvier 2026

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Commentaires (3)

  • Je crois que le modérateur a fini par faire son travail pour éliminer l'immonde commentaire qu'on ne voit plus, fort heureusement.

    Politiquement incorrect(e)

    15 h 34, le 23 janvier 2026

  • Il y eut une *decision* de cessez-le feu. Il n,y eut jamais *UN CESSEZ-LE-FEU*

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 08, le 23 janvier 2026

  • Modérateur, où êtes-vous ?

    Hacker Marilyn

    11 h 22, le 23 janvier 2026

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